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La santé mentale des jeunes filles « semble aller particulièrement mal »

Une jeune fille en détresse est assise dans la pénombre.

Une plus grande proportion de jeunes filles présentent des symptômes de détresse.

Photo : iStock

Radio-Canada

Malgré une certaine amélioration de la santé mentale des jeunes depuis la pandémie, celle-ci reste toujours fragile et préoccupante selon les résultats de l'Enquête sur la santé psychologique des 12-25 ans, présentés mercredi lors d'un webinaire. Des données qui sont d'autant plus inquiétantes que l'Institut national de santé publique révélait en début de cette Semaine de prévention du suicide que les hospitalisations des jeunes adolescentes en détresse ont fait un grand bond depuis 2018.

L'enquête* dévoile que le quart des jeunes fréquentant les écoles publiques ont toujours une santé mentale jugée de passable à mauvaise (28 % en 2022), et 20 % des élèves des écoles privées (24 % en 2022). S'il s'agit d'une légère baisse par rapport à l'an dernier, ces statistiques restent plus élevées qu'avant la pandémie.

Il y a une bonne façon quand même de voir cela, c'est que ça ne s'est pas détérioré. C'est un peu mieux, mais ce n'est pas faramineux, souligne la médecin-conseil à la santé publique de l'Estrie et professeure à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke. Suis-je surprise? Plus ou moins.

Les symptômes modérés à sévères d'anxiété et de dépression frappent cependant toujours les jeunes, particulièrement les filles : ces symptômes touchent 52 % des élèves et 56 % des étudiantes collégiales et universitaires.

De plus, le quart de l'ensemble des jeunes sondés ont eu des idées noires au cours des deux dernières semaines, et ce mal touche encore une fois principalement les filles. C'est pas mal le même portrait [que l'an dernier]. Il y a comme un noyau de jeunes qui a ce désespoir-là au point où ils en viennent à l'idée qu'ils seraient mieux mort, et ça aussi, c'est préoccupant.

une femme sourit.

La médecin Mélissa Généreux

Photo : Radio-Canada / DANIEL MAILLOUX

De plus en plus de jeunes filles en détresse

L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a également publié en début de semaine son Portrait 2023 - Les comportements suicidaires au Québec. Là aussi, des données préoccupantes ont été rapportées concernant la santé mentale des jeunes filles : selon l’INSPQ, les adolescentes de 15 à 19 ans présentent la hausse la plus marquée du taux d’hospitalisations pour tentative de suicide. Le taux de tentative de suicide a aussi plus que doublé en 10 ans chez les jeunes filles âgées de 10 à 14 ans. . Pour la directrice générale de JEVI - Centre de prévention du suicide en Estrie, Tania Boilard, ce sont d'énormes drapeaux rouges.

La donnée qui est selon moi la plus pertinente à soulever, c’est le taux d’hospitalisation et de fréquentation aux urgences des jeunes filles adolescentes, qui a fait vraiment un grand bond. On parle maintenant de 11 %. C’est deux fois plus qu’il y a cinq ans. Il y a quelque chose là dont il faut se préoccuper.

Une citation de Tania Boilard, directrice générale de JEVI - Centre de prévention du suicide en Estrie
Tania Boilard, coordonnatrice clinique à JEVI sur la prévention du suicide.

Tania Boilard, directrice générale à JEVI.

Photo : Radio-Canada

Ce phénomène là, que les jeunes filles présentent davantage de symptôme d'anxiété que les garçons, c'était déjà connu avant la pandémie, souligne pour sa part la Dre Généreux. Ce qui m'inquiète, c'est qu'il y un écart et cet écart se creuse, il est franc, il est frappant.

Tout pointe vers le fait que nos jeunes filles semblent aller particulièrement mal en cette période post-pandémique par rapport à nos garçons, et cela appelle à ce qu'on leur porte une attention toute particulière.

Une citation de Dre Mélissa Généreux, médecin-conseil à la santé publique et professeure à la Faculté de médecine de l'Université de Sherbrooke

Tania Boilard ne sait pas comment expliquer ce bond. Son sentiment sur le terrain est que la pandémie a été difficile pour les jeunes. 

