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L’ex-député Harold LeBel est condamné à 8 mois de prison

Un homme en manteau noir dans un palais de justice.

Harold LeBel à son arrivée au palais de justice de Rimouski le 26 janvier 2023.

Photo : Radio-Canada / Isabelle Damphousse

L'ex-député Harold LeBel, qui a été reconnu coupable d'agression sexuelle en novembre 2022, devra purger une peine de huit mois de prison.

Cette peine a été proposée conjointement par la poursuite et la défense, jeudi matin, au palais de justice de Rimouski. Elle a ensuite été entérinée par le juge Serge Francœur.

Il pourrait être admissible à une libération conditionnelle.

Le juge Francœur s'est tourné vers l'accusé pour lui expliquer sa décision. Je garde continuellement en mémoire le tourbillon dans lequel vous avez plongé la victime. Cette jeune femme, qui, malgré une grande force mentale, a vu son monde s'écrouler, trahie par celui qu'elle considérait comme un ami, un mentor, a-t-il dit.

Je retiens, votre absence d’antécédent judiciaire, votre absence de risque de récidive, votre respect du processus judiciaire […]. Je considère que vous avez été un actif dans votre vie professionnelle, dans la société et pour la région de Rimouski, a souligné le juge de la Cour supérieure du Québec.

Néanmoins, a-t-il mentionné, la peine doit dissuader quiconque dans la société de perpétrer des actes illégaux.

« Je retiens les séquelles chez la victime. Il n’y a pas de petites ou de lourdes agressions sexuelles. »

— Une citation de  Serge Francœur, juge de la Cour supérieure du Québec

C'est à vous, Monsieur LeBel de surmonter la peine que je vais vous imposer. Vous devez vivre dorénavant en portant une étiquette d'agresseur sexuel et à surmonter celle-ci, a-t-il déclaré.

« Je considère que vous avez été un actif pour la société et vous pouvez redevenir un actif. »

— Une citation de  Serge Francœur, juge de la Cour supérieure du Québec

Déclaration écrite de la victime :

J'aurais préféré ne pas avoir à écrire ce texte.

On pourrait penser que le jour du prononcé de la sentence de l'agresseur est un jour heureux pour une victime, c'est loin d'être le cas.

Le seul point positif est que cela me permet de tourner la page à tout le moins sur le chapitre judiciaire de l’affaire, mais ça n'efface pas la douleur ni la peine. Et, aussi contradictoire que cela puisse paraître, cela n'enlève pas l'empathie envers la personne qui devra payer de ses actes. Des actes criminels, graves et répréhensibles, certes, mais qui ne définissent pas pour autant à eux seuls un individu. Cela n’enlève pas non plus l’empathie envers la famille et les proches de cette personne, qui n’ont rien à voir avec l’histoire, et qui doivent eux aussi dans une certaine mesure en subir les conséquences.

J’aurais préféré que ces événements n’arrivent jamais. J’ai d'ailleurs longtemps cherché à faire semblant qu’ils n’étaient jamais arrivés. C'était tellement plus facile à vivre dans mon cœur et dans ma tête. Pendant deux ans le déni m'a servi de mécanisme de défense pour affronter la culpabilité et la honte. Ça a aussi été mon réflexe de protection. En minimisant les gestes vécus, je croyais minimiser leurs effets sur moi.

[... ] Une personnalité politique respectée, autant appréciée de tous, qui connaît tout le monde [...]. C'est une immense boule de stress qui m'a envahie dans les heures et les jours qui ont suivi l'agression alors que je me demandais ce que je devais faire. J’ai choisi de me taire, par crainte que ma dénonciation me nuise professionnellement. Je ne me sentais pas de taille pour affronter cela à ce moment de mon cheminement. J’avais de l’ambition et je ne voulais pas avoir à assumer les contrecoups des gestes que j'étais loin d'avoir choisi de subir.

Imaginez être agressée sexuellement par une personne en qui vous avez une totale confiance. À quel point cela peut être déstabilisant. Vous croyez connaître quelqu'un et en quelques secondes, tout s’écroule. Je ne me suis jamais sentie aussi vulnérable de toute ma vie que cette nuit-là à Rimouski. J’étais dans un état de choc. Ce lourd sentiment d'incompréhension est demeuré après les faits et je ne pouvais pas croire que ces événements étaient vraiment arrivés. Le contexte social et politique de l’époque rendait le tout encore plus inconcevable à mes yeux.

