•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Engouement pour la 3e chasse scientifique au phoque gris sur l’île Brion

Des phoques gris sont regroupés sur une plage, près de l'eau.

La population de phoques gris en Atlantique est passée de 8000 individus en 1960 à plus de 400 000 aujourd'hui (archives).

Photo : Gracieuseté de Damian Lidgard, Ocean Tracking Network

La troisième saison de chasse en observation scientifique au phoque gris est ouverte à l'île Brion, aux îles de la Madeleine. Selon l'Association des chasseurs de phoques intra-Québec, l’engouement des chasseurs est au rendez-vous, bien que la présence des requins blancs dans le golfe vienne brouiller les cartes.

Du 23 janvier au 28 février, les chasseurs madelinots sont autorisés à abattre des phoques gris sur la plage de l'île Brion, une réserve écologique située au nord de l’archipel. Les activités de chasse se font sous le regard des scientifiques de l'Université Laval, tel qu’autorisé par Québec en 2020.

Les chercheurs ont le mandat de documenter les impacts de la présence des chasseurs et de la taille croissante de la colonie de phoque gris sur la faune et la flore de l’île Brion. Le but est de déterminer les conditions dans lesquelles pourrait être permise une chasse commerciale tout en protégeant la biodiversité de l’endroit.

Huit équipages des Îles-de-la-Madeleine ont démontré leur intérêt à se rendre sur l'île Brion, comparativement à deux ou trois dans les dernières années.

Le directeur de l'Association des chasseurs de phoque intra-Québec, Gil Thériault, croit que ce regain d’intérêt est lié à la volonté de mieux contrôler la colonie de phoque gris pour préserver les stocks de poissons.

Le cheptel de phoques gris près de l'île Brion, une réserve écologique au large des îles de la Madeleine

La chasse sur l'île Brion est seulement autorisée durant 5 semaines, est limitée à la plage et doit se faire en présence de chercheurs de l'Université Laval (archives).

Photo : Radio-Canada / Elisa Serret

M. Thériault affirme même que des Gaspésiens, des Nord-Côtiers et des citoyens des provinces maritimes se sont dits prêts à se rendre dans l’archipel pour participer à l'effort de chasse. Il croit que la suspension récente de la pêche au maquereau et au hareng n’est pas étrangère à la situation.

Il y a de jeunes pêcheurs qui m’appellent un peu désespérés en me disant qu’ils veulent s’impliquer dans le dossier de la chasse au phoque, affirme M. Thériault. Il y en a un qui vient tout juste de s’acheter un permis de pêche au homard et il me dit qu’à l’endroit où il pêche d’habitude, il y a juste des phoques et qu’il ne peut plus pêcher. Il m’a dit qu’il pensait faire faillite si on ne faisait pas quelque chose!

« Les pêcheurs s’aperçoivent de plus en plus que le troupeau de phoques gris est complètement hors de contrôle, que l’écosystème est en train d’en prendre pour son rhume et que les mesures en place ne protègent pas la biodiversité du golfe. Toutes les espèces que le phoque peut manger sont en train de disparaître les unes après les autres. »

— Une citation de  Gil Thériault, directeur de l’Association des chasseurs de phoque intra-Québec
Gil Thériault est directeur de l'Association des chasseurs de phoque intra-Québec

Gil Thériault est directeur de l'Association des chasseurs de phoques intra-Québec (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

L'Association des chasseurs de phoque intra-Québec estime qu'un maximum 2400 bêtes seront chassées sur l'île Brion cette année. L’an dernier, les chasseurs avaient abattu 500 bêtes alors que ce nombre était de 160 phoques en 2021.

La population totale de phoques gris au Canada est estimée à près de 425 000 individus, selon la dernière analyse de Pêches et Océans Canada.

Depuis plusieurs années, les Madelinots réclament l'autorisation de chasser sur l'île Brion, où la colonie de phoques est estimée à plus de 10 000 individus. Depuis 1988, l'île Brion a un statut de réserve écologique et 95 % de sa superficie est protégée.

Objectif de 3000 bêtes pour la boucherie Côte à côte

Réjean Vigneau, propriétaire de la boucherie Côte à côte de Cap-aux-Meules et chasseur de phoque, espère pouvoir abattre 3000 jeunes phoques gris sur l'île Brion ainsi qu'à l'île Pictou située entre la Nouvelle-Écosse et l'Île-du-Prince-Édouard, afin de commercialiser la viande.

