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Emprisonnée, battue et violée en prison : fuir l’Iran pour vivre

Parmida Mehdipuor, une étudiante de 19 ans, était jusqu'en début d'année résidente de la ville d'Ahwaz, dans le sud-ouest de l'Iran. Condamnée à six ans de prison pour avoir manifesté plusieurs fois sans son hijab, elle a fui le pays il y a quelques semaines. Voici son récit troublant.

Portrait de Parmida.

Parmida a fui l'Iran.

Photo : Parmida

« Ma vie, comme celle de beaucoup de personnes, est en danger. C'est pour ça que je ne peux pas révéler où j’habite. » - Parmida Mehdipuor

Avertissement : ce texte comporte un passage où il est question de torture et d'agressions sexuelles, qui pourrait choquer certains lecteurs.

Malgré ce qu'elle a vécu et la peur qui l'habite toujours, Parmida parle d'un ton assuré. J'ai mal pour mon pays, dit-elle, en expliquant pourquoi elle a osé sortir dans la rue comme des milliers d'autres Iraniens après la mort suspecte de Mahsa Amini, 22 ans, qui avait été arrêtée par la police des mœurs pour avoir mal porté le foulard islamique.

Parmida a manifesté plusieurs fois, sans hijab et les cheveux teints. À Ahwaz, elle avait même hérité du surnom de manifestante aux cheveux rouges.

Autoportrait de Parmida.

Parmida refait sa vie loin de l'Iran.

Photo : Parmida

En général, je n'ai peur de rien [...] Dès le début, je me suis dit que je ne suis pas face à des humains. Je suis face à des êtres sans humanité. Ils peuvent faire n'importe quoi avec moi.

Les autorités la remarquent et elle est arrêtée à la mi-octobre. Ils me soupçonnaient d’être une personne très active politiquement. Ils m'ont ramenée au centre de détention du ministère de l’Information et de la Sécurité.

Elle sera finalement incarcérée pendant 14 jours. Son visage s'assombrit, sa voix marque des pauses, l'émotion monte. Tous les jours, avant l'interrogatoire, ils me déshabillaient. J'avais les yeux bandés, les mains et les pieds liés. Ils m'interrogeaient pendant des heures [...] Lorsqu’on me demandait d'écrire mes aveux, je n'avais rien à écrire, alors ils déchiraient le papier et le mettaient dans ma bouche.

La mort de la jeune Mahsa Amini en septembre dernier en Iran a soulevé un vent de colère et de liberté dans le pays. La répression qui a suivi a été violente. Jean-Sébastien Cloutier nous présente un témoignage choc.

Pendant sa détention, elle dit avoir subi des attouchements sexuels et avoir été violée. Un homme a essayé de m'embrasser, mais j'ai craché sur lui. Il a frappé ma tête au sol à plusieurs reprises et il m’a donné des coups de poing. Pendant le viol, je me suis mise à saigner de l’anus, ça ne l’a pas arrêté. Puis il est parti en me laissant comme ça. Une femme est entrée dans la pièce, m’a rhabillée et on m'a ramenée en confinement solitaire.

Un cas parmi des milliers

En quatre mois, selon l’ONU, plus de 14 000 personnes ont été arrêtées en Iran en lien avec les manifestations. Des organisations internationales parlent de 18 000 prisonniers. Les allégations de mauvais traitements en prison s’accumulent et ils incluent la torture et les viols de femmes, mais aussi d’hommes. Quelques jeunes manifestants ont même été pendus; des photos ont circulé.

Parmida dit avoir été maltraitée jusqu'à son dernier jour de détention : Mes mains et mes pieds étaient attachés. Quelqu'un m'a poussée et je suis tombée brutalement. Ma tête s’est fracassée sur le sol et je pensais que j’avais le crâne fendu. Je me suis dit : "Parmida, c'est la fin".

Portrait de Parmida.

Parmida, depuis qu'elle a fui l'Iran, cherche une terre d'accueil.

Photo : Parmida

À la fin du mois d’octobre, elle est plutôt libérée sous caution. Mais deux mois plus tard, son avocat lui apprend que son procès a eu lieu sans elle et qu’elle vient d’être condamnée à six ans de prison. Parmida fait ses bagages, se précipite vers l’aéroport et laisse tout derrière elle.

« J’ai un sentiment de culpabilité parce que je suis toujours en vie et qu’il y a beaucoup d'autres jeunes qui ont été tués et exécutés. J’ai une dette envers eux. »

— Une citation de  Parmida Mehdipuor

Entrevue avec Mahnaz Shirali, sociologue, politologue et spécialiste de l'Iran. Elle affirme que le régime iranien utilise une nouvelle forme de répression dans les prisons : les violences sexuelles.

Elle partage son histoire pour sensibiliser la planète à la répression en cours dans son pays. En appui aussi au mouvement de ceux qui, comme elle, ont le courage de dénoncer. L'avenir de ce mouvement, à mon avis, est très brillant. Et bientôt, il y aura des jours meilleurs pour ce pays riche et grandiose.

Elle croit, comme 99 % des gens de son entourage, selon elle, que le régime autoritaire en place perdra le pouvoir.

En attendant, Parmida cherche un pays qui pourra l’accueillir à long terme. Elle espère un jour retourner en Iran, mais aujourd'hui, elle est seule avec ses souvenirs et la mission qu'elle s’est donnée.

Le reportage de Jean-Sébastien Cloutier est diffusé à l'émission Le Téléjournal avec Céline Galipeau à 22 h sur ICI Télé.

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