Comment est-on censé réagir lorsqu'un homme de plus de deux fois son poids nous agresse contre toute attente? J’ai eu tellement peur. C’est l’ensemble de mon corps qui s’est mis en alerte, trop en alerte pour oser poser un geste qui aurait pu faire dégénérer la situation encore plus qu’elle ne l’avait été. Ce faisant, je me suis déçue moi-même. Je me suis sentie coupable et honteuse. Jamais je n’aurais pensé réagir de cette façon. Confrontée à un tel scénario hypothétique avant de le vivre, j'aurais certainement affirmé que j'aurais repoussé cette personne de toutes mes forces. Mais la réalité est malheureusement plus complexe et j'ai fini par accepter que les mécanismes de défense psychologiques et physiques inhérents à l'être humain supplantaient bien souvent vos comportements attendus ou espérés.

Avec le recul, je me suis bien rendu compte des effets que l’agression avait eus sur moi. Dans les semaines qui ont suivi ces événements, j'étais beaucoup plus irritable, même parfois agressive. J'ai voulu fuir toute intimité émotionnelle [...] en agissant de façon totalement contraire à ma personnalité. Cela m'a pris du temps à accepter d'être touchée sur certaines parties de mon corps. Il m'arrive de garder ce réflexe de recul encore aujourd’hui.

[...]

Je n’ai jamais repassé le fil des événements de la nuit du 20 au 21 octobre 2017 à Rimouski, autant que pendant le procès lui-même. J’ai eu l’impression d’être confrontée aux événements en boucle, j’ai eu beaucoup de difficulté à travailler dans les jours qui ont suivi la fin des procédures. J'avais toujours envie de pleurer. Je me suis sentie très fragilisée sur le plan émotionnel. J'ai aussi fait beaucoup de cauchemars ces dernières semaines.

Après l'agression, j'ai voulu refouler ce qui m'était arrivé parce que ça me faisait me sentir faible et que ce n'était pas la représentation que je souhaitais me faire de moi-même. Maintenant que les procédures se terminent finalement et que je prends rapidement du mieux par rapport à ces moments éprouvants, je comprends en fait que c’est le contraire: je me sens forte. Forte de m’être levée et d’être allée jusqu'au bout.

M. LeBel hochait de la tête en écoutant attentivement le juge Francœur. À quelques reprises, l'ex-député a laissé couler des larmes sur son visage.

Harold LeBel sera également inscrit au registre des délinquants sexuels pendant 20 ans. Il devra subir une période de probation de deux ans après avoir purgé sa peine, où il lui sera interdit d'entrer en contact ou d'être en présence de la victime.

Harold LeBel risquait jusqu'à 10 ans d'emprisonnement.

Fort émotif, il a tenu à s'adresser au juge avant le prononcé de la peine.

C'est évident que ce n'est pas facile d'intervenir pour moi, mais je voulais juste dire que depuis le début de cette histoire, j'ai toujours respecté les procédures, a mentionné Harold LeBel.

« Ça vient me chercher d'être vu comme quelqu'un qui est un agresseur. Ça va contre toutes mes valeurs. »

— Une citation de  Harold LeBel

La Couronne a de son côté présenté une déclaration écrite de la victime sur les conséquences de l'agression sur sa vie. J'aurais préféré que ces événements n'arrivent jamais, a-t-elle écrit. Ça n'enlève pas l'empathie que j'ai envers la personne qui devra payer de ses actes.

« Comment est-on censé réagir quand un homme de deux fois son poids nous agresse? »

— Une citation de  La victime

Je me suis déçue moi-même. Jamais je n'aurais pensé réagir de cette façon, a-t-elle témoigné dans sa lettre.

J'ai choisi de me taire par crainte que ma dénonciation me nuise professionnellement. Avec le recul, je me suis rendu compte des effets que l'agression avait eus sur moi. Dans les semaines qui ont suivi ces événements, j'étais beaucoup plus irritable, même parfois agressive, j'ai voulu fuir toute intimité émotionnelle, a soutenu la victime.

Maintenant que les procédures se terminent finalement, et que je prends du mieux, je me sens forte, forte de m'être levée et d'être allée jusqu'au bout, a-t-elle conclu dans sa déclaration écrite.

Avant de quitter la salle d'audience, menottes aux poignets, l'ex-député Harold LeBel a jeté un dernier regard à sa famille et ses amis, hautement émotifs.

