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La venue de Jordan Peterson suscite l’émoi dans la capitale fédérale

Jordan Peterson parle en conférence.

Le professeur de psychologie sera au Centre Canadian Tire d'Ottawa le 30 janvier prochain (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / JASON FRANSON

Jordan Peterson se produira le 30 janvier prochain au Centre Canadian Tire d’Ottawa. Dans la capitale fédérale, la venue du sulfureux professeur de psychologie un an après les manifestations des convois de camionneurs provoque nombre de réactions.

Connu pour ses prises de positions politiques et sa rhétorique très tranchées, Jordan Peterson a choisi de se produire dans la capitale canadienne, dans le cadre de sa tournée nord-américaine. Le psychologue, suivi par des millions de personnes sur les réseaux sociaux, jouit d'une renommée importante.

Débutée l’an dernier à l’occasion de la sortie de son livre Beyond Order: 12 More Rules for Life, sa tournée se poursuivra ensuite dans deux autres villes ontariennes, soit London le 31 janvier, puis Hamilton le 1er février.

À Ottawa, une coalition composée de plusieurs dizaines d’associations, petits commerçants et syndicats de travailleurs ont rédigé une lettre ouverte pour protester contre la venue de l’ancien professeur de l’Université de Toronto.

La lettre n’est pas seulement destinée au conseil municipal, mais aussi à l’agence qui représente Jordan Peterson, le Creativ Art Agency, précise Sam Hersh, membre du conseil d’administration d’Horizon Ottawa, organisation signataire de la lettre ouverte.

un homme en entrevue virtuelle, devant la caméra.

Sam Hersh, membre du conseil d'administration d'Horizon Ottawa

Photo : Radio-Canada

Affirmant représenter des milliers de résidents de la ville d'Ottawa et des régions avoisinantes, dont plusieurs sont issus de communautés défavorisées et qui ont presque tous vécu les événements traumatisants de l'occupation de [la] ville [d’Ottawa] par l'extrême droite , la coalition s’est dite choquée et déçue du choix du Centre Canadian Tire d'accueillir cette représentation.

Elle demande ainsi à la Creativ Art Agency de cesser de représenter Jordan Peterson, et au Conseil municipal de la Ville d’Ottawa de rédiger une lettre à l’attention du Centre Canadian Tire et de la Creativ Art Agency pour que l’événement n'ait pas lieu.

La venue de Jordan Peterson intervient un an après celle de convois de camionneurs dans la capitale fédérale, dont les manifestations s’étaient étendues jusqu’à la fin du mois de février. Une situation inacceptable pour la coalition, qui soutient que le psychologue avait donné de l’élan [au mouvement] , notamment en affichant son soutien ou en recevant certains de ses leaders lors des productions de ses balados.

Des positions controversées

Pour Ndiaga Loum, professeur titulaire au Département des sciences sociales de l’Université du Québec en Outaouais (UQO), la controverse créée par la venue de Jordan Peterson est tout à fait compréhensible.

Il développe un certain nombre de thèses qui sont un peu en marge de ce que l’on pense dans la société. C’est quelqu’un qui va, par exemple, nier l'existence de certaines discriminations, l'existence d’inégalités de traitement salariales entre les femmes et les hommes, qui va dire que le mouvement féministe est un mouvement de gauche radicale, et qui va même quelquefois parler d’une sorte de Sainte-Alliance entre le mouvement islamiste et le mouvement féministe , détaille le professeur de l’UQO.

M. Hersh relève quant à lui la tendance à la discrimination du personnage envers les communautés transgenres et les femmes.

Jordan Peterson a dit des choses qui ne sont pas seulement [sujettes] à controverses, mais qui nient essentiellement leur existence et l’existence du concept de l'expression de genre. [...] Il nie l'humanité [des personnes transgenres].

Une citation de Sam Hersh, membre du Conseil d’administration d’Horizon Ottawa.

Le professeur Loum avoue ainsi comprendre les réactions des mouvements d’émancipation, tels que le mouvement féministe, tout en admettant qu’ils peuvent parfois aller jusqu’à l’extrême, afin de lutter contre ce genre de personne et contre ce genre de thèse [...] en demandant, par exemple, leur interdiction.

La liberté d’expression au cœur des débats

En réaction à la mobilisation contre sa venue, Jordan Peterson s’est fendu d’un gazouillis dans lequel il dénonce la tentative d’une coalition de 36 groupes de faire ce qu’ils peuvent pour [le] bannir.

Dans un courriel envoyé en soirée vendredi à Radio-Canada, Jordan Peterson a répondu à ceux qui s’opposent à sa venue à Ottawa.

Le professeur met en garde ceux qui ressentent un fervent désir de réduire au silence les gens qui, croient-ils, défendent des opinions contraires aux leurs.

Ces personnes, prévient le professeur controversé, risquent de voir leur tactique se retourner contre elles dans un avenir pas si lointain.

De son côté, le chef du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre, s'est également exprimé sur Twitter, pour arguer que faire taire les opinions du professeur controversé n’était pas une solution envisageable.

«Certains à Ottawa veulent annuler l'événement de Jordan Peterson dans la capitale nationale. Si vous ne l'aimez pas, n'y allez pas. Si vous n'êtes pas d'accord, débattez avec lui. Mais vous ne pouvez pas faire taire des opinions que vous ne partagez pas», a-t-il écrit.

La venue du sulfureux professeur ramène ainsi une nouvelle fois la liberté d’expression au cœur des débats dans la capitale fédérale.

Pour le membre du conseil d’administration d’Horizon Ottawa, il ne s’agit toutefois pas ici de s’attaquer à la liberté de parole, mais plutôt à la discrimination véhiculée par les propos de Jordan Peterson.

Face à ce genre de thèse, il y a une tendance qui dit qu’il faut les interdire de parler, qu’il faut les ostraciser, qu’il faut les empêcher de s’adresser au public large , relève de son côté le professeur de l’UQO.

Il affirme cependant que le recours à de telles pratiques peut avoir un effet pervers, celles-ci renforçant le sentiment d’appartenance des personnes liées à des idéologies extrêmes, d’autant plus qu’avec l’existence des multiples plateformes d’expression, tels que les réseaux sociaux, les personnages contestés arrivent de toute manière à s’exprimer.

Homme devant la caméra, en entrevue virtuelle.

Ndiaga Loum, professeur titulaire au Département des sciences sociales de l'Université du Québec en Outaouais

Photo : Radio-Canada

Ultimement selon le professeur, le risque, lorsqu’il n’est plus possible pour eux de s’exprimer par les voies démocratiques, est de les voir choisir la violence. La solution demeurerait ainsi de privilégier la discussion pour éviter de donner de l’ampleur au phénomène.

Invités par Radio-Canada à s’exprimer sur la venue de Jordan Peterson à Ottawa, les services de communications de la Ville et le Bureau du maire n’ont pas souhaité donner suite. Même silence du côté du Centre Canadian Tire et de l'équipe de hockey les Sénateurs.

Avec les informations de Nafi Alibert et de Frédéric Pépin.

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