•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’entraide entre les arbres par un réseau de champignons est remise en question

L'analyse critique l’utilisation de l’anthropomorphisme, soit la tendance à attribuer aux êtres et aux choses des caractéristiques humaines.

Le bas d'un arbre énorme dans une forêt.

Ce thuya géant est le plus haut du parc Stanley, à Vancouver.

Photo : Radio-Canada

Un réseau de champignons souterrains qui permettent aux arbres de communiquer et de s’entraider suscite un engouement dans la culture populaire, mais trois scientifiques estiment que les preuves qu'ils ont examinées n'appuient pas cette thèse.

Nous avons constaté, en examinant la littérature [scientifique], que les résultats des expériences sont si variables qu'il est prématuré d'en tirer des conclusions, déclare Melanie Jones, biologiste et professeure à l’Université de la Colombie-Britannique de l’Okanagan et coauteure de l’analyse publiée dans la revue Nature Ecology & Evolution (Nouvelle fenêtre) (en anglais).

Les auteurs critiquent notamment les déclarations de Suzanne Simard, l'une des figures de proue des études des réseaux mycorhiziens et professeure d'écologie forestière à l’Université de la Colombie-Britannique.

Suzanne Simard défend cependant son travail en expliquant que l'analyse constitue du réductionnisme, car il est important de considérer toutes les parties d’un écosystème, toutes les relations dans la forêt : les réseaux dans le sol, mais aussi comment les arbres sont liés les uns aux autres, y compris toutes les plantes et les animaux, les lichens et les mousses.

Une femme remue de la terre dans une forêt.

Suzanne Simard recherche un réseau fongique dans la forêt de recherche Malcolm Knapp, à Maple Ridge, en Colombie-Britannique.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Les réseaux mycorhiziens sont-ils répandus dans les forêts?

Les preuves sont insuffisantes pour affirmer que ces réseaux de champignons sont répandus, estime néanmoins Justine Karst, professeure associée à l’Université de l’Alberta, et auteure principale de l’étude, car seuls deux types de forêts auraient été étudiés : les forêts de sapins de Douglas et une forêt au Japon.

L'importance des champignons mycorhiziens pour les plantes n’est pas contestée par l’étude, souligne la spécialiste. Nous ne savons toutefois pas qui est connecté à qui dans la forêt et nous n'avons certainement pas une bonne idée de l'étendue de ces réseaux mycorhiziens, dit-elle.

Un sac en mailles dans la terre.

Des sacs en mailles sont installés autour des arbres pour une expérience sur le terrain.

Photo : Morgan Randall

Simon Joly, un scientifique qui n'est pas lié à l'analyse et qui est directeur de l’Institut de recherche en biologie végétale à l’Université de Montréal, dit que ce débat est important pour améliorer la recherche : Je pense qu’il y a beaucoup de preuves que les plantes peuvent communiquer entre elles par ces réseaux mycorhiziens, donc de champignons, mais de là à dire que les plantes vont vraiment s'entraider, c'est une autre étape.

Les arbres se partagent-ils des ressources?

Nous avons découvert qu'il n'y a en fait aucune preuve concluante que les ressources se déplacent à travers ce réseau mycorhizien. [...] Il semble qu'elles se déplacent à travers la solution du sol [l'eau souterraine chargée d'ions qui circule dans le sol] et en très petites quantités, affirme Justine Karst.

Pour sa part Suzanne Simard estime il n’y a aucun doute que des ressources sont partagées par de multiples voies : le réseau mycorhizien, les racines mycorhiziennes et le sol. Il est vraiment logique que les arbres aient de multiples façons d'interagir, de multiples voies pour partager les ressources ou même se disputer les ressources, dit-elle.

Gros plan d'un arbre géant.

Suzanne Simard et Melanie Jones font partie des auteures d’une étude publiée en 1997 qui a révélé l’existence d’un réseau de champignons permettant l'échange de carbone entre les arbres.

