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Blessures auditives des interprètes : changements attendus, mais encore des craintes

Une salle d'interprétation au parlement à Ottawa.

Un nombre record d’incidents ont été signalés depuis mars 2020, selon l'ACEP.

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Radio-Canada

Le Programme du travail d’Emploi et Développement social Canada a donné gain de cause aux interprètes du Parlement et demande des changements au Bureau de la traduction. Toutefois, ces demandes ne vont pas encore assez loin, selon les syndicats.

En multipliant le recours à la vidéoconférence pour les séances de la Chambre des communes et des comités parlementaires, la pandémie de COVID-19 a fait subir de nombreuses blessures aux interprètes.

Acouphènes, chocs auditifs, pertes de l’ouïe… Selon l’Association canadienne des employés professionnels (ACEP), un nombre record d’incidents ont été signalés depuis mars 2020. Le syndicat cite notamment le cas d’un interprète pigiste transporté à l’hôpital à la suite d’une blessure à l’automne 2022.

Le problème, c’est que [les interprètes] dépendent de l’équipement pour faire leur travail. Or, l’équipement est inapproprié et le son est mauvais, ce qui cause des dommages à leurs oreilles, illustre André Picotte, vice-président TR de l’ACEP, qui représente les traducteurs, les terminologues et les interprètes du Bureau de la traduction au sein du syndicat.

Et la situation demeure, selon Nicole Gagnon, interprète indépendante et membre de l'Association internationale des interprètes de conférence du Canada (AIIC).

Dans les rencontres, maintenant, il y a du virtuel et aussi du présentiel – donc des députés qui sont sur place et des députés qui sont à distance –, ce qui complique la configuration technique. Et c'est effectivement ce qui engendre des problèmes chez les interprètes, a-t-elle expliqué en entrevue à Radio-Canada.

Nicole Gagnon en entrevue par visioconférence.

Nicole Gagnon, interprète indépendante et membre de l’Association internationale des interprètes de conférence du Canada (photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

En février 2022, l’ACEP a déposé une plainte en vertu du Code canadien du travail contre le Bureau de la traduction pour manquement à la santé et à la sécurité des interprètes.

Un an plus tard, le syndicat se montre donc satisfait du verdict du Programme du travail.

C’est un développement positif, a réagi M. Picotte.

Le Bureau de la traduction montré du doigt

Le Programme du travail conclut que le lieu de travail exploité par le Bureau de la traduction contrevient aux dispositions de la partie II du Code canadien du travail et que le Bureau n’a pas veillé à la protection de son personnel en matière de santé et sécurité en ne s’assurant pas que, lors des rencontres avec interprétation simultanée, le travail d’interprétation soit fait uniquement lorsque les participants virtuels portent un microphone conforme aux normes ISO.

Mercredi dernier, plusieurs mesures correctives ont été ordonnées au Bureau de la traduction, qui devait cesser au plus tard le 6 février 2023 toute contravention et qui devait prendre des mesures pour empêcher la continuation de la contravention ou sa répétition.

Claude DeBellefeuille se lève à la Chambre des communes du Canada lors de la période de questions.

La députée bloquiste de Salaberry-Suroît, Claude DeBellefeuille (photo d'archives)

Photo : The Canadian Press / Justin Tang

La députée du Bloc québécois Claude DeBellefeuille, qui a beaucoup suivi cette affaire, estime que le dossier a beaucoup trop traîné.

C’est tellement regrettable qu’on ait été obligés d’attendre une directive pour se conformer, parce que si tout le monde avait mis du sien, on n'aurait pas eu besoin.

Dans une déclaration écrite, Services publics et Approvisionnement Canada (SPAC), dont dépend le Bureau de la traduction, dit reconnaître que les derniers mois et les dernières années ont été difficiles pour les interprètes aussi bien physiquement que mentalement.

Le ministère indique que des mesures ont déjà été prises pour protéger les interprètes.

Le Parlement a amélioré son équipement, mais ça n’a pas été le cas dans les comités, et c’est là qu’il y a de gros problèmes, explique toutefois M. Picotte.

Le Bureau de la traduction assure qu’il donne suite aux instructions du Programme du travail d’Emploi et Développement social Canada.

Encore des inquiétudes

Cependant, des inquiétudes demeurent dans la décision rendue par le Programme du travail, selon l’ACEP.

On n’est pas tout à fait satisfaits. Une des raisons, c'est que le Programme du travail a donné comme directive au Bureau de la traduction de faire des tests du système [...] et ils doivent le faire d’ici le 1er mars. [...] Et on pense que comme il y a une menace à la santé des interprètes, ils ne devraient pas être forcés de travailler dans les comités avant de recevoir les résultats des tests, dit M. Picotte.

Autre problème soulevé par Mme Gagnon : même si, dès lundi matin, une directive a été publiée qui exige que les élus utilisent tous un micro conforme aux normes ISO, il reviendra aux interprètes d’interrompre une séance si certains députés se montrent récalcitrants.

On croit que ça ne revient pas aux interprètes de prendre cette initiative mais au Bureau de la traduction, fait valoir M. Picotte.

Le Bloc québécois milite pour le retour en présentiel

L’ACEP ne souhaite pas se prononcer sur la possibilité ou non de continuer à fonctionner selon une formule hybride au Parlement canadien.

Pour nous, la question n’est pas là : la question, c’est qu’ils fournissent un équipement approprié qui ne cause pas de lésions aux oreilles des interprètes, ce qui n’est pas le cas actuellement dans les comités.

Même son de cloche à l’AIIC.

Si le Parlement hybride, c'est ce que nous réserve l'avenir, l’AIIC n'est pas contre la chose. Évidemment, personne n'empêche le progrès. Tout ce qu'on demande, c'est qu'on puisse le faire en toute sécurité. Le minimum qui doit être fait, c'est de veiller à ce que les systèmes techniques ne nuisent pas à notre ouïe.

La députée bloquiste Claude DeBellefeuille juge que ce n’est plus justifié d’utiliser le mode hybride de façon permanente.

« La meilleure sécurité qu’on peut offrir aux interprètes, c’est de revenir en présence massivement. »

— Une citation de  Claude DeBellefeuille, députée du Bloc québécois

La prochaine étape, c’est de demander aux greffiers et aux présidents de ne pas offrir aux témoins qui témoignent en comité une palette de possibilités pour témoigner. Je pense qu’ils doivent dire : "Vous venez en personne et, s’il y a une impossibilité [...], là, on passe à la deuxième étape", qui est l’hybride, estime la députée de Salaberry-Suroît.

Avec les informations d’Alexandra Angers, de Marie-Jeanne Dubreuil et de Julien David-Pelletier

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