L'année dernière, on avait aussi un objectif de 3000 bêtes et on en a seulement chassé 1300, mentionne M. Vigneau. Ça a pris à peu près trois semaines pour écouler l'inventaire, donc de passer à 3000, ce n'est pas être hurluberlu. On a un marché pour passer ça.

Réjean Vigneau en train de couper de la viande de phoque sur un poste de travail taché de sang.

Réjean Vigneau espère stocker la viande de 3000 phoques grâce à des expéditions sur l'île Brion ainsi qu'à l'île Pictou en Nouvelle-Écosse (archives).

Photo : Radio-Canada / Isabelle Larose

En plus d'être nouvellement propriétaire de son propre bateau, M. Vigneau a mandaté trois autres équipages pour chasser pour le compte de la boucherie.

Total Océan refuse de s’avancer

Radio-Canada a tenté de savoir si Total Océan, une entreprise de Havre-aux-Maisons qui transforme le gras du phoque en huile de haute qualité riche en oméga-3, était intéressée à s’approvisionner en phoques gris provenant de l’île Brion.

Le coprésident François Gaulin a refusé la demande d’entrevue de Radio-Canada, expliquant qu’il était en pourparlers avec les acteurs de l’industrie à ce sujet.

Un équipement métallique

Le distillateur moléculaire de Total Océan permet de produire une huile de phoque à des fins pharmaceutiques (archives).

Photo : Avec l'autorisation de Total Océan

M. Gaulin a toutefois précisé que les contrats actuels de l’entreprise étaient surtout liés à un approvisionnement en gras de phoques du Groenland et non de phoques gris.

Les Madelinots peinent toutefois à chasser cette espèce sur une base régulière, car l’effort de chasse est tributaire des conditions de glace à proximité de l’archipel. L’entreprise pourrait donc s’approvisionner en phoques chassés à Terre-Neuve.

Des requins blancs qui changent la donne?

Le boucher et chasseur Réjean Vigneau ne prévoit pas faire de sorties de chasse avant la semaine prochaine, voire la suivante. Il croit que la présence grandissante de requins blancs autour de l'île Brion pourrait avoir retardé la mise bas des phoques gris d’au moins 15 jours.

Pour la première fois cette année, Pêches et Océans n'a pas effectué de survol aérien dans le golfe du Saint-Laurent pour observer l'état des mises bas avant de décréter l'ouverture de la chasse.

Le Ministère a plutôt analysé les données des années précédentes pour estimer le moment où 50 % des jeunes phoques auraient mué, la condition nécessaire à l’ouverture de la chasse.

Cette année, on a ouvert la chasse un peu à l’aveugle, croit Réjean Vigneau. De ce qu’on entend à Pictou, les loups-marins viennent juste d’arriver pour mettre bas alors qu’habituellement, ça se fait à la mi ou à la fin décembre. Les citoyens là-bas nous informent et nous envoient des photos. On a aussi les échos des chercheurs puisque des femelles ont des émetteurs. Il y a une femelle qui est arrivée sur l’île Pictou jeudi passé seulement, alors que d’habitude elle aurait mis bas il y a 15 jours.

Il peut y avoir un effet de la prédation du requin blanc qu’on avait insoupçonné, c’est n’est pas impossible, admet Gil Thériault. Il y a énormément de données qui nous manquent pour savoir ce qui se passe dans les océans.

Photo d'un grand requin blanc sous l'eau.

Des chercheurs pensent avoir trouvé un terrain de chasse et d'apprentissage pour les requins blancs juvéniles autour de l'île Brion (archives).

Photo : iStock

Le chasseur Réjean Vigneau précise que, lors de sorties de chasse à l’automne, il a remarqué que les phoques gris adultes étaient plus maigres qu’à l’habitude. On avait prétendu que les femelles ne pouvaient pas mettre bas avec un aussi bas pourcentage de gras et c’est ce qui semble se produire.

Selon M. Vigneau, la présence accrue de requins blancs au large des côtes madeliniennes modifie le comportement des phoques gris.

On aperçoit des phoques à l’abri des caps autour des îles où on n’en voyait pas d’habitude, explique-t-il. On voit aussi beaucoup de loups-marins mutilés et blessés par des requins, c’est facilement observable par les traces de dents.

Réjean Vigneau rapporte avoir lui-même observé trois requins blancs cet automne lors de sortie de chasse autour de l’archipel. Je n’en avais jamais vu de ma vie avant, note-t-il.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...