Je pense que la pandémie a peut-être un rôle à jouer dans toute l’anxiété que ça a pu créer. Le fait d’être coupé de nos liens sociaux quand on est adolescent, c’est hyper important. C’est une des sphères les plus importantes dans nos vies à ce moment-là, fait-elle remarquer. 

Comme pistes d’explications, l’INSPQ montre du doigt l’arrivée des réseaux sociaux qui pourraient diminuer les communications en face à face, entraîner une dépendance excessive à être aimé pour la validation sociale et ainsi affecter négativement la santé mentale. 

Quant à la Dre Généreux, elle croit aussi que son étude démontre peut-être moins les effets du confinement et peut-être plus les effets post-pandémie, le bagage qu'on a laissé à nos jeunes qui se sont centrés plus sur le travail, les écrans, et moins sur les relations riches et profondes en personne.

Des pistes de solution

La Dre Généreux souligne que ce type de projet vise à mobiliser les milieux, et elle soutient que cela a bien fonctionné à la suite de la publication d'une enquête similaire l'an dernier. Je le vois comme un outil de mobilisation pour que le bien-être des jeunes soit au top de nos priorités, martèle-t-elle.

Ce ne sont pas les jeunes qui sont touchés par un mal être, et Tania Boilard souligne elle aussi l'importance de parler des problèmes de santé mentale.

Depuis plusieurs années, on remarque que nos actions portent leurs fruits, de là l’importance d’en parler et d’enlever les tabous autour du suicide. Parce que c’est quelque chose qui peut toucher tout le monde, toutes les classes sociales, peu importe le sexe, note pour sa part Tania Boilard.

Le Service de police de Sherbrooke participe lui aussi à la Semaine de prévention du suicide. Au SPS, l’Équipe mobile d’intervention psychosociale (ÉMIP), mise sur pied en 2016, compte aujourd’hui parmi ses rangs une travailleuse de JEVI durant la semaine, en plus d’avoir une intervenante sociale qui suit les policiers sur le terrain cinq nuits par semaine. 

On va souvent être capable d’éviter une hospitalisation en mettant un filet de sécurité autour de la personne, note l’agent membre de l’ÉMIP, Guillaume Proulx. 

Le rapport d l'INSPQ note par ailleurs que les jeunes filles pourraient être plus ouvertes à chercher de l’aide auprès de leurs proches, et donc plus rapidement conduites aux urgences, ce qui n’est pas le cas des hommes plus âgés. 

Les causes derrière le suicide sont multifactoriels, tout comme les facteurs de protection. Tania Boilard, a toutefois un conseil à donner à ceux qui pourraient être inquiets pour leurs proches : posez-leur directement la question. 

Ce qui est surtout important, c’est d’aller vérifier nos inquiétudes auprès de la personne directement et de ne pas nécessairement passer par quatre chemins, insiste-t-elle. 

Les statistiques demeurent néanmoins trop élevées, déplore-t-elle. En Estrie, 70 personnes se sont enlevé la vie en 2021, et 1008 à travers le Québec. 

Les hommes demeurent ceux qui meurent le plus par suicide, trois fois plus que les femmes. Surtout les hommes entre 50 et 64 ans, ça, ça n’a pas bougé non plus.

Elle ajoute qu’il ne faut jamais promettre de garder secrètes ces confidences. 

Ce n’est pas le genre de secret qu’on doit garder pour nous donc ce qu’on peut s’engager à faire, c’est de demeurer discret, mais de ne pas garder le secret, explique-t-elle. 

Avec les informations de Marion Bérubé et Mylène Grenier

Vous avez besoin d’aide ? 

  • Pour des services en personne, il est possible de contacter JEVI - Centre de prévention du suicide en Estrie au 819 564-1354
  • Pour du soutien téléphonique, il y a la ligne 1-866-APPELLE
  • Et le site Internet suicide.ca offre plusieurs outils en ligne

*L'Enquête sur la santé psychologique des 12-25 ans a été menée en janvier auprès de 17 708 répondants provenant de 64 institutions scolaires de l'Estrie, des Laurentides, de la Mauricie - Centre-du-Québec et de la Montérégie.

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