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La relation franco-allemande à la recherche d’un nouveau souffle

Emmanuel Macron et Olaf Scholz, lors d'une visite du président français à Berlin, en mai 2022.

Emmanuel Macron et Olaf Scholz, lors d'une visite du président français à Berlin, en mai 2022.

Photo : Reuters / LISI NIESNER

« C’est vrai que la relation, l’entente, on va dire l’harmonie, s’est dégradée. » C’est le constat que fait Hélène Miard-Delacroix, spécialiste de l’Allemagne contemporaine et professeure à l’Université Paris-Sorbonne, pour décrire l’état de la relation entre les deux pays les plus peuplés de l’Union européenne.

Ce fameux couple franco-allemand, parfois considéré comme le moteur de l’Europe, est-il en froid? Chose certaine, les agacements de part et d'autre n’ont pas échappé à la presse ces derniers temps.

Rhin ne va plus, a ainsi titré en octobre le journal français Libération, en référence au fleuve qui sépare les deux pays, pour évoquer le report d’un conseil des ministres mixte, tradition répétée à plus de 20 reprises entre les gouvernements français et allemand. Ce sommet a finalement lieu ce dimanche.

« C’est vrai qu’il y a eu un certain nombre de pannes, un certain nombre de couacs entre Paris et Berlin sur des sujets qui sont précisément ceux où on n'est pas tout à fait sur la même ligne et avec des traditions différentes. »

— Une citation de  Hélène Miard-Delacroix, professeure à l’Université Paris-Sorbonne

L’experte ajoute ainsi que quand Olaf Scholz a annoncé en septembre un plan d’investissement de 200 milliards d’euros, une stratégie qui a suscité des craintes chez certains partenaires européens, dont la France, le chancelier n’avait pas même informé son voisin français.

Des désaccords entre Paris et Berlin ont par ailleurs été exposés au grand jour cet automne, lors de négociations autour d’une proposition européenne de plafonnement des prix du gaz.

Des différends de longue date

Claire Demesmay, chercheuse au Centre Marc Bloch de Berlin, explique que la relation entre les deux pays a toujours été marquée par des approches différentes dans certains domaines cruciaux, notamment la défense.

Selon elle, on trouve d’un côté une France qui a cette ambition d’avoir une souveraineté en matière de défense, qui aimerait développer une Europe de la défense, et de l’autre une Allemagne qui, elle, confie sa défense et sa sécurité depuis des années aux États-Unis.

Claire Demesmay, du Centre Marc Bloch.

Claire Demesmay, du Centre Marc Bloch de Berlin, explique que la France et l'Allemagne ont des modèles très différents, notamment en matière de défense et d'énergie.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Idem en ce qui concerne l'énergie : Paris a en grande partie orienté sa stratégie autour du nucléaire, alors que Berlin a davantage misé sur les énergies renouvelables et le gaz russe.

De l’avis de Claire Demesmay, l’invasion russe de l’Ukraine, qui a poussé l’Allemagne à revoir ses stratégies en matière de défense et d’énergie, a contribué à alimenter certaines incompréhensions de part et d’autre du Rhin.

La France et l'Allemagne réussissent parce qu'elles font des compromis à partir d'intérêts différents, à partir de modèles différents. À partir du moment où l'Allemagne elle-même est en train de repenser son modèle, là, ça devient compliqué, explique-t-elle.

De politique nationale à politique internationale

Selon la chercheuse au Centre Marc Bloch, la dynamique politique interne au sein du gouvernement allemand peut également avoir contribué à la complication des relations avec le partenaire français.

Le chancelier Scholz est à la tête d’une coalition formée de trois partis : son Parti social-démocrate, le Parti vert et le Parti libéral. Ces trois formations ont parfois des avis divergents qui ralentissent la prise de décision.

L’exemple le plus récent est le débat autour de l’envoi de chars d’assaut de fabrication allemande en Ukraine, ce à quoi le gouvernement allemand n’a toujours pas donné son feu vert.

Dans ce dossier, la formation du chancelier s’oppose à l’idée d’autoriser l’acheminement de blindés lourds, alors que des élus des autres partis au sein de sa coalition y sont favorables.

« Le fait que cette coalition ne soit pas elle-même toujours sur une position claire et univoque complique évidemment les choses, ensuite, pour aller en négociation avec la France ou avec d'autres partenaires. »

— Une citation de  Claire Demesmay, chercheuse au Centre Marc Bloch
Des drapeaux, à Berlin.

Les drapeaux de l'Allemagne, de la France et de l'Union européenne, à Berlin.

Photo : afp via getty images / JACQUES DEMARTHON

C’est donc avec différents membres de son gouvernement que le chancelier Scholz visite Paris dimanche, non seulement pour participer à un conseil des ministres mixte, mais aussi pour souligner le 60e anniversaire du traité de l’Élysée, qui, en 1963, avait scellé la réconciliation entre la France et l’Allemagne.

Cet anniversaire survient alors qu’un sondage mené récemment par la maison Ipsos montre que 39 % des Français et 40 % des Allemands estiment que la relation entre les deux pays s’est détériorée.

La grande majorité des citoyens des deux pays jugent néanmoins qu’un moteur franco-allemand est toujours nécessaire pour l’Union européenne.

Une fois sa relation rétablie, le couple franco-allemand devra peut-être, parmi ses principaux défis, convaincre ses autres partenaires européens qu’il joue toujours un rôle aussi crucial à l’échelle continentale.

Depuis le début de la guerre en Ukraine, certains, particulièrement dans les États baltes ou en Europe centrale, n’hésitent pas à critiquer des prises de position, des décisions ou des hésitations venues de Berlin ou de Paris.

L’exercice de thérapie auquel se prêtent aujourd’hui la France et l’Allemagne devra peut-être être élargi.

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