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Sauver l’âme des quartiers chinois, de Vancouver à Montréal

Le quartier chinois de Vancouver.

La revitalisation de Chinatown fait partie des promesses du nouveau maire de Vancouver, Ken Sim.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Insalubrité, problèmes d’itinérance, fermetures de commerces, stigmatisation : les défis sont réels pour le quartier chinois de Vancouver. La lutte pour le garder en vie ressemble à celle que mènent d'autres Chinatowns en Amérique du Nord. Un restaurateur et une documentariste évoquent des solutions pour revitaliser ces quartiers, de Vancouver à Montréal.

À Vancouver, selon William Liu, propriétaire de deuxième génération du restaurant de dumplings, Kam Wai Dim Sum, les promesses politiques actuelles sont insuffisantes pour revitaliser le quartier, une réalité observée dans l’ensemble des quartiers chinois au pays.

Comme restaurateur, c’est au quotidien que le jeune entrepreneur milite pour la survie du quartier chinois. Il a laissé de côté une carrière prometteuse de chanteur d’opéra aux États-Unis pour reprendre l’entreprise familiale.

Les aînés du quartier visitent le restaurant depuis près de 30 ans. Nous n’allons pas les laisser tomber, affirme William Liu.

L’entreprise garde aussi ses prix bas pour s’assurer que les quelque 15 000 dumplings façonnés chaque jour puissent nourrir la communauté marginalisée et défavorisée du quartier Downtown Eastside de Vancouver.

William Liu, dans son commerce de Chinatown, à Vancouver, le 17 janvier 2023.

William Liu, dans son commerce de Chinatown, à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Des solutions pour revitaliser du quartier

La revitalisation fait partie des promesses du nouveau maire de Vancouver, Ken Sim, qui a entre autres annoncé cette semaine près d’un million de dollars, principalement pour nettoyer le quartier et effacer les graffitis.

Si William Liu note les efforts des décideurs politiques pour améliorer la propreté du quartier, il juge aussi qu’il s’agit d’une solution cosmétique qui ne permettra pas de le sauver. Tant qu’il n’y aura pas de toilettes publiques accessibles en tout temps, les personnes sans-abris continueront d’utiliser la rue et les ruelles pour faire leurs besoins, affirme-t-il.

Il croit aussi qu’il faut davantage de logements abordables et de sites d’injection supervisés pour attaquer de front les problématiques qui touchent le quotidien de ceux qui vivent dans le quartier.

Un coin de rue délabré du quartier chinois de Vancouver.

Les promesses politiques actuelles sont insuffisantes pour revitaliser le quartier, croit William Liu.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Pour l’entrepreneur, la vitalité passe aussi par les commerçants qui ont pignon sur rue depuis des décennies et qui sont l’âme de Chinatown. Il cite en exemple le Dollar Meat Store, une des plus vieilles boucheries où les aînés amènent leurs enfants et petits-enfants.

Si ce commerce devait quitter le coin, j’ai l’impression que cela briserait l’image de Chinatown, précise William Liu qui se rappelle le dynamisme des rues de son enfance dans les années 1990.

Des enjeux qui résonnent dans les Chinatowns, de Montréal à New York

La lutte pour garder en vie le quartier chinois de Vancouver ressemble à celle que mènent les autres Chinatowns en Amérique du Nord, selon la documentariste derrière Big Fight in Little Chinatown. Karen Cho précise que les liens qui unissent ces quartiers sont de plus en plus forts.

Les quartiers chinois se parlent entre eux au Canada. Je suis basée à Montréal, mais on parle aux gens de Toronto, Vancouver et Calgary, parce qu'on fait face aux mêmes enjeux.

Une vue d'ensemble des portes du quartier chinois de Montréal, sous lesquelles circule un trafic dense parmi des cônes de construction.

La Chambre de commerce du Montréal métropolitain souhaite redynamiser le quartier chinois.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Karen Cho donne en exemple les actions menées pour contrer l’embourgeoisement. Le Chinatown de Montréal n’avait pas les lois pour protéger le patrimoine et n’avait pas les règlements de zonage, alors les développeurs sont venus et ont acheté tous les lots, explique-t-elle.

Pour tenter de protéger le patrimoine, les activistes de Montréal ont pu s’inspirer des moyens de pression et outils politiques utilisés par leurs homologues à Vancouver, notamment lors de la lutte menée en 2017 contre un projet controversé de tour de copropriétés.

Un quartier pour tout le monde

Les défis sont de taille pour revitaliser ces quartiers historiques, mais Karen Cho insiste sur l’idée que les communautés doivent se réapproprier leurs espaces. Ces quartiers ne veulent ni devenir des musées à ciel ouvert pour les touristes ni des quartiers embourgeoisés avec des restaurants hipster et des condos de luxe, précise-t-elle.

Un étalage de différents produits d'alimentation.

Différents produits d'alimentation sont vendus dans le quartier chinois de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Ce qu’elle souhaite, c’est que les Chinatowns puissent continuer d’être accueillants pour tout le monde, comme ils l’ont toujours été pour les communautés marginalisées.

L’entrepreneur William Liu ne peut qu'être du même avis. Le quartier chinois et le Downtown Eastside se chevauchent et il n’est pas question d’exclure qui que ce soit. Il y a tellement de gens qui se battent tous les jours pour survivre dans la rue.

L’inflation ne fait qu’empirer la situation, mais le restaurateur souhaite continuer à servir les membres de sa communauté avec dignité. Quand il n’y a personne dans son restaurant, William Liu admet qu’il en profite pour chanter quelques notes et enterrer le bruit des congélateurs qui gardent les dimsums au frais.

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