•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

L’embaumement des momies égyptiennes mieux connu

Illustration montrant la préparation d'un corps à l'embaumement.

La préparation d'un corps à l'embaumement (Illustration artistique)

Photo : LMU/Nikola Nevenov

Agence France-Presse

Résines d'Asie, huiles de cèdre du Liban, bitume de la mer Morte : une étude dévoile mercredi les ingrédients utilisés par les anciens Égyptiens pour embaumer leurs momies et dont la fourniture a influencé le commerce en Méditerranée et jusqu'en Asie.

Nous connaissions le nom des produits d'embaumement depuis le déchiffrage des anciens écrits égyptiens, a expliqué l'égyptologue Susanne Beck, dans un communiqué de l'Université de Tübingen en Allemagne, mais jusqu'à aujourd'hui nous ne pouvions que deviner les substances derrière ces noms.

Les fouilles menées par son collègue aujourd'hui disparu Ramadan Hussein, dans la nécropole de Saqqarah, au sud du Caire, ont mis au jour en 2016 une collection exceptionnelle de poteries utilisées dans une chambre funéraire.

À Saqqarah, cette chambre funéraire appelée wabet se trouve au fond d'un puits, à 13 mètres de profondeur. Après l'éviscération du défunt et le retrait de son cerveau, les embaumeurs, accompagnés de prêtres dédiés, y lavaient le corps et le préparaient pour éviter la décomposition, empêchant selon leurs croyances toute vie ultérieure.

Après un traitement pouvant durer jusqu'à 70 jours, certaines des momies ont transité vers un deuxième puits, profond de 30 mètres, pour entamer leur voyage vers l'au-delà.

Des récipients utilisés dans un atelier d'embaumement.

Des récipients de l'atelier d'embaumement

Photo : Universität Tübingen/ Saqqara Saite Tombs Project/M. Abdelghaffar

L'équipe de chercheurs des Universités de Tübingen et de Munich, aidée par le Centre national de recherche du Caire, a analysé avec des instruments de pointe les résidus dans 31 récipients du wabet, datés de la 26e dynastie, il y a plus de 2500 ans, et a pu les comparer à ceux identifiés dans des récipients trouvés dans les tombes adjacentes.

Des inscriptions précises

La découverte est exceptionnelle, car des inscriptions sur les pots fournissent des instructions pour l'emploi des préparations.

Pour laver, avec un mélange d'huiles ou de goudrons de conifères. Pour rendre son odeur agréable, avec de la graisse de ruminant et de la résine d'arbuste. Ou encore pour le traitement de la tête, la partie du corps faisant l'objet du plus grand soin, avec pas moins de trois concoctions.

Les analyses, menées par Maxime Rageot, archéologue à l'Université de Tübingen et premier auteur de l'étude parue dans Nature (Nouvelle fenêtre) (en anglais), révèlent l'utilisation de substances ayant toutes des propriétés biologiques utiles à la préservation des tissus humains et à la réduction des mauvaises odeurs, a-t-il expliqué dans un point de presse.

Ces analyses corrigent aussi des croyances sur certaines substances, les égyptologues n'ayant disposé pendant longtemps que d'antiques sources écrites – papyrus égyptiens et auteurs grecs – et d'analyses de momies.

À l'instar de ce que les anciens Égyptiens appelaient l'antiu, longtemps assimilé à de la myrrhe, une gomme aromatique. Il s'agit en fait d'un mélange d'huile de cèdre, de cyprès et de graisse animale.

La préservation des corps

Avec une pratique de l'embaumement remontant aux temps préhistoriques, et qui s'est complexifiée environ mille ans avant notre ère, les anciens Égyptiens avaient accumulé une connaissance énorme dans la préservation des corps, a précisé Philipp Stockhammer, professeur d'archéologie à l'Institut allemand Max Planck d'archéoanthropologie.

Ils avaient, selon lui, une connaissance aiguë des propriétés de leurs produits et de leurs associations. Afin, par exemple, une fois le corps séché avec des sels de natron, d'empêcher sa colonisation immédiate par des microbes qui auraient dévoré la peau.

Une des plus grandes surprises des chercheurs a été d'identifier des résines, comme l'élémi ou le dammar, venant de forêts tropicales d'Asie du Sud-Est et peut-être aussi d'Afrique. S'y ajoutent des résines de pistachiers et des huiles d'olive de l'arc méditerranéen, ce qui montre que l'embaumement a été un moteur de la globalisation, selon le Pr Stockhammer.

La diversité des substances identifiées à Saqqarah montre que les embaumeurs étaient très intéressés par l'expérimentation et l'obtention d'autres huiles et résines, selon lui.

Ils ont mis à profit une route commerciale avec l'Asie et l'Asie du Sud-Est, qui existait déjà mille ans avant notre ère et qui reliait l'actuelle Indonésie à l'Égypte via l'Inde, puis le golfe Persique et la mer Rouge.

Reste à découvrir les propriétés exactes des substances que les embaumeurs utilisaient pour conserver leurs morts, si ce n'est pour leur garantir la vie éternelle.

Vous souhaitez signaler une erreur?Écrivez-nous (Nouvelle fenêtre)

Vous voulez signaler un événement dont vous êtes témoin?Écrivez-nous en toute confidentialité (Nouvelle fenêtre)

Vous aimeriez en savoir plus sur le travail de journaliste?Consultez nos normes et pratiques journalistiques (Nouvelle fenêtre)

Chargement en cours

Infolettre Info nationale

Nouvelles, analyses, reportages : deux fois par jour, recevez l’essentiel de l’actualité.

Formulaire pour s’abonner à l’infolettre Info nationale.