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En Allemagne, craintes et réticences bloquent la livraison de chars d’assaut

Olaf Scholz baissant la tête.

La pression s'est accentuée sur le chancelier allemand, de Kiev à Davos, en passant par plusieurs capitales européennes, concernant la livraison des chars Leopard à l'Ukraine. (Photo d'archives)

Photo : Associated Press / Michael Kappeler

Agence France-Presse

La crainte d'une escalade militaire avec Moscou et les réticences de Berlin à assumer un leadership dans le camp occidental conduisent, selon des analystes, l'Allemagne à bloquer l'envoi de chars réclamé par Kiev.

La pression a eu beau s'accentuer autour d'Olaf Scholz cette semaine, de Kiev à Davos en passant par plusieurs capitales européennes, le chancelier allemand n'a toujours pas donné son feu vert à l'envoi de chars Leopard 2 sur le champ de bataille ukrainien.

De quoi irriter le président ukrainien Volodymyr Zelensky qui réclame, pour arrêter le mal, ces chars susceptibles, selon les experts militaires, d'avoir un impact décisif face à l'armée russe. Il y a des moments où l'on ne devrait pas hésiter, s'est emporté le dirigeant ukrainien en visioconférence au forum économique de Davos.

En matière de soutien occidental à l'Ukraine jusqu'à présent, les chars sont la pièce manquante du casse-tête, explique à l'AFP Ed Arnold, du groupe de réflexion britannique Royal United Services Institute (RUSI).

L'envoi d'une centaine de ces engins, dont une douzaine de pays sont dotés, aurait en effet un impact significatif, relève l'Institut international d'études stratégiques (IISS). Mais les pays comme la Pologne ou la Finlande prêts à en livrer doivent recevoir le feu vert de Berlin, car c'est là qu'ils ont été construits.

Guerre en Ukraine

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Un véhicule blindé est en feu, un corps gît dans la rue.

L'impression d'une Allemagne qui s'oppose est fausse, a pourtant assuré vendredi le nouveau ministre allemand de la Défense, Boris Pistorius, en marge d'une rencontre des alliés de Kiev sur la base américaine de Ramstein.

Mon impression est que le gouvernement [allemand] veut certes soutenir l'Ukraine, mais qu'il craint en même temps toujours que cela ne provoque une escalade de la part de la Russie.

Une citation de Jana Puglierin, chercheuse au Conseil européen aux relations internationales

M. Scholz, après avoir discerné un changement d'époque dès le 27 février, trois jours après l'invasion russe, évoque effectivement ce risque à intervalles réguliers.

L'Allemagne et d'autres pays d'Europe sont probablement inquiets de la malveillance, ce que la Russie peut faire en termes de sabotage sur le continent, renchérit auprès de l'AFP Sudha David-Wilp, du groupe de réflexion German Marshall Fund. L'Allemagne a effectivement été le théâtre ces dernières années de plusieurs cyberattaques imputées aux services russes.

Les Allemands eux-mêmes sont très partagés quant à d'éventuelles livraisons de chars : 46 % sont pour, 43 % contre, selon un récent sondage pour la chaîne publique ARD.

M. Scholz est de surcroît issu d'un mouvement, le SPD, qui a longtemps promu une forme d'accommodement avec Moscou, avec lequel il est délicat de rompre du jour au lendemain.

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Une tactique pour éviter la provocation?

D'après Mme Puglierin, il pourrait aussi s'agir d'une posture tactique de la part du successeur d'Angela Merkel.

Les Américains appellent cela "boiling the frog", faire bouillir la grenouille : il s'agit de monter lentement en puissance dans le soutien à l'Ukraine, afin de ne pas trop provoquer la Russie, décrypte-t-elle sur la chaîne allemande NTV.

M. Scholz semble aussi rechigner à agir sous pression. Il a ainsi attendu de nombreux mois avant de se rendre, avec les dirigeants français et italien, Emmanuel Macron et Mario Draghi, à Kiev. D'autres, comme Boris Johnson, avaient fait le déplacement bien avant.

In fine, je suppose que l'Allemagne autorisera ces livraisons et y participera même probablement, veut croire Mme Puglierin.

C'est la même discussion que pour les véhicules blindés de combat d'infanterie Marder, que Berlin a finalement accepté de livrer au début janvier, en accord avec Washington et au lendemain d'une annonce similaire de Paris.

Le gouvernement préfère s'aligner plutôt que de prendre les devants, résume Mme David-Wilp, pour qui il ne s'agit pas pour le gouvernement Scholz de se cacher, mais plutôt d'une peur de diriger. [Il] préfère être au milieu du peloton plutôt qu'en première ligne pour assumer un rôle de leader.

Le gouvernement allemand est tout à fait à l'aise avec le fait que les États-Unis soient la puissance dominante, selon Mme Puglierin.

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