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Petits animaux sauvages : cohabiter avec l’humain

On aime les observer, mais à une certaine distance. Ces dernières années, de petits animaux fauniques sont devenus plus nombreux et envahissants. Certaines espèces vivent mieux lorsqu'elles évoluent à proximité des humains. Que faire, alors, pour éviter les conflits avec nos nouveaux voisins?

Une mouffette gruge une carotte.

Une mouffette profite d'un bout de carotte pour se nourrir.

Photo : Shutterstock

Langis Tremblay est trappeur professionnel depuis 38 ans. C’est par une belle journée d’été qu’il nous a donné rendez-vous, lors d’une intervention dans la cour arrière d’une citoyenne de Lévis.

On retrouve ici l'environnement idéal pour une mouffette ou un raton laveur, nous dit le trappeur à notre arrivée. On a de l'eau [une rivière], on a probablement des voisins qui nourrissent des oiseaux. On a des jardins, du compost aussi. Ces bêtes-là vont en tirer profit, elles s'alimentent à partir de ça!

Comme plusieurs citoyens des villes et banlieues qui doivent cohabiter avec de petits animaux sauvages, Élise Bois a d’abord pensé à l’exterminateur en s’apercevant qu’une famille de mouffettes s’était établie sous son cabanon.

« J'ai appelé une compagnie d'extermination, mais en me disant : tu ne viendras pas exterminer les animaux. »

— Une citation de  Élise Bois, citoyenne de Lévis
Élise Bois dans un jardin.

Élise Bois a réalisé que sa cour arrière constituait un milieu de vie idéal pour la petite faune environnante.

Photo : Radio-Canada

La compagnie d’extermination a dirigé la citoyenne vers l’association locale de trappeurs professionnels. Grâce à des cages bien appâtées, Langis Tremblay et son collègue trappeur, Jean-Marc Couture, ont vite fait de capturer les petits indésirables, avant de les relocaliser plus loin, dans un milieu naturel et moins peuplé.

C’est le type d’intervention qui aurait pu facilement être évité avec quelques mesures de prévention, selon les trappeurs. À un moment donné, c'est de sécuriser les accès, que ce soit le cabanon, l'entretoit ou les conduits d’aération de votre maison, rappelle Jean-Marc Couture, trappeur depuis près de 40 ans.

Trappeur… en ville!

Dans la même journée, nos deux trappeurs ont dû répondre à une autre citoyenne, qui avait sollicité leurs services pour déloger une famille de ratons laveurs qui s’était introduite dans le comble de sa maison dans le secteur du Vieux-Lévis.

Notre travail a complètement changé, confie Langis Tremblay. C’est devenu un travail de relation humaine. Avant de procéder à une capture, on doit informer et éduquer le citoyen en matière de cohabitation avec la petite faune.

Portrait de Langis Tremblay.

Langis Tremblay trappe les animaux à fourrure depuis 38 ans. Il doit maintenant intervenir chez des citoyens pour les aider à mieux cohabiter avec la petite faune.

Photo : Radio-Canada

« Depuis quatre ou cinq ans, les demandes d’interventions ont explosé, et ce n'est plus du trappage(1) comme on le faisait, dans la nature. Aujourd’hui c’est pour un animal qui cause du tort à un citoyen, en ville ou en banlieue. »

— Une citation de  Langis Tremblay, Association régionale des piégeurs de la Capitale-Nationale

Il n’y a pas si longtemps, ces trappeurs étaient généralement à l'œuvre durant la période réglementaire de trappage d’animaux à fourrure; tard l’automne, et durant l’hiver, dans un contexte bien encadré de valorisation des captures, notamment pour le marché de la fourrure.

La chute des prix de la fourrure a provoqué une désaffection graduelle pour le trappage traditionnel, ce qui a contribué à faire augmenter les populations de petits animaux à fourrure dans nos villes et banlieues. Des espèces comme la mouffette, le raton laveur et l’écureuil sont particulièrement présentes en milieux urbain et périurbain.

Un raton laveur passe dans un bac de nourriture.

Les populations de petits animaux à fourrure, comme le raton laveur, se sont multipliées en milieu urbain ces dernières années.

Photo : Radio-Canada

Pour le raton laveur, par exemple, on en compterait entre 60 et 100 au km2, selon les secteurs(2). Dans le parc du Mont-Royal par exemple, on a déjà recensé 75 ratons laveurs au km2, alors qu’une densité considérée comme normale serait plutôt d’un à deux ratons laveurs au km2.

« Plus on a des milieux urbains verts, plus on crée ces habitats-là. Puis, en bonus, on a retiré tous les prédateurs! »

— Une citation de  Fanie Pelletier, biologiste, Université de Sherbrooke

La spécialiste en écologie animale, Fanie Pelletier, est catégorique : nous avons créé un nouvel écosystème pour la petite faune. Un environnement qui favorise leur survie, mais aussi leur reproduction.

Portrait de Fanie Pelletier.

Selon la biologiste Fanie Pelletier, l’humain a créé un véritable milieu de vie pour les petits animaux sauvages en milieu urbain.

Photo : Radio-Canada

Il y a des évidences dans la littérature, explique la biologiste. En milieu urbain, ces petits animaux sauvages font plus de petits. Ils maturent plus rapidement et deviennent de plus en plus habiles à occuper ces milieux-là. Donc oui, les densités augmentent à certains endroits.

