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Interventions chirurgicales au privé : quel impact sur les soins en français?

Des observateurs se demandent si les Franco-Ontariens devront attendre plus longtemps pour obtenir des soins dans leur langue.

Une opération de la cataracte au Kensignton Eye Institute de Toronto.

Une opération de la cataracte au Kensignton Eye Institute de Toronto

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Radio-Canada

L'accès aux soins en français en Ontario pourrait se détériorer au fur et à mesure que le gouvernement Ford confiera davantage d'interventions chirurgicales aux cliniques privées. C'est un des possibles effets collatéraux d'une plus grande privatisation du réseau de la santé, préviennent des leaders francophones.

Entre inquiétudes et interrogations, de nombreux Franco-Ontariens peinent encore à bien saisir les répercussions qu'aura le transfert au privé de milliers d'opérations couvertes par l'assurance maladie

« On a tout à perdre, nous, les francophones. »

— Une citation de  France Gélinas, députée néo-démocrate de Nickel Belt

La députée du NPD France Gélinas craint les répercussions de cette expansion du rôle du privé sur les services en français. Dans les cliniques privées, la Loi sur les services en français (LSF) ne s'applique pas. Elles n'ont aucune motivation à offrir des services en français, résume celle qui est la porte-parole des néo-démocrates en matière de santé. 

La députée de Nickel Belt, France Gélinas, du Nouveau Parti démocratique de l'Ontario.

La députée de Nickel Belt, France Gélinas, du Nouveau Parti démocratique de l'Ontario

Photo : Radio-Canada

L'accès égal aux services dans les deux langues à la grandeur de la province ne sera pas respecté, prédit déjà France Gélinas.

Je serais énormément surprise si on avait une clinique chirurgicale francophone [privée] en Ontario. Je serais vraiment vraiment époustouflée, lance France Gélinas. 

Dans un échange de courriels, le ministère de la Santé de l'Ontario a confirmé que les cliniques privées situées dans les régions désignées (en vertu de la Loi sur les services en français) seront tenues de publier certaines informations en français si elles souhaitent effectuer des interventions chirurgicales remboursées par la province.

Le porte-parole du ministère, Bill Campbell, a expliqué que les cliniques devront s'engager à respecter certaines exigences linguistiques lors d'appel de candidatures, sans donner davantage de détails.

Deux langues, deux vitesses?

Le gouvernement Ford promet qu’il va faire fondre les listes d'attente de 25 % grâce aux transformations qu'il propose. Mais l'attente diminuera-t-elle aussi pour les francophones? Rien de moins certain, croit France Gélinas.

Selon elle, les patients qui demanderont des services en français seront contraints de les recevoir dans les hôpitaux, puisque les cliniques ne seront pas en mesure de les leur fournir. Les hôpitaux conserveront aussi les procédures les plus complexes et pourraient perdre davantage d'employés au profit de cliniques indépendantes.

Ça va vouloir dire que si tu veux ton service en français, tu devras attendre à l'hôpital. Et les temps d'attente à l'hôpital vont augmenter.

Les détails comptent

J'ai hâte de voir un petit peu plus de détails. C'est certain que ça cause de grandes inquiétudes, affirme le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario (AFO). Il attend les précisions du ministère de la Santé.

Fabien Hébert estime que les intentions derrière le plan du gouvernement Ford – réduire les temps d’attente – sont louables, mais pour l’instant, il a plus de questions que de réponses quant aux répercussions qu'aura cette annonce pour les francophones de la province.

Un homme dans une cafétéria.

Le président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario, Fabien Hébert

Photo : Radio-Canada / Jimmy Chabot

Quelles cliniques seront choisies? Comment est-ce qu'on va être capables de desservir la population francophone à travers ces places-là qui seront créées? se demande M. Hébert. La santé est un dossier qu'il maîtrise, puisqu'il a été PDG de l'Hôpital de Smooth Rock Falls pendant près de 15 ans.

« [Je souhaite] que le gouvernement fasse les démarches pour s'assurer que certaines de ces cliniques soient en mesure d'offrir des services en français. »

— Une citation de  Fabien Hébert, président de l'Assemblée de la francophonie de l'Ontario

Fabien Hébert aimerait d'ailleurs que les cliniques privées qui prodigueront des soins remboursés par la province soient considérées comme de tierces parties dans le cadre de la modernisation de la LSF. Une telle désignation forcerait ces cliniques et les établissements de soins autonomes à offrir des services bilingues, selon M. Hébert.

Je pense que ce serait une preuve du bon vouloir du gouvernement de s'assurer que dans leurs négociations avec les pourvoyeurs privés, ils prévoient l'accessibilité aux services en français, souligne-t-il.

M. Hébert entend avoir une bonne discussion sur ce point lors de sa prochaine rencontre avec la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney.

Il devrait y avoir des dispositions dans certaines régions désignées bilingues pour que les gens puissent avoir des services en français. Ça devrait être là. Ça, c'est la grande inquiétude, renchérit Michel Tremblay, directeur général de la Fédération des aînés et des retraités francophones de l'Ontario (FARFO).

Quand c'est une question d'urgence, quand c'est une question de douleur, on n'est plus bilingue. Souvent, on prend la première possibilité d'être soigné, regrette-t-il.

Il croit que les plans proposés par M. Ford peuvent avoir du bon temporairement, mais qu'ils ne devraient pas être une approche permanente.

Avec les informations de Camille Gris Roy

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