Photo : Radio-Canada / Sarah Xenos

La professeure d'écologie forestière a également publié en 2022 un livre intitulé À la recherche de l'arbre-mère : découvrir la sagesse de la forêt. Ces arbres, qu’elle surnomme les arbres-mères , seraient en mesure d’aider les jeunes pousses afin qu’elles reçoivent suffisamment de nutriments et de sources de carbone.

Dans ses travaux de recherches, elle dit avoir démontré qu'un transfert de ressources, même minime, d'une plante à une autre par le biais de ce réseau pourrait faire la différence entre la vie et la mort, en particulier dans des conditions climatiques difficiles. Une affirmation que l'analyse des trois auteurs remet en question.

Les arbres matures communiquent-ils avec leur progéniture?

Nous n'avons pas trouvé d'études, examinées par des pairs dans les forêts, pour soutenir cette affirmation. [L’hypothèse de la communication privilégiée avec les progénitures] n'a donc pas été testée dans les forêts , affirme l’auteure principale de l’analyse, Justine Karst.

Les recherches sur la communication entre les arbres et leur semis en forêt est en cours, affirme Suzanne Simard.

Elle cite deux études de collaborateurs faites en laboratoire, dont une, publiée dans la revue Plant, Cell & Environment (Nouvelle fenêtre) (en anglais), qui démontrent la reconnaissance des arbres de leur progéniture : Nous avons découvert que le carbone se déplaçait préférentiellement vers leurs progénitures proches.

Une centaine d'arbres coupés sur le bord d'un chemin forestier.

La forêt ancienne près de Revelstoke, en Colombie-Britannique, est prisée par l'industrie forestière.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Des humains aux arbres

L’analyse critique l’utilisation de l’anthropomorphisme, soit la tendance à attribuer aux êtres et aux choses des caractéristiques humaines. Lorsque nous personnifions les arbres et les champignons, nous nous mettons des œillères en termes d'observation et de compréhension de ce qui se passe réellement, déplore Justine Karst, auteure principale de l’analyse.

Simon Joly, directeur de l’Institut de recherche en biologie végétale à l’Université de Montréal, invite à la prudence lors de la communication de résultats scientifiques, car ceux-ci peuvent être surinterprétés : Les gens veulent que ça soit beau. Ils ont donc tendance à parler plus des bons côtés et à omettre parfois les résultats qui sont moins positifs.

Suzanne Simard ne regrette pas de faire une comparaison entre la forêt et l’humain.

Les scientifiques sont censés être des observateurs objectifs et éloignés de l'environnement. Essentiellement, c'est nous retirer de la nature, comme si nous n'en faisions pas partie, alors que ce que nous faisons a un impact important sur les forêts.

Une citation de Suzanne Simard, professeure d'écologie forestière, Université de la Colombie-Britannique

L’urgence de la crise environnementale nous force à agir rapidement, affirme la professeure d'écologie forestière : Le fait est que nous faisons déjà des choses sans avoir de preuves, nous faisons de la coupe à blanc dans le monde entier. [...] Avoir besoin de plus de recherches avant d'agir n'est en fait pas au service de la société, quand nous sommes dans une crise comme celle-ci.

Le manque de preuves équivaut à de la désinformation pour Justine Karst, ce qui n'a pas sa place dans les discussions lorsqu'il s'agit de prendre ces décisions très importantes sur le devenir de nos forêts, dit-elle.

La section Commentaires est fermée

Les commentaires sont modérés et publiés du lundi au vendredi entre 6 h et 23 h 30 (heure de l’est).

Vous souhaitez signaler une erreur?Écrivez-nous (Nouvelle fenêtre)

Vous voulez signaler un événement dont vous êtes témoin?Écrivez-nous en toute confidentialité (Nouvelle fenêtre)

Vous aimeriez en savoir plus sur le travail de journaliste?Consultez nos normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre)

Infolettre ICI Colombie-Britanique

Une fois par jour, recevez l’essentiel de l’actualité régionale.

Formulaire pour s’abonner à l’infolettre d’ICI Colombie-Britanique.