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Privatisation en santé : une patiente paie 2000 $ une lentille intraoculaire

Un ophtalmologiste pratique une chirurgie de la cataracte.

L’Ontario veut confier certaines interventions aux cliniques privées, dont la chirurgie de la cataracte.

Photo : iStock

Le projet de loi du gouvernement Ford n'a pas encore été adopté, mais des patients se plaignent déjà de devoir payer des centaines de dollars pour obtenir des services qui devraient être couverts. La Coalition ontarienne de la santé met en garde contre les coûts de la privatisation des soins.

La semaine dernière, le gouvernement Ford a déposé un projet de loi qui permettrait à davantage de cliniques privées d'offrir certaines interventions chirurgicales et procédures financées par des fonds publics.

S'il est adopté, l'Ontario paierait des établissements indépendants pour effectuer des chirurgies de la cataracte et des interventions gynécologiques, par exemple.

Des procédures telles que les IRM ou encore les arthroplasties du genou et de la hanche seraient aussi confiées aux cliniques privées.

Toutefois, une poignée de patients racontent avoir eu à payer de leur poche pour obtenir des soins.

Des patients obligés de payer

L'objectif de la province est de réduire les arriérés chirurgicaux et les temps d'attente pour obtenir des soins dans les hôpitaux.

Les interventions confiées au secteur privé resteraient toutefois couvertes par l'Assurance-santé de l’Ontario (OHIP), donc gratuites pour le public.

Toutefois, selon la directrice générale de la Coalition ontarienne de la santé, la privatisation de certains soins de santé n'est pas nécessaire.

Natalie Mehra estime que c'est un choix politique du gouvernement Ford.

Une femme avec des lunettes.

Cathy Wintle, de la région du Niagara, dit avoir déboursé 120 $ pour un examen qui devrait être couvert par l'Assurance-santé.

Photo : Radio-Canada

Un FibroScan [une élastographie impulsionnelle] m'a été demandé par le personnel de transplantation de l'Hôpital général de Toronto, explique Cathy Wintle de la région du Niagara.

Apparemment, je n'aurais pas eu à payer si j'avais fait le voyage à Toronto, mais le trajet coûte cher et comme j'ai fait [cet examen] localement, j'ai dû payer 120 $, dit-elle.

La Coalition ontarienne de la santé souligne pourtant que le FribroScan est un examen qui est couvert par l'Assurance-santé, qu'il soit effectué dans une clinique privée ou un hôpital public.

Une femme âgée avec des lunettes.

Leda Raptis, une résidente de Kingston, a dû payer 2000 $, en utilisant sa carte de crédit, pour financer les soins dont elle avait besoin.

Photo : Radio-Canada

Leda Raptis, une autre patiente, a eu une opération à cœur ouvert récemment. Son cardiologue lui a demandé de passer un examen d'IRM.

En raison d'une sténose [...] j'avais du mal à respirer. Le cardiologue a requis une imagerie par résonance magnétique avec un produit de contraste. Trouver une clinique a été difficile, explique la résidente de Kingston.

Les produits de contraste sont des médicaments injectés dans le corps pour améliorer la visibilité de certains vaisseaux sanguins, d'un organe, d'un tissu ou de toute autre partie du corps lors d'une radiographie ou de tout autre test d'imagerie.

J'ai dû payer avec ma carte de crédit. Le produit de contraste a coûté 2000 $ et l'imagerie par résonance magnétique était gratuite, précise-t-elle.

La clinique privée ne peut pas vous facturer un supplément pour une imagerie par résonance magnétique avec un produit de contraste, rappelle toutefois la directrice générale de la Coalition ontarienne de la santé.

Peu importe la sorte d'imagerie par résonance magnétique, avec ou sans produit de contraste, l'IRM devrait être couverte. Aucun patient ne devrait faire face à de tels frais, note Natalie Mehra.

Natalie Mehra, directrice générale de la Coalition ontarienne de la santé, lors d'une conférence de presse à l'Assemblée législative en janvier.

