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L’élargissement du rôle des cliniques privées suscite des appréhensions en Ontario

Les opérations pour les cataractes ou la pose de prothèses de hanches et de genoux engorgent les hôpitaux publics, selon Doug Ford.

Doug Ford au micro derrière un podium.

Le gouvernement Ford devrait bientôt annoncer des détails sur son plan pour confier plus d'interventions chirurgicales à des cliniques indépendantes.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

L’Ontario se prépare à confier un nombre croissant d’interventions chirurgicales à des cliniques indépendantes à but lucratif. Des membres du milieu de la santé s’inquiètent cependant des effets délétères sur les établissements publics.

Le gouvernement Ford fera une annonce la semaine prochaine concernant l’augmentation du nombre et de la variété des interventions chirurgicales confiées à des cliniques privées, selon les informations obtenues par CBC d’un haut fonctionnaire du gouvernement.

Ces interventions resteraient couvertes par l'Assurance-santé de l’Ontario (OHIP), donc gratuites pour le public. Au lieu de les effectuer dans un hôpital, le gouvernement paierait toutefois des cliniques indépendantes pour les faire.

Le gouvernement promet de réduire ainsi les temps d’attente pour les opérations dans la province. Plusieurs professionnels de la santé croient cependant que cela risque de drainer le personnel et les ressources du réseau public sans améliorer la qualité des soins.

Des centres chirurgicaux spécialisés publics demandés

Le plan du gouvernement vise uniquement des interventions relativement mineures, telles que le traitement des cataractes ou des opérations orthopédiques.

Doug Ford a indiqué que celles-ci engorgent inutilement les hôpitaux publics, alors qu’elles pourraient être effectuées à moindre coût dans des centres privés spécialisés.

Le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario dit qu’il n’a pas été informé de l’échéancier ni du plan pour implanter ces changements.

Une chirurgie de la cataracte au Kensignton Eye Institute de Toronto.

Une chirurgie de la cataracte au Kensignton Eye Institute de Toronto

Photo : Radio-Canada / Natasha MacDonald-Dupuis

Il y a plusieurs mois, nous avons été consultés et nous avons partagé notre avis [...] que ce n’était pas la solution à la crise dans les soins de santé et que cela accentuerait nos manques de ressources humaines et finalement augmenterait davantage le temps d’attente pour les soins plus urgents dans les hôpitaux, a déclaré la registraire du Collège, Nancy Whitmore.

Le Collège est d’avis que les centres chirurgicaux spécialisés devraient toujours être connectés au réseau hospitalier pour assurer une continuité des soins et la sécurité des patients.

Bob Bell, un ancien sous-ministre provincial de la Santé et ex-directeur du Réseau des hôpitaux universitaires de Toronto (UHN), dit que ce serait une excellente idée d’effectuer une plus grande proportion d’opérations dans des centres chirurgicaux spécialisés.

Il croit cependant que ces centres devraient être gérés par les hôpitaux publics.

Je suis totalement d’accord avec le désir du gouvernement d’augmenter le nombre d’opérations en les faisant faire en dehors des hôpitaux, dans la communauté. Mais le faire dans un modèle à but lucratif est simplement stupide, lance-t-il.

Un plan qui ne cannibalisera pas les ressources du public

Le haut fonctionnaire cité par CBC dit que les cliniques indépendantes ont assuré au gouvernement qu’elles peuvent en faire davantage avec leur propre personnel et qu’elles n’ont juste pas l’approbation pour le financement nécessaire.

Il dit que le gouvernement réfléchit minutieusement à son plan afin d’assurer qu’il ne nuira pas aux efforts de rétention de personnel des établissements publics.

Nous devons faire ceci d’une façon qui ne cannibalisera pas les ressources humaines existantes dans nos hôpitaux, a-t-il reconnu.

La ministre de la Santé Sylvia Jones, avec des infirmiers en arrière-plan, prononce un discours à l'hôpital Sunnybrook de Toronto.

La ministre de la Santé, Sylvia Jones, a ouvert la voie à une plus grande place au privé dans le réseau de la santé l'été dernier.

Photo : Radio-Canada

Interrogé sur le sujet mercredi, Doug Ford a souligné que l’Hôpital Shouldice, un établissement privé au nord de Toronto, effectue déjà chaque année des milliers d’interventions pour des hernies assurées par le régime public.

Nous avons besoin de plus d’établissements comme ça pour alléger le fardeau des hôpitaux, croit-il.

Il a aussi répété que toutes les interventions chirurgicales confiées à des cliniques indépendantes resteront gratuites pour la population.

Je n’aime même pas le mot "privé", parce que ce ne l’est pas vraiment. Les Ontariens ne paieront jamais avec leur carte de crédit. Ils paieront avec leur carte OHIP.

Une citation de Doug Ford, premier ministre de l’Ontario

Le premier ministre a parlé d’un chirurgien qu’il n’a pas nommé qui lui aurait dit que son problème est qu’il n’a jamais accès à une salle d’opération.

Le patron de ce chirurgien lui aurait suggéré d’aller jouer au golf en attendant, plutôt que de lui trouver une autre salle d’opération, selon M. Ford.

Des doutes persistent chez des professionnels de la santé

Bob Bell, qui était chirurgien orthopédique avant de travailler pour le ministère de la Santé, dit que le manque d’infirmières ralentit beaucoup plus les opérations que le manque de salles opératoires.

Si on augmente le nombre d’opérations dans les cliniques indépendantes, on va avoir besoin d’infirmières. Devinez d’où on va les prendre?

Une citation de Bob Bell, ex-chirurgien et ex-sous-ministre de la Santé de l’Ontario

Les infirmières ne poussent pas dans les arbres, renchérit la directrice de l’Association des infirmières autorisées de l’Ontario, Doris Grinspun.

Elle est convaincue que l’argent public serait mieux investi s’il servait à augmenter le nombre d’infirmières dans les hôpitaux plutôt qu’à financer des cliniques indépendantes privées.

Quand c’est à but lucratif, ça veut dire que quelqu’un se fait de l’argent sur le dos des gens qui ont besoin d’une intervention chirurgicale, dit-elle.

Cela siphonne le financement qui vient de l’argent des contribuables pour permettre [à ces cliniques indépendantes] de faire de l’argent.

En janvier 2021, le ministère de la Santé a lancé un appel d’offres pour les cliniques indépendantes qui souhaitent effectuer davantage d’opérations de cataractes.

Le document de soumission indique que le gouvernement paierait 605 $ pour chaque intervention. Selon Bob Bell, c’est entre 100 $ et 150 $ de plus que ce que les hôpitaux de la province reçoivent pour la même intervention.

De nombreux établissements privés ontariens ont déjà augmenté de façon important leur nombre d’interventions chirurgicales financées par OHIP dans les dernières années.

Le gouvernement ontarien a commencé à se préparer pour le faire plus officiellement il y a des mois, mais il est demeuré vague sur les détails du plan jusqu’à présent.

Avec les informations de Mike Crawley, de CBC

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