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De Ryerson à TMU : une démarche épineuse pour s’éloigner d’un personnage controversé

Ce changement pourrait inciter d'autres établissements postsecondaires à changer de nom, selon le président de l'Université métropolitaine de Toronto, Mohamed Lachemi.

Un travailleur retire une enseignes Ryerson sur un édifice.

L'Université métropolitaine de Toronto soutient avoir retiré environ 20 000 enseignes avec le nom Ryerson.

Photo : Université métropolitaine de Toronto

Sur le campus de l’Université métropolitaine de Toronto (TMU), l’empreinte d’Egerton Ryerson, figure controversée pour son rôle dans la création des pensionnats pour Autochtones, a pratiquement disparu.

Le changement d'identité a été officialisé en décembre par le gouvernement ontarien, alors que l’institution continuait à retirer une à une les énormes enseignes au nom de Ryerson qui trônaient au sommet des édifices de l’université au centre-ville de Toronto.

Quelques semaines plus tard, Ryerson disparaissait des adresses courriel des élèves et du personnel.

Signe de la complexité de cette démarche, il aura fallu neuf mois à l’établissement d’enseignement supérieur pour compléter le changement de nom. Cette démarche pourrait, malgré tout, inspirer d’autres universités canadiennes à emboîter le pas.

Portrait d'Egerton Ryerson.

Egerton Ryerson est connu comme étant le fondateur du système d'éducation publique en Ontario et l'un des architectes des pensionnats pour Autochtones.

Photo : L'Encyclopédie canadienne

La démarche a été longue, mais fructueuse, estime le président de l’Université métropolitaine de Toronto, Mohamed Lachemi.

L’institution dévoilait en avril dernier sa nouvelle identité, le point phare d’une démarche visant à se détacher de l’héritage colonial de ce politicien du 19e siècle.

Malheureusement le nom Ryerson était une source de division, de frustration, pour notre communauté, explique M. Lachemi.

Deux personnes près d'une statue vandalisée au sol.

La statue d'Egerton Ryerson a été déboulonnée en juin 2021. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Chris Gargus/CBC News

Le changement de nom était la première de 22 recommandations formulées par le groupe de travail Standing Strong (Mash Koh Wee Kah Pooh Win).

Ce n'est pas une initiative unique. C'est une façon d'insuffler une approche complètement différente à la réconciliation [avec les peuples autochtones], et ce, à travers l’université, détaille Joanne Okimawininew Dallaire qui a coprésidé le groupe de travail.

La conseillère principale en relations autochtones et en réconciliation à la TMU se remémore les échanges soutenus qui ont mené à la décision de changer d’identité.

Il y a toutes sortes de raisons pour lesquelles certains voulaient garder le nom, soutient-elle. Il y avait une peur d’effacer tout le passé de l’Université Ryerson.

Pourtant, selon M. Lachemi, l’université n’a jamais eu l’intention de réécrire l’histoire, mais plutôt de reconnaître les erreurs du passé et de raffermir les liens avec sa communauté.

Une appartenance et une notoriété à rebâtir

Si le président de l’université soutient que le nouveau nom est adopté par tous, des étudiants rencontrés entre deux cours sur le campus offrent une perspective plus nuancée.

Adam Mohamed dit par exemple employer des appellations différentes en fonction de la personne à laquelle il s’adresse. Si je parle avec quelqu’un à l’université, je vais dire TMU, mais autrement je vais dire Ryerson, explique-t-il.

Pour Bernard Motulsky, professeur au Département de communication sociale et publique de l'Université du Québec à Montréal, cette période de transition était à prévoir. On dit que ça prend à peu près trois ans pour bâtir une réputation. [...] C'est au courant de la troisième année qu'on va commencer à dire qu'il y a un vieux nom qui tombe un peu dans l'oubli, estime-t-il.

Deux personnes de dos devant un immeuble de l'Université Ryerson.

L'Université Ryerson est devenue l'Université métropolitaine de Toronto en avril dernier. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / CBC News

Cet expert de l’image de marque souligne par ailleurs l’implication d’un tel changement sur le sentiment d’appartenance des élèves et du personnel à l’institution. Il estime qu’il faudra également du temps pour transférer la notoriété associée au nom Ryerson, si précieuse pour les diplômés de l’université, vers la nouvelle identité.

Aux dires du président Lachemi, le nouveau nom résonne déjà mieux que l’ancien à l’international, notamment grâce au mot Toronto. Auparavant, quand je me présentais avec le nom Ryerson, je devais expliquer où on est et ce que l’on fait. Le nouveau nom a facilité ma tâche, soutient-il.

D’autres universités suivront-elles?

M. Motulsky ne s’étonnerait pas de voir d’autres universités canadiennes briser leur association à des personnages historiques dont l’image se détériore avec les époques.

Je pense que c'est dans l'air du temps de voir des gens qui étaient des héros devenir des zéros, explique-t-il.

Depuis plusieurs années, des activistes réclament la remise en cause de l’héritage de ceux qui ont prêté leur nom à des universités au pays, notamment James McGill, Wilfrid Laurier ou encore le premier marquis de Dalhousie, James Broun-Ramsay.

Devanture d'un immeuble de l'Université Wilfried Laurier.

L'Université Wilfrid Laurier en Ontario a lancé en 2021 un projet visant à examiner l'héritage de l'ancien premier ministre à qui elle doit son nom. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Kate Bueckert

Le professeur en communication estime néanmoins que le nom de ces hommes est plus profondément ancré dans l’identité de leur université respective que celui de Ryerson.

C'est évident que [l’Université] Ryerson était plus jeune et avait une notoriété mondiale moins importante que celle d'institutions beaucoup plus traditionnelles pour qui le choix va être plus douloureux, juge-t-il.

Pourtant, M. Lachemi a récemment été invité par Universités Canada, un regroupement d’établissements d’enseignement supérieur, pour discuter de la démarche entamée par la TMU il y a plus de deux ans.

J’ai dit à mes collègues qu'on est la première université [canadienne] à changer de nom à cause du passé colonial, et je ne pense pas qu'on va être la dernière, soutient-il.

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