Déclaration d'Harold LeBel

C'est évident que ce n'est pas facile pour moi…

Depuis le début de cette histoire, j'ai toujours respecté la condition des procédures que je ne connaissais pas. J’ai toujours voulu respecter tout ça et j’ai tout fait ce que je pouvais pour éviter les débordements dans les médias sociaux. Je ne voulais pas que ça parte en vrille.

J’ai reçu quelques messages, des fois pas faciles, mais en même temps j’en ai reçu aussi des positifs, et je ne voulais pas non plus que tout cela rebondisse sur celle qui a porté plainte, pour qui j’ai un très grand respect.

Je voulais le dire, j’ai respecté la procédure, j’ai respecté comment ça fonctionne, j’ai tout fait ce que je pouvais pour faire pour que ça se passe bien, malgré les conséquences que j’ai eues. Pour moi, c’est terrible. Ma carrière, mes valeurs profondes, j’ai tout le temps été quelqu’un qui était proche des groupes qui ont lutté contre les agressions. Ça vient me chercher d'être vu comme un agresseur. Ça va contre toutes mes valeurs et toutes celles que j’ai aidées dans le passé et les groupes que j’ai aidés. Je pense que c’est ça qui est difficile pour moi, d’être vu comme quelqu’un que je ne suis pas.

Mais je vais faire ce qu’il faut pour la suite des choses. Je vais apprendre de tout ça et je vais faire ce qu’il faut. Je souhaite que l’on passe à autre chose. Je ne veux pas devenir un trophée. Je veux juste prendre du temps pour moi. Je consulte, je fais ce qu’il faut pour comprendre. Prendre du temps pour moi et de m’assurer aussi que mon entourage, mes amis qui sont ici, ma famille, que ça se passe bien.

Alors, je n'en rajouterai pas. Il y a beaucoup de réflexions à faire. C’est sûr que j’ai le goût d’écrire, je suis un homme politique qui aime le monde qui est avec les gens. Je veux remercier les gens de Rimouski qui sont avec moi. Je ne suis pas gêné d’aller faire l’épicerie, je peux encore le faire la tête haute. Je voulais juste leur dire à tout ce monde-là de prendre leur gaz égal, comme on dit.

J’ai entendu tantôt le texte [la déclaration de la victime, NDLR] et ça m’a bouleversé un peu et je le respecte. Je le respecte, je ne remets pas en question rien. Tout ce que j’ai le goût, c’est de réfléchir à tout ça. Je ne veux pas trop penser aux conséquences parce qu’elles sont énormes sur ma vie, sur moi, sur ce que j’aurais pu faire pour défendre les gens. Ça a des conséquences majeures, mais je vais réfléchir à tout ça et j’ai aussi beaucoup de réflexions sur les procédures. Ça a été long, beaucoup de retards, beaucoup de choses qui ont fait en sorte que ça a été difficile pour moi. Mais je n'ai pas de plaintes à faire, j’ai juste des réflexions à faire et je comprends que je vais avoir du temps pour les faire.

Merci. Et je veux saluer les gens de la poursuite, les policiers, tout ça. Je pense qu’il y avait quand même un respect, ça a quand même été difficile. Je remercie Maître Roy, du travail qu’il a fait avec moi, sa solidarité et son amitié à travers tout ça. De me soutenir et c’est ça... t’as démontré de l'amitié malgré les titres dans les journaux malgré tout ça, les gens savent qui je suis. Et leur amitié est fidèle et ça, je vais m’en souvenir toute ma vie.

Merci Monsieur le Juge, merci aussi pour vos… à un moment donné j’ai pensé à aller en appel, plusieurs personnes voulaient que j’aille en appel. Bref, je veux passer à autre chose éventuellement.

Une sentence hautement appropriée

Après le prononcé de la peine, la procureure Me Manon Gaudreault s'est dite satisfaite de la conclusion dans ce dossier. Selon elle, ce dénouement redonnera confiance aux victimes envers le système judiciaire.

Un autre message que je souhaite que ça envoie, c'est aux agresseurs. Il va y avoir des conséquences si vous commettez des agressions sexuelles, fait valoir Me Gaudreault.

La procureure a ajouté que l'ex-député pourrait sortir de prison avant la fin de sa peine.

Le procès devant jury d'Harold LeBel s'est entamé le 7 novembre 2022 au palais de justice de Rimouski. Il a été reconnu coupable deux semaines plus tard, au terme de 48 heures de délibérations.

M. LeBel n'a pas fait appel du verdict de culpabilité à son endroit.

Le crime qui lui est reproché a été commis chez lui en 2017. L'identité de la victime est toujours protégée par une ordonnance de non-publication.

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