La directrice générale de la Coalition ontarienne de la santé Natalie Mehra estime que la décision du gouvernement provincial fragilise le système de santé publique.

Photo : La Presse canadienne / Chris Young

J'ai été traitée pour des cataractes, explique pour sa part Chris Majovsky, une résidente de Sarnia.

[À la clinique privée], on m'a dit que j'avais besoin d'une lentille haut de gamme dans un œil pour que ma vision soit la même dans les deux yeux, dit-elle.

On ne m'a jamais montré une liste de prix et on ne m'a jamais offert une lentille de base. On m'a juste dit que dans mon cas, c'est ce qui serait requis, ajoute la femme.

« J'ai dû payer 2000 $. Je ne m'attendais pas à devoir payer cette somme. »

— Une citation de  Chris Majovsky, résidente de Sarnia

Je n'avais pas vraiment le choix [de devoir payer de ma poche], explique-t-elle.

[Devoir débourser] 2000 $ pour une opération médicalement nécessaire est illégal. C'est une violation de Loi canadienne sur la santé, affirme la directrice générale de la Coalition ontarienne de la santé.

Dire que les Ontariens continueront à avoir accès à des soins grâce à leur carte Santé sans avoir à utiliser leur carte de crédit est faux, renchérit Natalie Mehra.

Méfiance de certains Ontariens, selon un sondage

En évaluant et en notant les réponses à 11 questions différentes sur la prestation des soins de santé, l'Institut Angus Reid constate, dans un nouveau sondage, que les Canadiens ont trois perspectives distinctes quant à la privatisation des soins de santé au pays.

Cette nouvelle étude catégorise les opinions des répondants canadiens en trois groupes : les puristes de la santé publique, les partisans des soins privés et les curieux, mais hésitants.

Méthodologie du sondage

L'Institut Angus Reid a mené un sondage en ligne du 1er au 4 février 2023 auprès d'un échantillon aléatoire représentatif de 2005 adultes canadiens membres du Forum Angus Reid.

À des fins de comparaison uniquement, un échantillon probabiliste de cette taille comporterait une marge d'erreur de plus ou moins 2 points de pourcentage (19 fois sur 20).

Les écarts dans ou entre les totaux sont dus à l'arrondissement. L'enquête a été commandée et payée par l'Institut Angus Reid.

Source : Institut Angus Reid

En Ontario, plus de la moitié des répondants (54 %) croient que les provinces [canadiennes] ruinent intentionnellement les soins de santé publics pour favoriser les soins privés.

L'Institut Angus Reid estime que les récents développements dans ce dossier en Ontario ont peut-être influencé le fait que les Ontariens sont plus susceptibles d'être des [défenseurs de la santé publique] par rapport à [des résidents] de toute autre région ou province du pays (47 %).

Lors du dépôt du projet de loi, le gouvernement Ford a affirmé que les cliniques ne seront pas autorisées à refuser des services à un patient qui opte uniquement pour les soins couverts par l'Assurance-santé.

La province a aussi assuré que ces établissements privés ne seront pas autorisés à facturer des frais supplémentaires aux patients pour obtenir des services plus rapidement que les autres.

Pourtant, cela ne concorde pas avec les échos reçus par la Coalition ontarienne de la santé qui représente plus de 500 organisations.

Par courriel, la porte-parole du ministère de la Santé de l'Ontario, Hannah Jensen, assure que les Ontariens auront un meilleur accès aux chirurgies et aux procédures financées par le public et continueront d'utiliser leur carte Santé, jamais leur carte de crédit.

Si un patient estime avoir eu à payer pour obtenir un service assuré par l'Assurance-santé, il peut contacter le 1 888 662-6613 ou écrire au courriel protectpublichealthcare@ontario.ca, ajoute-t-elle.

Le gouvernement Ford promet d'offrir plus de détails sur les services non assurés, y compris les coûts, une fois le projet de loi adopté.

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