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Le retour potentiel d’El Niño en 2023 fait planer la menace de chaleurs records

Le lac asséché et craquelé du parc de La Sabana, à San José.

Le lac du parc de La Sabana à San José, capitale du Costa Rica, a été perturbé par les sécheresses entraînées par le phénomène El Niño en 2018-2019. (Photo d'archives)

Photo : Getty Images / EZEQUIEL BECERRA

Plusieurs modèles prédisent le retour d'El Niño en 2023, une année qui devrait être marquée par des anomalies de température et d'importants épisodes de chaleur. Or, les changements climatiques bouleversent ce phénomène naturel et comportent leur part d'inconnu. Explications.

Au début du mois, le programme européen Copernicus indiquait dans son rapport annuel que 2022 avait été la cinquième année la plus chaude du monde. Plusieurs pays d'Europe ont connu des vagues de chaleur record en été, en dépit du fait que nous traversions un épisode du phénomène climatique La Niña, qui a tendance à engendrer un effet de refroidissement sur le globe.

Cependant, La Niña, qui dure depuis septembre 2020 – un épisode particulièrement long –, devrait tirer à sa fin cette année pour laisser place à El Niño, soit la phase plus chaude du cycle. Différents modèles de prévision climatique indiquent que La Niña devrait se poursuivre jusqu'en mars.

Bien qu'ils prédisent par la suite l'arrivée d'El Niño, ces modèles ne s'entendent pas sur le moment où l'alternance se produira. Le phénomène pourrait se manifester aussi tôt qu'en 2023.

El Niño et La Niña sont des courants marins de grande envergure dans le Pacifique équatorial qui influencent, notamment, la température à la surface de la mer, les précipitations et le régime des vents. Ils se développent habituellement dans la période d'avril à juin, avant d'atteindre leur puissance maximale entre octobre et février.

En décembre dernier, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA) estimait que les probabilités d'un El Niño d'août à octobre 2023 s'élevaient à 66 %. Le 19 janvier, l'International Research Institute for Climate and Society de la Colombia Climate School évaluait son éventualité à la baisse, entre 53 et 57 %, pour la même période.

Des experts du climat, comme Bill McGuire, professeur émérite des risques géophysiques et climatiques à la University College de Londres, sont préoccupés par l'ampleur des événements que pourrait engendrer le prochain El Niño. Les conditions météorologiques extrêmes qui ont sévi sur notre planète en 2021 et 2022 nous paraîtront insignifiantes, a-t-il écrit dans le magazine Wired.

Un cycle bouleversé

Le phénomène El Niño est d’ordinaire associé à la sécheresse, aux fortes pluies et aux inondations. Néanmoins, le prochain épisode de ce phénomène pourrait se révéler plus imprévisible que les précédents.

Si le dernier El Niño, en 2018-2019, s'est peu fait sentir au Canada, celui qui s'est échelonné de mars 2015 à mai 2016 – soit l'un des épisodes les plus forts jamais enregistrés – a fait grimper les températures sur la majeure partie du pays en hiver et au printemps, selon Environnement Canada.

Il a en outre entraîné des anomalies de sécheresse en Afrique, en Amérique centrale et en Indonésie, tandis que d'importantes inondations sont survenues dans le nord du Pérou.

Une image satellite de la Terre qui montre une bande foncée au niveau de l'équateur.

Une image satellite de la Terre où l'on remarque une zone « anormalement chaude » près de l'équateur, au large de la côte ouest de l'Amérique du Sud, selon l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA). Cette image date d'El Niño de l'année 2015-2016.

Photo : Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique (NOAA)

La réponse n'est pas la même si El Niño survient en hiver ou en été, précise Philippe Gachon, professeur au Département de géographie de l'UQAM et chercheur au Centre pour l'étude et la simulation du climat à l'échelle régionale.

S'il se produit l'hiver, l'Amérique du Nord connaît des températures plus élevées qu'à l'habitude, tandis que le sud du continent est plus frais. D'habitude, les effets sont moins présents dans le reste du globe, selon l'expert.

Mais le scénario est tout autre si El Niño se manifeste durant la période estivale. Les zones tropicales et subtropicales s'en trouvent plus touchées. Il faut alors s'attendre à un déluge de précipitations dans des régions où la pluie se fait d'ordinaire rare, comme sur la côte ouest de l'Amérique du Sud, à la perturbation de la mousson en Afrique et à des anomalies de sécheresse, notamment au Sahel.

Les huit dernières années ont été les plus chaudes jamais enregistrées. Entrevue avec Philippe Gachon, professeur au Département de géographie de l'UQAM, et chercheur au Centre pour l'étude et la simulation du climat à l'échelle régionale

Il serait toutefois hasardeux de déterminer les effets du prochain El Niño à l'aune des épisodes passés, selon M. Gachon. Des facteurs non négligeables comme les changements climatiques modifient l'occurrence et les caractéristiques des cycles où alternent El Niño et La Niña.

« C'est clair, et il est important de le noter, que le passé n'est plus garant de l'avenir. »

— Une citation de  Philippe Gachon, professeur au Département de géographie de l'UQAM

Une Niña atypique

Déjà, l’actuel épisode prolongé de La Niña est tout à fait particulier, note Philippe Gachon. Qu'avons-nous vu récemment? La Californie sous les eaux, aux prises avec des dépressions régulières, ce qui est pourtant typique d’un phénomène El Niño!

En Amérique du Nord comme en Europe, l’hiver a été jusqu'ici totalement atypique, souligne l’expert, qui évoque l’absence de neige dans les Alpes et les températures élevées enregistrées au début de l’année en France, en Espagne et en Allemagne.

Pour mieux comprendre les conditions particulières observées depuis 2022, il faut s'intéresser à ce qui se passe dans l'océan Atlantique, soit l'un des océans les plus menacés à long terme par le réchauffement climatique.

« Ce qui me préoccupe en particulier, c'est l'océan Atlantique. En ce moment, il est en train de brouiller le signal. »

— Une citation de  Philippe Gachon, professeur au Département de géographie de l'UQAM

Bien qu'il soit plus petit que le Pacifique, l'océan Atlantique, de par sa position géographique et sa capacité de provoquer des blocages atmosphériques, est appelé à jouer un rôle crucial en influant sur la trajectoire et l'ampleur des tempêtes.

À mesure qu'il se réchauffe, l'océan Atlantique affecte la circulation atmosphérique et bouleverse une partie des réponses des phénomènes El Niño/La Niña, explique M. Gachon.

En fonction de la façon dont l'Atlantique réagit, des événements associés à une pénurie ou à un excès d'eau – sécheresses, feux de forêt, vagues de chaleur, ou à l'inverse précipitations et inondations – s'en trouveront exacerbés.

Chose certaine, l'arrivée d'El Niño en 2023 augmentera la probabilité d'avoir une année beaucoup plus chaude que 2022, résume M. Gachon. Selon le service météorologique britannique (Met Office), 2023 ne sera rien de moins que l'une des plus chaudes années jamais enregistrées.

Les experts du climat James Hansen, Makiko Sato et Reto Ruedy ont même estimé que l'année 2023 pourrait servir de prémisse au dépassement, en 2024, du seuil critique de réchauffement de la Terre de +1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle.

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