« On voit parfois des coyotes, selon les secteurs, mais ce n'est clairement pas une source de mortalité élevée pour de petits animaux sauvages comme la mouffette ou le raton laveur. »

— Une citation de  Fanie Pelletier, biologiste, Université de Sherbrooke

Il fallait s’y attendre, cette surabondance de petits animaux fauniques dans les secteurs habités crée des problèmes de cohabitation. Que ce soit volontaire ou non, des citoyens vont accommoder ou nourrir ces animaux, fait remarquer le trappeur Langis Tremblay.

On installe une mangeoire à oiseaux, on plante des arbres fruitiers. D’autres vont avoir des installations inadéquates, des accès ouverts à des terriers improvisés, et il y a aussi les bacs à ordures ménagères mal sécurisés.

« Il y en a qui vont dire : ben, débarrasse-moi-z'en! C'est pas tout de s’en débarrasser, là, il faut penser à l'animal aussi! »

— Une citation de  Jean-Marc Couture, trappeur professionnel

Le far west

Lorsqu'on est mal informé, les options sont nombreuses, dit Langis Tremblay. On va acheter un piège à la quincaillerie, on appelle un exterminateur ou un voisin généreux qui dit avoir la solution…

Selon la Loi sur la conservation de la faune et la mise en valeur de la faune, une personne ne peut tuer ou capturer un animal qui l’attaque ou qui cause du dommage à ses biens, lorsqu’elle peut l’effaroucher ou l’empêcher de causer des dégâts.

En d’autres mots, on peut le capturer, le déplacer ou l’abattre, mais en tout dernier recours. Et le dernier recours relève, bien souvent, de l’interprétation, indique Langis Tremblay.

Plusieurs animaux sont donc éliminés de façon arbitraire, explique le trappeur, et selon des méthodes parfois non conformes à l'éthique professionnelle en matière de bons soins aux animaux.

Certaines municipalités, comme la Ville de Lévis, font maintenant appel à des refuges pour animaux sauvages. Nous, on a quatre biologistes ici. On reçoit les animaux sauvages, blessés ou orphelins, explique Jennifer Tremblay, une technicienne en aménagement de la faune qui dirige depuis 10 ans un refuge pour la petite faune.

Portrait de Jennifer Tremblay.

Jennifer Tremblay s’inquiète du triste sort d’un nombre croissant de petits animaux sauvages en milieu urbain.

Photo : Radio-Canada

Certains ont été frappés par des voitures, d’autres, pris dans un piège, ça peut être parce que la mère a été relocalisée, puis les bébés ont été retrouvés orphelins.

« Il y a des gens aussi qui achètent toutes sortes de pièges, ou vont prendre le piège du voisin ou un vieux piège dans le sous-sol. »

— Une citation de  Jennifer Tremblay, propriétaire, SOS Miss Dolittle
Jennifer Tremblay devant une table avec des pièges.

Jennifer Tremblay montre les pièges dans lesquels certains de ses pensionnaires ont été trouvés.

Photo : Radio-Canada

Dans beaucoup de situations, déplore Jennifer Tremblay, les gens vont avoir peur et ne vont pas tolérer la présence d'un animal sauvage. Ce n'est pas de la méchanceté, c'est vraiment un manque de connaissance!

Les trappeurs réclament une formation adaptée

La Fédération des trappeurs gestionnaires du Québec est d’ailleurs en discussion avec le ministère responsable de la faune (MELCCFP) afin d’offrir une formation spécifique pour les trappeurs qui interviennent en milieu urbain, directement chez le citoyen.

« C'est la qualification qui est le bobo là-dedans. Si on veut que ces animaux-là soient traités de façon plus éthique, ça prend une formation spécialisée. »

— Une citation de  Langis Tremblay, trappeur professionnel

Pour les interventions habituelles de piégeage d'animaux à fourrure, nous devons suivre des formations, en plus d’être soumis à des règles et à un code d'éthique rigoureux, explique le trappeur Langis Tremblay.

Cet encadrement est totalement absent lorsque les trappeurs interviennent en milieu urbain, et en dehors de la saison officielle du trappage. Leur fédération réclame donc une formation obligatoire pour quiconque pratique une activité de gestion des animaux nuisibles en milieu urbain.

Pour l’instant, le ministère responsable de la faune (le MELCCFP) dirige les citoyens concernés vers les associations de trappeurs professionnels, et rappelle les mesures de base pour mieux cohabiter avec ces petits animaux sauvages.

« On a pris tous leurs espaces, mais eux, ils sont toujours là. Au niveau de la faune, on a encore beaucoup à faire!  »

— Une citation de  Jennifer Tremblay, technicienne en aménagement de la faune

Le reportage de Claude Labbé et de Michel Sylvestre est diffusé à l'émission La semaine verte ce samedi à 17 h et dimanche à 12 h 30 sur ICI TÉLÉ. À ICI RDI, ce sera dimanche à 20 h.

  1. Trappe, trappage ou piégeage? La trappe est un mot issu du vieux français. On employait le terme « trappe » pour désigner l’activité de capturer des animaux pour leurs fourrures. Les Anglais l’auraient repris par « to trap » puis « trapping », duquel découlerait le terme québécois « trappage ». La trappe ou le trappage serait plus associé à l’utilisation d’arcs, de fusils, de carabines et de pièges dans la récolte d’animaux à fourrure, alors que le piégeage ne concerne… que les pièges. Aujourd’hui, on utilise surtout le terme « piégeage », cette activité qui consiste à attraper des animaux sauvages, dans leur habitat naturel, à l'aide de pièges spécialement conçus. – Sources : Ministère responsable de la faune (Nouvelle fenêtre) (MELCCFP), et l’Office québécois de la langue française (Nouvelle fenêtre).

  2. Source : MELCCFP, 17 nov. 2022

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