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Un an après la vente de Brunswick News, les médias locaux plus fragiles que jamais

« Sans nouvelles locales, c'est mettre en danger la démocratie. C'est aussi simple que ça. »

Des journaux anglophones de l’entreprise de presse Brunswick News empilés un sur l’autre.

Des exemplaires du Telegraph-Journal et du Times & Transcript. (Photo d'archives)

Photo : CBC / Gabrielle Fahmy

Radio-Canada

Un an après la vente des journaux de Brunswick News à Postmedia, les trois principaux journaux de langue anglaise du Nouveau-Brunswick ne sont imprimés que quelques jours par semaine, et des emplois ont été abolis.

Selon une spécialiste des médias, tous les changements redoutés au début 2022 lorsque le géant Irving a vendu Brunswick News Inc. (BNI) au conglomérat Postmedia ne se sont pas produits exactement comme on le craignait.

On avait pensé que possiblement il y aurait une fusion des trois quotidiens , souligne Marie-Linda Lord, professeure titulaire en information-communication à l'Université de Moncton, en parlant du Telegraph-Journal, du Times & Transcript et du Daily Gleaner.

Les trois journaux ont gardé leurs noms, et leurs unes réfèrent généralement à leur région d’origine, mais c’est en quelque sorte quand même une fusion lorsqu’on regarde le contenu, dit Mme Lord.

On n’a pas encore fait une fusion totale, mais on partage évidemment les mêmes éditoriaux, beaucoup de reportages qui sont là, les chroniques aussi sont les mêmes. Le journal s’est aminci, aussi. Beaucoup moins de pages qu’avant, note-t-elle.

En fait, ce qui est en train de se passer, c’est que les éditions sont réduites de moitié. Donc, au lieu d'avoir six éditions par semaine, on en a trois. À la fois papier et numérique, a-t-elle mentionné lors d’une entrevue vendredi.

Marie-Linda Lord debout dans un bureau.

Marie-Linda Lord, professeure titulaire en information-communication à l'Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada

Les jours où ces publications ne sont pas imprimées, les abonnés reçoivent un courriel avec les nouvelles. Ça montre qu’il y a un manque d’expertise technologique et numérique au sein de l’ancien Brunswick News pour qu’on fonctionne de cette façon-là, croit Marie-Linda Lord.

Elle estime qu’il y aura lieu de s'inquiéter pour l'avenir de l'information locale, tant que l’on n’investira pas dans une information de qualité.

C'est qu'on doit s'inquiéter, parce que sans nouvelles locales, c'est mettre en danger la démocratie. C'est aussi simple que ça.

Une citation de Marie-Linda Lord, professeure en information-communication

Les nouvelles locales, régionales, provinciales sont très importantes pour que les gens restent informés, puissent participer à cette démocratie à laquelle on tient ici, au Canada, dit sans détour Marie-Linda Lord.

Les façons de s’informer et les habitudes du public ont changé, mais leur soif de qualité demeure, affirme-t-elle.

La nouvelle génération [...] s’intéresse un peu moins aux médias traditionnels que les étudiants d’il y a 30 ans, c’est une réalité, observe la professeure. Ils s’informent peut-être autrement, mais il reste que le journalisme de qualité, il est encore et toujours dans les médias traditionnels, y compris la presse écrite.

On a fait croire aux gens que les nouvelles étaient gratuites

Des investissements sont nécessaires, et l’ère de la gratuité est révolue, croit le vétéran journaliste Don MacPherson. Après une vingtaine d’années au Daily Gleaner, il a accepté l’indemnité de départ que son employeur lui proposait, même s'il n'avait pas atteint l'âge de la retraite.

Les gens doivent comprendre que produire des nouvelles coûte de l’argent, poursuit Don MacPherson. Pendant longtemps, on a fait croire aux gens que les nouvelles étaient gratuites. Vous ouvrez la radio ou la télé, il y avait des nouvelles. Pendant trop longtemps, les journaux ont mis leur contenu gratuit sur le web et comptaient sur les abonnements papier et la publicité pour payer leurs factures. Ça a changé.

Le public doit réaliser qu’aucune nouvelle n’est gratuite. Et quand elle est gratuite, c’est peut-être qu’elle n’est pas des plus professionnelle, et n’a pas le poids nécessaire pour qu’on puisse s’y fier, a-t-il dit dans une entrevue.

Pour du journalisme de qualité, il faut se donner les moyens, résume Marie-Linda Lord. Ça coûte de l’argent.

Ce qui risque de se passer, c'est quand la nouvelle locale disparaît, c'est tout un tissu politique économique social, culturel qui disparaît. C'est dangereux pour notre démocratie.

Une citation de Marie-Linda Lord, professeure en information-communication

L’Acadie Nouvelle — le seul quotidien indépendant au Nouveau-Brunswick — est imprimé et distribué par Brunswick News depuis 2012. Aucune réduction dans la fréquence d’impression des éditions papier n’est prévue.

On a une entente pour cinq jours semaine — impression et livraison — avec Postmedia. On va simplement veiller à ce que notre entente soit respectée telle qu’on l’a conclue l’automne dernier, disait Francis Sonier, éditeur-directeur général de l’Acadie Nouvelle dans une entrevue à Radio-Canada le mois dernier.

La semaine dernière, il a réitéré que l’objectif du journal est de continuer d'informer les francophones à l'aide d'une édition numérique et d’une édition papier encore imprimée cinq jours par semaine.

La professeure Marie-Linda Lord constate que l’Acadie Nouvelle veut respecter le désir d’un certain public qui veut avoir le papier et avance que ce média fait de très grands sacrifices pour y parvenir.

Il y a un attachement certain en Acadie pour notre journal de langue française. Et ça, ça aide. L'attachement, c'est un élément qui aide à garder la presse écrite locale, dit-elle.

D’après le reportage de Sarah Déry

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