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Le patron de TikTok sur la sellette au Congrès américain

Shou Chew, patron de Tiktok.

Le patron de Tiktok, Shou Chew, a défendu sa plateforme, accusée par des élus américains de mettre en danger la sécurité nationale.

Photo : afp via getty images / OLIVIER DOULIERY

Agence France-Presse

Shou Chew, patron de TikTok, une filiale du groupe chinois ByteDance, tentait difficilement jeudi de défendre son application face à des élus américains remontés à bloc contre la plateforme qu'ils accusent de mettre en danger la sécurité nationale et la santé de ses utilisateurs.

TikTok, soupçonné par de nombreux gouvernements de donner à Pékin l'accès aux données des utilisateurs, risque l'interdiction totale aux États-Unis.

J'imagine que vous allez dire tout ce que vous pouvez aujourd'hui pour éviter ce résultat, a déclaré d'emblée Cathy McMorris Rodgers, la présidente de la puissante commission parlementaire de l'Énergie et du Commerce, qui a convoqué le dirigeant pour une audition.

On ne vous croit pas, a-t-elle assené.

« ByteDance est redevable au Parti communiste chinois et ByteDance et TikTok, c'est la même chose. »

— Une citation de  Cathy McMorris Rodgers, présidente de la commission parlementaire de l'Énergie et du Commerce

Il reste des données à supprimer, dit le patron de TikTok

La pression politique contre le très populaire réseau social est montée en flèche ces derniers mois des deux côtés de l'Atlantique. La Maison-Blanche, la Commission européenne, les gouvernements canadien et britannique et d'autres organisations ont interdit à leurs fonctionnaires de l'utiliser.

Shou Chew a reconnu que la plateforme a encore d'anciennes données d'utilisateurs américains stockées sur des serveurs accessibles à des employés chinois.

Le dirigeant a promis que d'ici la fin de l'année, toutes les informations liées aux 150 millions d'utilisateurs du pays seraient gérées uniquement depuis des serveurs du groupe texan Oracle situés aux États-Unis, mais aujourd'hui, il y a encore des données que nous devons supprimer.

Le gouvernement chinois ne possède pas et ne contrôle pas ByteDance. C'est une entreprise privée, a-t-il cependant insisté.

La représentante Anna Eshoo a qualifié ses arguments de grotesques. Je ne crois pas qu'il existe réellement un secteur privé en Chine, a-t-elle dit, évoquant la loi chinoise qui impose aux entreprises du pays de partager leurs données si Pékin le leur demande.

Washington demande une cession de la plateforme

Aux États-Unis, la destruction en février d'un ballon chinois supposé espion a ravivé les tensions avec la Chine.

Je crois quand même que le gouvernement communiste de Pékin aura toujours le contrôle et la capacité d'influencer ce que vous faites, a de son côté martelé l'élu démocrate Frank Pallone.

Plusieurs projets de loi, soutenus à droite et à gauche, sont dans les tuyaux pour interdire TikTok. La Maison-Blanche a laissé entendre que si TikTok restait dans le giron de ByteDance, elle serait interdite.

Mais une cession, même si la maison-mère était d'accord, serait très compliquée. Le succès de la plateforme tient beaucoup à ses puissants algorithmes de recommandation, et séparer l'algorithme entre TikTok et ByteDance relève de la chirurgie entre des jumeaux siamois, note l'analyste Dan Ives de Wedbush, pour l'AFP.

Préoccupations pour la santé des jeunes

Le patron singapourien, ancien étudiant de Harvard, a aussi affronté de nombreuses questions sur les responsabilités de TikTok concernant la santé mentale et physique des plus jeunes, allant des risques de dépendance aux dangereux défis que se lancent les utilisateurs.

Votre entreprise a détruit leurs vies, a déclaré Gus Bilirakis, en désignant les parents d'un adolescent mort, venus assister à l'audition. Ils ont porté plainte contre la plateforme, qu'ils accusent d'avoir montré à leur fils des milliers de vidéos non sollicitées sur le suicide.

« Votre technologie entraîne littéralement des décès. »

— Une citation de  Gus Bilirakis, élu républicain de Floride

Vous savez que TikTok pourrait être conçu pour minimiser les dommages qu'il cause aux enfants, mais la décision a été prise de rendre les enfants accros au nom des profits, a de son côté affirmé la représentante Doris Matsui.

Des élus craignent aussi que l'application ne serve de cheval de Troie au Parti communiste chinois pour manipuler l'opinion.

Elle participe au contraire au rayonnement culturel des États-Unis, assure TikTok. Selon l'entreprise, les utilisateurs américains représentent 10 % de leur base mondiale, mais 25 % des visionnements.

Tiktok crie à la censure

TikTok et plusieurs associations estiment qu'une interdiction complète, comme celle en vigueur en Inde depuis 2020, relèverait de la censure.

Pourquoi autant d'hystérie autour de TikTok?, a demandé mercredi soir le représentant démocrate Jamaal Bowman, lors d'une conférence de presse avec des créateurs de contenus venus défendre leur réseau préféré.

La plateforme présente les mêmes risques pour la confidentialité des données, la santé des utilisateurs ou la désinformation que Facebook, Instagram, YouTube et Twitter, a fait valoir l'élu, appelant à une conversation honnête sur tous les réseaux sociaux.

Duncan Joseph, un créateur de contenu de 20 ans, estime qu'il n'aurait jamais pu construire sa communauté sur les autres plateformes, qu'il juge moins authentiques. Sur TikTok, tout le monde peut devenir une superstar, a dit le comédien à l'AFP.

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