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Des voix s’élèvent contre la loi américaine sur la protection des mammifères marins

Des phoques gris près de l'eau.

La population de phoques gris en Atlantique est passée de 8000 individus en 1960 à 400 000 aujourd'hui. (Photo d'archives)

Photo : Gracieuseté de Damian Lidgard, Ocean Tracking Network

L’Association des chasseurs de phoques intra-Québec (ACPIQ) craint que la politique américaine de protection des mammifères marins devienne un obstacle à l’utilisation des abats de phoque comme appâts pour la pêche aux crustacés.

Le responsable de l’ACPIQ, Gil Thériault, explique que les chasseurs madelinots ont reçu en décembre un avis du directeur principal de la gestion des ressources de Pêches et Océans Canada qui les informait que l’interdiction d’abattre intentionnellement un mammifère marin, sous le Marine Mammal Protection Act (MMPA), inclut l’interdiction de leur utilisation en tant qu’appât pour les pêches commerciales.

L’an dernier, Pêches et Océans Canada a demandé des éclaircissements à la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) des États-Unis sur la pêche intentionnelle de mammifères marins, y compris l’utilisation de parties de mammifères marins comme appâts dans les pêches commerciales, ainsi que sur la question de savoir s’il y aurait des répercussions en vertu de la Marine Mammal Protection Act des États-Unis. La NOAA a confirmé qu’une pêche utilisant des parties de mammifères marins comme appâts ne pourra pas exporter vers les États-Unis, ce qui a été communiqué par le MPO aux intervenants.

Dans cette perspective, le homard des Îles appâté avec des restes de viande de phoque ne pourrait pas être vendu ni exporté aux États-Unis.

L’Association s'interroge sur les fondements scientifiques du Marine Mammal Protection Act. Il est grand temps que ce règlement américain soit scientifiquement remis en question par le Canada , affirme Yoanis Menge, président de l’ACPIQ.

De la recherche sur les appâts

Depuis quelques années, l’ACPIQ étudie, avec le centre de recherche Merinov, le meilleur moyen d’utiliser des parties moins nobles du phoque comme les abats pour remplacer les appâts traditionnels. L’Association estime que les tests ont prouvé l'efficacité de ce type d'appât.

Des harengs servent d'appât pour capturer des homards.

Le hareng sert d'appât pour capturer des homards, mais l'an dernier, le ministère fédéral des Pêches et des Océans a annoncé l'imposition d'un moratoire sur la pêche printanière. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Pour le directeur de l’ACPIQ, l’utilisation de viande pour préparer des appâts est une solution parfaite dans un contexte où les espèces historiquement utilisées, par exemple le maquereau, le hareng et la limande, sont en déclin.

L'Association voit de nombreux avantages environnementaux à transformer du phoque en appât, notamment la réduction des émissions de dioxyde de carbone, une diminution des coûts grâce à l’approvisionnement de proximité ainsi que la valorisation complète de la ressource.

Gil Thériault rappelle que les troupeaux de phoques gris et de phoques de l’Atlantique sont en surabondance dans le golfe.

Les scientifiques, dit-il, ont aussi démontré que cette présence constitue une des causes principales du déclin d’espèces comme la limande à queue jaune et la plie rouge, qui servent d’appât. La prédation du phoque est aussi un des obstacles au rétablissement de populations comme celle de la morue du sud du golfe.

Une meilleure gestion de ce grand mammifère est donc nécessaire tant pour les pêcheries que pour la biodiversité.

Une citation de Extrait du communiqué de l’ACPIQ

À terme, selon M. Thériault, une récolte de phoques plus abondante contribuerait à un meilleur contrôle des populations, ce qui pourrait contribuer au rétablissement de certaines espèces de poissons.

Or, la réponse des Américains le déçoit.

Contre la biodiversité

Gil Thériault considère que la loi américaine sur la protection des mammifères marins va à l'encontre d'une protection de la biodiversité. Les Américains n’ont aucun problème qu'on prenne du hareng et du maquereau ou de la plie de n’importe où, de l'Espagne ou de Taïwan ou de Thaïlande, sans savoir l'état des stocks, sans savoir comment c'est pêché, rien sur la trace carbone. C'est notre argent qui va à l'étranger , explique-t-il.

Il renchérit en associant la loi américaine à un outil politique destiné à satisfaire les militants animalistes. C'est de la politique basée sur le nombre de votes que tu vas pouvoir aller te chercher en faisant plaisir aux activistes.

Il croit que cette loi devrait inclure une clause qui exclurait les troupeaux de phoques dont la population est en explosion comme c'est le cas en Alaska ainsi que sur les côtes ouest et est du Canada.

Un élan pour la chasse

Aux Îles, malgré les ambitions de l'industrie, la chasse au phoque tarde à reprendre son élan.

Pour le porte-parole de l'Association, les chasseurs de phoque ont besoin d'une source de revenus comme celle des appâts. Financièrement, ça vaut la peine de sortir pour la chasse aux phoques. Un phoque complet qui sera mis juste en appât, il vaut plus cher que ce qui a été payé dans les dernières années.

M. Thériault estime que la possibilité de transformer les phoques en appâts de pêche inciterait les chasseurs à se tourner à nouveau vers la chasse. Des débarquements plus nombreux et plus stables viendraient régler les problèmes d’approvisionnement de l’industrie, qui souhaite aussi commercialiser l'huile, la viande et la peau.

Des bacs de pêche sur le pont d'un bateau contiennent des peaux de phoques.

En 2021, les chasseurs ont rapporté 160 peaux lardées ainsi que la viande de 40 à 50 phoques de l'île Brion. (Photo d'archives)

Photo : Jonathan Vigneau

La troisième chasse scientifique au phoque gris s'est d'ailleurs ouverte lundi sur l'île Brion, une île de l'archipel madelinot, classée réserve écologique.

La chasse se déroulera sous le regard des scientifiques de l'Université Laval mandatés pour étudier l'impact de la présence des chasseurs et du troupeau de phoques gris sur l'écosystème de l'île Brion.

Interrogé sur son orientation en matière d'utilisation de la viande de phoque comme appât pour la pêche aux crustacés, Pêches et Océans Canada n'avait pas répondu à nos questions au moment de la publication de cet article.

Avec la collaboration d'Isabelle Larose

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