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Explosion des demandes d’admission d’étudiants étrangers au cégep

Une annonce gouvernementale qui faisait miroiter des exemptions de droits de scolarité a provoqué un raz-de-marée de candidatures en provenance de l’Afrique francophone. Cependant, seule une poignée d'entre eux pourront en bénéficier et se retrouveront sur les bancs d’un cégep québécois en septembre prochain.

Un étudiant au travail derrière de gros ressorts en métal.

Un étudiant dans les ateliers de l'Institut maritime du Québec, un établissement membre du SRAQ.

Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet

Bon an, mal an, pandémie ou pas, le Service régional des admissions au collégial de Québec (SRACQ) reçoit environ 2000 demandes d’admission d’étudiants étrangers. Mais cette année, il en a reçu plus de 13 000, une véritable avalanche.

C’est du jamais vu! Les derniers mois ont été infernaux, lance Marc Viens, le directeur général du SRACQ, dont sont membres environ le tiers des cégeps de la province, tous hors de la région de Montréal.

En général, explique Marc Viens, les étudiants français représentent environ 50 % des demandes d’admission et ceux d’Afrique francophone constituent une grande partie des demandes restantes. Cette année, il y a eu presque 10 fois plus de candidatures africaines, au point de représenter près de 80 % de l’ensemble des demandes.

En fait, les demandes d’admission d’étudiants étrangers ont plus que quadruplé dans les cégeps hors Montréal entre 2022 et 2023. Et cette tendance se manifeste dans presque tous les programmes techniques. Tant en éducation à l’enfance qu’en génie, en passant par des techniques d’animation 3D ou de gestion d’entreprises agricoles, le nombre de demandes a bondi de manière exponentielle.

Ce phénomène est limité aux cégeps en région, ce qui est très clairement prouvé par les chiffres du Service régional d’admission de Montréal (SRAM). Si le nombre de demandes d’admission d’étudiants étrangers dans les cégeps de la région métropolitaine de Montréal (RMM) est demeuré essentiellement le même entre 2022 et 2023, ce nombre est passé de 1385 à 5379 pour les établissements à l'extérieur de la RMM membres du SRAM.

Une annonce incomplète qui fait boule de neige

Pour Marc Viens, la cause de ce phénomène ne fait aucun doute. Cet engouement découle d’une annonce faite au printemps 2022 (Nouvelle fenêtre) par le ministre de l’Emploi de l’époque, Jean Boulet, d’un investissement de 80 millions de dollars sur quatre ans pour favoriser l’attraction d’étudiants étrangers en région.

Cette mesure prévoit l’ajout d’exemptions de droits de scolarité, c’est-à-dire que davantage d’étudiants étrangers paient les mêmes droits de scolarité au cégep et à l’université que les étudiants québécois. Cela représente une économie annuelle par étudiant de 17 000 $ au niveau collégial et d’environ 24 000 $ au premier cycle universitaire.

Pour être admissibles, les candidats doivent étudier à temps plein dans un établissement d’enseignement supérieur en région, à l’extérieur de la Communauté métropolitaine de Montréal. Et ils doivent être inscrits à un programme d’études en français ciblé par l’Opération main-d’œuvre, donc dans des secteurs qui souffrent de manque de travailleurs, par exemple ceux de l’enseignement, des technologies de l’information ou encore du génie.

Bernard Tremblay, le PDG de la Fédération des cégeps, l’institution responsable de la gestion de l’attribution de ces exemptions au collégial, le confirme. L’information au sujet de l’exemption des droits de scolarité a fait boule de neige à l’international et les demandes pour les programmes techniques, ayant bonne presse, ont explosé, écrit-il.

Les étudiants français bénéficiant déjà de l’entente France-Québec, cette annonce est rapidement devenue particulièrement attrayante dans une autre partie du monde : l’Afrique francophone.

L'homme souriant pose devant la porte ouverte de son bureau.

Marc Viens, directeur général du Service régional d'admission au collégial de Québec

Photo : Gracieuseté de Marc Viens

Ça a été beaucoup relayé en Afrique francophone sur les réseaux sociaux, sur YouTube, par des gens qui ont fait la promotion de cette mesure-là, précise Marc Viens. Cependant, plusieurs de ces vidéos laissaient entendre à tort que le cégep serait désormais gratuit pour tous les étudiants étrangers. Or, à aucun moment lors de l’annonce du ministre Boulet il n’était précisé combien d’étudiants pourraient en bénéficier, déplore-t-il.

Une petite minorité de chanceux

Lorsqu’il a entendu l’annonce du ministre Boulet en mai dernier, Denis Deschamps, le directeur général du Cégep de Victoriaville, a été ravi. On trouvait que c’était une excellente nouvelle. Les besoins en emploi sont immenses. Et les cégeps sont un véhicule d’intégration formidable. Donc, les étudiants étrangers sont les bienvenus chez nous!

