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L’Alberta reste muette sur l’efficacité de son application d’alerte en cas de surdose

L'application DORS sur un téléphone cellulaire.

L'application DORS a été lancée par l'Alberta pour avertir les services d’urgence lorsqu’une personne qui a consommé de la drogue perd connaissance.

Photo : CBC / Janet French

Radio-Canada

L’Alberta refuse de dire combien de vies auraient été sauvées par une application mobile que la province a lancée, il y a deux ans, pour alerter les services d’urgence lorsqu’un consommateur de drogue fait une surdose pouvant mettre sa vie en danger.

L’application, appelée Digital Overdose Response System (DORS), est dotée d’un chronomètre connecté à une alarme qui signale aux services d’urgence des cas de perte de conscience entraînés par l'usage de drogues.

La province indique que l'application a été téléchargée 3700 fois et qu’elle compte près de 1100 utilisateurs enregistrés.

Toutefois, lorsque le gouvernement albertain est interrogé sur le nombre de personnes qui auraient été sauvées par ce système numérique de réponse aux surdoses, il invoque le caractère privé des données collectées par l’application.

DORS est un service confidentiel et anonyme, s’est contenté de répondre Colin Aitchison, porte-parole du ministre de la Santé mentale et des Dépendances.

Dans un courriel à Radio-Canada, M. Aitchison se montre catégorique : le gouvernement ne divulguera aucune donnée susceptible d'identifier une personne spécifique.

Des critiques et de la méfiance

Peu de temps après son lancement, le Digital Overdose Response System a fait l’objet de critiques, de la part notamment d’un créateur d'applications de Calgary et de résidents qui militent pour la réduction des méfaits liés aux d’opioïdes, dont Petra Schulz.

Devenue une défenseure de la réduction des surdoses au sein de l’organisme Moms Stop the Harm, à la suite de la mort de son fils, en 2014, Petra Schulz refuse de recommander l'application aux personnes qui consomment de la drogue.

Elle explique sa méfiance à l'égard de l'application par au moins deux faits.

D’abord, elle craint que les toxicomanes qui l’utilisent ne voient leurs données de consommation ajoutées à leur profil de santé personnel ou qu’ils ne fassent l’objet d’accusations criminelles.

Je pense que beaucoup de gens seraient inquiets d'avoir une trace de leur consommation de substances dans leur dossier de santé, affirme-t-elle.

Petra Schulz évoque ensuite un problème de transparence : Franchement, l'autre préoccupation que j'ai depuis le lancement de l'application est que nous n'avons pas de données à ce sujet.

Petra Schulz, cofondatrice de l'organisme Moms Stop the Harm.

Petra Schulz est la cofondatrice de Moms Stop the Harm, un organisme qui regroupe des familles de victimes de surdoses et d'empoisonnement par les drogues.

Photo : Radio-Canada / Google Meet

La raison d'être de DORS remise en question

Selon Colin Aitchison, l’Alberta verse chaque année 186 000 $ à l'entreprise calgarienne Aware360, qui a créé l’application.

Petra Schulz se demande à ce propos pourquoi le gouvernement albertain investit autant d’argent dans DORS, alors que des services similaires, tels que le Service national d'intervention en cas de surdose (NORS) et Brave App, existent déjà.

NORS est une ligne d’appel nationale, sans frais, qui relie l'utilisateur à une personne qui a déjà consommé de la drogue. Tous les deux élaborent ensemble un plan d'intervention d'urgence en cas de surdose, d'intoxication médicamenteuse ou de crise de santé mentale.

Monty Ghosh, médecin spécialisé en toxicomanie, est l'un de ses cofondateurs. Selon lui, NORS a connu un énorme succès, avec 66 réponses à des appels de surdose, et aucun décès enregistré au cours des deux premières années d'utilisation.

Monty Ghosh, médecin spécialisé en toxicomanie.

Cofondateur de l'application NORS, le Dr Monty Ghosh révèle que celle-ci a permis, au cours des deux premières années de son lancement, de répondre à 66 appels liés aux surdoses.

Photo : Radio-Canada / Fournie par Monty Ghosh

Des preuves pour la confiance

Bien qu’il ne souhaite pas commenter la décision du gouvernement de ne pas divulguer de données concernant DORS, le Dr Ghosh souligne toutefois qu’il est important de rappeler les résultats pour ce genre de service, notamment dans le but de démontrer leur efficacité.

Il explique que cela permet aux cliniciens et aux usagers d’avoir confiance en l’outil et en son utilité.

Le Dr Ghosh souligne, par ailleurs, que les services virtuels d'intervention en cas de surdose ne sont pas destinés à remplacer les centres de consommation supervisée, qu’il juge essentiels notamment du fait de leur temps de réponse immédiat en cas d’alerte.

Néanmoins, il souhaite accroître la sensibilisation aux services virtuels de surdose dans la mesure où certaines personnes pourraient ne pas être en mesure d'accéder à un scentre ite de consommation supervisée.

Nous savons que, selon l'endroit où on se trouve dans la province, 50 % à 70 % des personnes qui meurent d'empoisonnements à la drogue meurent chez elles. Ces services sont donc vraiment là pour combler cette lacune, affirme-t-il.

Monty Ghosh pense également qu'il y a de la place pour NORS et DORS, en expliquant que chaque service offre une approche différente pour les personnes qui consomment de la drogue.

Il est à noter que l'application Lifeguard, de la Colombie-Britannique, affiche pour sa part le nombre de vies sauvées. Son site Internet indiquait la semaine dernière, que 56 personnes avaient été sauvées.

Avec les informations de Bryan Labby

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