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La révolution de l’hydrogène est-elle en marche? Le monde énergétique hésite

Des gens sont assis devant un écran au-dessus duquel est écrit Hydrogen Hub.

La conférence du monde énergétique CERAWeek a laissé une large place aux discussions sur l'hydrogène, signe de l'engouement pour ce marché émergent.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Stimulées par les incitatifs financiers de la loi américaine sur la réduction de l’inflation, de nombreuses entreprises tablent sur une croissance exponentielle de l’hydrogène. Cependant, même dans le milieu énergétique, certaines doutent d’un essor immédiat.

À voir l’agenda de la conférence CERAWeek en cours à Houston, au Texas, les organisateurs de cette grand-messe du monde énergétique sont plutôt dans le camp des enthousiastes. En trois jours, une trentaine de discussions ont eu lieu sur ce thème et une aile a même été réservée à ce vecteur d’énergie.

Nous recevons énormément d’attention, explique Andrew Stuart, le président de l’entreprise ontarienne Hydrogen Optimized, qui participe à la conférence. Sa société travaille sur la construction d’un électrolyseur à très grande échelle pour produire de l’hydrogène vert.

Andrew Stuart sourit.

Le président d'Hydrogen Optimized a présenté son entreprise aux conférenciers de CERAWeek à Houston, au Texas.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Andrew Stuart attribue une grande partie de cet engouement à la loi américaine sur la réduction de l’inflation qui offre des subventions très élevées au développement de l’hydrogène. C’est un aimant à projets pour les États-Unis, dit-il. Son entreprise vient d’ailleurs d’ouvrir un bureau à Houston.

L’enthousiasme dépasse cependant les frontières américaines. Le gouvernement canadien a établi une stratégie pour stimuler l’établissement d’un marché de l’hydrogène. Plusieurs gouvernements provinciaux ont également des visées sur le potentiel de ce marché.

L’entreprise ABB Energy Industries qui collabore avec Hydrogen Optimized à établir son électrolyseur a vu l’hydrogène devenir un élément clé de ses activités.

Son président Brandon Spencer reconnaît que seulement 5 % des projets annoncés ont été sanctionnés d’une décision finale d’investissement ou ont entamé la phase de construction, mais il pense que la donne va changer cette année. Je n’ai pas de boule de cristal, mais je pense en termes de mois et d’années, pas plus.

La solution, selon lui, c’est de pouvoir produire à grande échelle comme souhaite le faire Hydrogen Optimized. Cela permettra ainsi de réduire les coûts de l’hydrogène et de le rendre compétitif avec des carburants plus polluants et avec l’hydrogène produit à partir du gaz naturel, dit-il.

Les investisseurs sont aussi au rendez-vous, selon Alejandro Perellón du gestionnaire d’investissement Hy24. Le fonds créé pour financer les infrastructures d’hydrogène a attiré deux milliards d’euros.

Les investisseurs traditionnels sont prêts à mettre leur argent. L’éolien et le solaire rapportent moins d’argent et les investisseurs traditionnels s’intéressent à la nouvelle vague de technologie comme la capture et le stockage du carbone, a affirmé M. Perellón lors d’une discussion à CERAWeek.

Où sont les clients?

Si la production est bien en marche, la question de la demande inquiète cependant certaines entreprises. S&P Global estime que l’hydrogène représente seulement 2 % de la consommation d’énergie actuellement, mais qu'elle pourrait atteindre 25 % dans un monde carboneutre.

Le président-directeur général (PDG) d’Exxon, Darren Woods, a toutefois des doutes notamment sur l’appétit pour de l’hydrogène produit à partir d’électrolyse, plus propre, mais pour l’instant plus cher.

Le marché pour l’hydrogène et l’envie des clients de payer pour de l’acier produit avec moins d’émissions ne se sont pas encore envolés. Je sais que nos partenaires ont du mal à trouver des clients en Europe et en Asie à cause du coût.

Darren Woods sur la scène de CERAWeek, le 7 mars à Houston.

Le PDG d'Exxon Mobile, Darren Woods, estime que le marché de l'hydrogène a encore de nombreuses étapes à franchir avant de prendre son envol.

Photo : Andrea Hanks/CERAWeek

Le PDG de Linde, l’un des plus gros producteurs d’hydrogène, partage les mêmes inquiétudes. Sanjiv Lamba voit une augmentation de l’intérêt dans le monde des transports et dans le secteur industriel difficile à décarboner, mais il ne voit pas de clients signer des contrats à long terme.

À cause du coût plus élevé de l’hydrogène vert, cela prendra encore 7 à 10 ans avant que ce type de production d’hydrogène devienne assez compétitif et puisse être reproduit à grande échelle pour Linde.

À ses côtés, Lorenzo Simonelli, dirigeant de l’entreprise Baker Hughes, opine. Pour lui, le gaz naturel reste la source d’énergie la plus avantageuse pour le moment. C’est un investissement à long terme.

Les couleurs de l'hydrogène

L’hydrogène est souvent codifié en trois couleurs en fonction du processus d'extraction du gaz et des émissions de gaz à effet de serre qu'il produit.

  • L'hydrogène gris est extrait à partir du gaz naturel.
  • L'hydrogène bleu est extrait de la même manière que le gris, mais ses émissions de gaz à effet de serre sont capturées et stockées dans le sol.
  • L'hydrogène vert est généralement produit à partir de l'électrolyse de l'eau. Il n'est pas polluant si l'électricité utilisée est produite à partir d'une source renouvelable.

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