Il a toutefois déchanté en décembre dernier lorsqu’il a appris que, dans les faits, ce ne serait qu’une poignée de candidats de l’étranger, parmi les centaines qui ont présenté une demande d’admission, qui pourraient bénéficier de cette aide financière. Avant, c’était trois ou quatre étudiants étrangers qui recevaient cette exemption. L’automne prochain, ce sont entre six et huit étudiants qui vont en bénéficier.

La Fédération des cégeps confirme que la mesure permettra de distribuer, pour l’ensemble du réseau collégial à l’automne prochain, 150 exemptions à de nouveaux étudiants étrangers et 109 à des étudiants étrangers déjà inscrits dans un établissement d’enseignement québécois. C'est une goutte d’eau dans l’océan des milliers de demandes d’admission qui sont parvenues aux cégeps en région cette année.

« Finalement, ça ne sera qu’un pour cent de nos candidats qui pourront recevoir cette aide financière. Pourtant, on pourrait recevoir plusieurs dizaines d’étudiants étrangers ici! On trouve la situation déplorable. »

— Une citation de  Denis Deschamps, directeur général du Cégep de Victoriaville
Un homme qui porte des lunettes est en entrevue par visioconférence dans son bureau.

Denis Deschamps, directeur général du Cégep de Victoriaville, dans le Centre-du-Québec

Photo : Radio-Canada

Marc Viens, du SRACQ, regrette que le nombre limité d’exemptions n’ait pas été connu plus tôt. On aurait eu avantage à préciser davantage les modalités d’attribution de ces bourses-là. On aurait créé moins d’attentes, dit-il. Tous ces candidats qui ont déposé une demande pour venir étudier au Canada ont espoir d’obtenir une bourse, donc on va faire beaucoup de déçus.

De plus, cette situation exceptionnelle l’a obligé à embaucher des ressources supplémentaires pour analyser les dossiers déposés par les aspirants étudiants étrangers. On sait qu’on travaille dans le vide parce que c’est une infime partie de toutes ces demandes-là qui vont se traduire en permis d’études et, ultimement, en "boursiers", en candidats qui vont être assis dans nos classes au cégep.

« On met sur la table des bourses pour attirer des jeunes étrangers pour combler nos besoins de main-d’œuvre dans certains secteurs, donc il faudrait s’assurer que les ficelles soient bien attachées! »

— Une citation de  Marc Viens, directeur général du Service régional d'admission au collégial de Québec

Parcours du combattant

Le directeur général du Cégep de Victoriaville ajoute que la démarche pour obtenir cette exemption est en soi démesurément complexe, surtout pour les étudiants africains.

Par exemple, les candidats qui ont correctement rempli leur dossier d’admission reçoivent une offre d’admission conditionnelle. Ils doivent alors entamer une démarche d'immigration afin de pouvoir séjourner au Canada pour étudier avant même de savoir s’ils pourront bénéficier ou non d’une exemption de droits de scolarité.

Radio-Canada a déjà révélé qu’il était particulièrement difficile pour les étudiants africains francophones d’obtenir un permis d’études délivré par Ottawa pour étudier au Québec. Même si la situation s’est améliorée (Nouvelle fenêtre), il s’agit d’une embûche supplémentaire, souligne Denis Deschamps.

Pour les étudiants africains, c’est un parcours du combattant! Il y a beaucoup d'incertitudes pour eux et pour nous. On ne veut pas avoir des "boursiers" qui ne se présentent pas en classe avec nous à l’automne [à cause de la complexité des démarches]. C’est sûr qu’on accompagne les étudiants du mieux qu’on peut à distance, mais ce n’est pas facile!

De plus, comme pour ajouter à la difficulté du processus, même les chanceux qui auront été sélectionnés pour obtenir l’exemption de droits de scolarité devront démontrer qu’ils ont les ressources financières suffisantes pour payer leurs études et pour subvenir à leurs besoins comme s’ils n’allaient pas bénéficier de cette aide financière. Un non-sens, selon Denis Deschamps.

« Entre ce rêve-là qu’a vendu le ministre Boulet aux étudiants étrangers et comment ça se traduit en réalité, il y a toute une différence! »

— Une citation de  Denis Deschamps, directeur général du Cégep de Victoriaville

Je trouve qu’on tarde à peser sur l’accélérateur pour que nos cégeps puissent accueillir davantage d’étudiants étrangers, lance-t-il en soulignant à quel point, pour les étudiants en provenance de l’Afrique francophone, la barrière de la capacité financière est importante.

Si on était capables d’accueillir plus d’étudiants avec des bourses pour venir étudier chez nous, c’est sûr que ça viendrait combler des besoins de main-d’œuvre d’ici deux ou trois ans. Et l’intérêt est là, on le voit bien!

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