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Chemin Roxham : Ottawa doute qu’un accord soit conclu lors de la visite de Joe Biden

Une femme et ses trois enfants entourés de valises parlent à un agent armé.

Une famille originaire d'Haïti discute avec un agent de la GRC alors qu'elle tente d'entrer au Canada depuis la ville de Champlain, dans l'État de New York. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Le ministre fédéral de l’Immigration estime qu'il reste encore du travail à faire des deux côtés de la frontière avant la conclusion d’un accord.

Interrogé mardi à Hamilton, où le Cabinet Trudeau tient une retraite de trois jours, le ministre de l’Immigration Sean Fraser a déclaré qu’il ne croit pas qu’un accord sur le passage d’immigrants irréguliers par le chemin Roxham, au Québec, sera annoncé lors de la visite du président des États-Unis au Canada, en mars prochain.

CORRECTION

Une version précédente de ce texte parlait d’immigrants illégaux. Ce terme est cependant incorrect, puisque le droit international reconnaît que les personnes qui cherchent refuge peuvent être contraintes d’entrer dans un pays sans autorisation. Il est donc plus juste de parler d’immigration irrégulière ou non documentée.

« Nous continuons notre travail avec nos partenaires, dont les États-Unis, pour moderniser l'accord, mais je n'ai pas d'attentes pour la visite du président. »

— Une citation de  Sean Fraser, ministre de l’Immigration du Canada

Il y a encore beaucoup de travail à faire autant aux États-Unis qu’au Canada avant de faire une annonce officielle. [...] Les discussions sont avancées, mais il y a des processus législatifs au Canada et aux États-Unis et ils sont essentiels pour compléter les discussions avec nos partenaires, a expliqué M. Fraser.

Le ministre Sean Fraser parle à la Chambre des communes.

Le ministre fédéral de l'Immigration Sean Fraser. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Il y a beaucoup d’enjeux à l’agenda lors de la visite du président, a-t-il aussi souligné.

Je crois que ce sera cependant l’un des enjeux sur lequel nous aurons des discussions et potentiellement faire avancer ce dossier, a ajouté M. Fraser.

Le 14 décembre dernier, le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, avait attiré l’attention en affirmant qu’un accord avait été trouvé avec les Américains sur la modernisation de l’entente sur les tiers pays sûrs. Une entente qui devait, selon lui, maintenant être ratifiée par les deux gouvernements.

Or, le premier ministre Justin Trudeau s’était montré nettement plus réservé que son ministre sur l’issue des négociations avec Washington.

En réalité, je ne suis pas tout à fait aussi optimiste que M. Mendicino. On a du travail à faire. On a fait du progrès avec les Américains. Mais on reste concentrés sur la modernisation de l'entente, s’était-il contenté de déclarer à ce sujet.

De grandes attentes au Québec

Un enfant dans les bras d'une femme dans une file d'attente devant un chapiteau.

Une file de demandeurs d'asile venant d'Haïti attendent d'entrer au Canada depuis Champlain New York en août 2017. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Pendant ce temps, la pression monte au gouvernement du Québec, qui doit absorber une partie importante des coûts reliés à la prise en charge des milliers de migrants qui viennent demander l'asile au Canada en provenance des États-Unis en empruntant principalement le chemin Roxham.

L'an dernier, 39 171 demandeurs d'asile ont été interceptés par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) entre des postes frontaliers situés au Québec, soit la quasi-totalité des personnes qui sont entrées au Canada de façon irrégulière. 

En vertu de l’accord sur les tiers pays sûrs, les États-Unis sont considérés comme un pays sécuritaire, ce qui signifie que le Canada ne peut pas accueillir les demandeurs d’asile qui en proviennent.

Cependant, cette entente ne s’applique qu’aux postes frontaliers officiels. Cette faille permet aux migrants de rentrer au Canada par des points d’entrée irréguliers afin de pouvoir y demander l'asile, comme c’est notamment le cas au chemin Roxham.

C’est pourquoi Québec presse Ottawa de renégocier rapidement avec Washington l’accord sur les tiers pays sûrs.

Un contexte idéal pour une entente, martèle Québec

En dépit de la tiédeur de Sean fraser sur les espoirs de voir poindre une entente à l’occasion du passage du président américain au Canada – pour la première fois depuis son élection –, la ministre québécoise de l'Immigration, de la Francisation et de l'Intégration, Christine Fréchette, croit toujours à une entente d'ici mars.

J’espère que ce n’est pas le signe que le fédéral a déjà baissé les bras par rapport à l’idée de convenir d’une entente dans le contexte de la visite du président Biden, a déclaré Mme Fréchette mardi sur les ondes d'ICI RDI. Parce que c’est un contexte on ne peut plus idéal pour clore cette négociation qui vise à transformer l’accord qui est déjà en vigueur pour faire en sorte qu’il ne s’applique pas qu’aux points de passage officiels, mais bien sûr l’ensemble de la frontière canado-américaine.

« On dispose encore de temps devant nous, alors j’espère que le gouvernement canadien va mettre les bouchées doubles pour faire en sorte de finaliser cette négociation. »

— Une citation de  Christine Fréchette, ministre québécoise de l'Immigration, de la Francisation et de l'Inclusion

La ministre de l'Immigration du Québec, Christine Fréchette pense qu'un accord avec les États-Unis sur les tiers pays sûrs est toujours possible d'ici la visite du président Biden au Canada, en mars prochain.

La ministre, qui doit rencontrer son homologue fédéral en février, réclame également qu'Ottawa rembourse au Québec la totalité des frais engagés par la province pour accueillir et prendre en charge ce flot de migrants non-documentés.

Il y a des arrivées massives particulièrement dans le Grand Montréal qui font en sorte de générer une surcharge, une pression accrue sur nos programmes gouvernementaux, explique-t-elle.

Québec demande aussi au gouvernement fédéral de répartir dans les autres provinces du pays ces milliers de demandeurs d'asile qui entrent chaque année au Canada par le chemin Roxham.

Le message est le même sur les bancs de l’opposition à Québec, où le chef libéral Marc Tanguay déclarait mardi qu’il est urgent qu’Ottawa et Washington revoient l’entente sur les tiers pays sûrs.

« C’est une crise humanitaire qui arrive par le chemin Roxham. Nous devons le faire de façon ordonnée. […] Vous ne régleriez pas le problème demain matin en fermant le chemin Roxham, ils passeraient ailleurs. »

— Une citation de  Marc Tanguay, chef de l'opposition officielle

Bien que les États-Unis aient une responsabilité sur ce flot de demandeurs d’asile en provenance de leur territoire, Marc Tanguay estime qu’Ottawa et Québec peuvent faire plusieurs choses pour améliorer la situation en attendant la visite de Joe Biden, notamment de réduire les délais de traitement des demandes d’asile et d’immigration autant à Ottawa qu’à Québec.

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