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Un point de vente de drogues dures à Vancouver?

Un portrait de Jerry Martin.

Jerry Martin veut ouvrir un dispensaire de drogues illicites, comme l'héroïne et le crack, dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Alors que la Colombie-Britannique s’apprête, le 31 janvier prochain, à décriminaliser la possession de petites quantités de drogues dures, un entrepreneur de Vancouver cherche à ouvrir un point de vente où les consommateurs pourront, de façon sécuritaire, se procurer du fentanyl ou de l'héroïne.

Jerry Martin, 51 ans, connaît les effets de la drogue et les conséquences associées à la criminalisation des usagers.

L’homme d'affaires, qui se décrit comme « le roi de la compassion », a commencé à consommer à l’adolescence et a vécu pendant 15 ans dans la rue.

Aujourd’hui sobre, il veut aider ses semblables d’une manière inusitée : en leur vendant de petites quantités d'héroïne, de fentanyl, de cocaïne, de méthamphétamine ou de MDMA.

Mon petit frère a fait une surdose il y a quelques mois, explique-t-il. Je pensais déjà ouvrir un magasin, mais ça a été l’élément déclencheur. C’est très important d’offrir un endroit où les gens peuvent s’approvisionner de façon sécuritaire.

De la drogue, dans des gobelets, qui attend d'être testée.

De la drogue qui attend d'être testée par le personnel de Get Your Drugs Tested.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Le projet de Jerry Martin est encore embryonnaire. Il n’a ni local ni chaîne d’approvisionnement et est toujours à la recherche d’investisseurs.

Mais l’homme d’affaires a déjà une idée du concept de ce drugs store qu’il veut ouvrir dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver : un endroit où les drogues auront été testées, où les clients d’âge adulte pourront venir acheter de façon sécuritaire jusqu’à 2,5 grammes de drogue et où les employés feront aussi de la prévention et de l’éducation.

Quelqu’un doit le faire, en particulier avec la décriminalisation qui s’en vient. Les gens seront à la recherche de drogues et ils voudront s’approvisionner dans un endroit sûr.

Une première au Canada

Dès le 31 janvier, et ce pour une période de trois ans, Santé Canada a autorisé la Colombie-Britannique à décriminaliser la possession de 2,5 grammes ou moins d'opioïdes comme l'héroïne, la morphine ou le fentanyl, la cocaïne, les méthamphétamines et l’ecstasy.

L’initiative vise à endiguer la crise des opioïdes. À travers le pays, plus de 32 000 Canadiens sont morts depuis 2016 selon des données dévoilées en décembre par Santé Canada.

Une personne tient une affiche sur laquelle est écrit, en anglais, que « chaque mort est un échec des politiques sur les drogues ».

Chaque mort est causée par l'échec des politiques sur les drogues, clame, le 14 avril 2022, à Victoria, cette personne participant à un rassemblement qui marque les six années passées depuis que la Colombie-Britannique a déclaré que les surdoses d'opioïdes étaient une urgence de santé publique.

Photo : La Presse canadienne / Chad Hipolito

En Colombie-Britannique, les dernières données du Bureau des coroners montrent qu'environ 14 000 personnes sont décédées depuis que la province a déclaré une urgence de santé publique en 2016.

Cette mesure aidera à réduire les barrières et la stigmatisation qui empêchent les gens d’accéder à de l’aide et des services qui peuvent sauver des vies, peut-on lire sur le site du gouvernement. La consommation de substances est une question de santé publique, pas une question de justice pénale.

Le défi d’avoir accès à des drogues de qualité

À partir du moment où on décriminalise, on peut déstigmatiser, croit Jean-Sébastien Fallu, professeur à l’Université de Montréal spécialisé en drogues et légalisation.

Mais c'est certain que le projet pilote [de la Colombie-Britannique] ne règle pas le problème fondamental derrière la crise des surdoses, qui est la qualité des produits sur le marché.

Dans ce contexte, l'initiative de Jerry Martin peut s’avérer prometteuse, selon le chercheur.

Il y a des gens qui vont consommer de toute façon, peu importe les produits, donc d'offrir un produit testé, malgré certaines limites, ça peut effectivement réduire des risques et des décès.

Un portrait de Dana Larsen dans les locaux de Get Your Drugs Tested.

Un portrait de Dana Larsen dans les locaux du centre de détection de drogues qu'il a fondé.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Jerry Martin n’est pas le seul à aller dans cette direction, croit quant à lui le militant pour la légalisation des drogues Dana Larsen.

Je m’attends à ce que d’autres lancent des projets similaires au cours de la prochaine année pour créer une chaîne d’approvisionnement sécuritaire, dit-il.

Dana Larsen a été à l’avant-plan du mouvement pour la légalisation de la marijuana, ouvrant notamment des dispensaires à l’époque où la possession et la vente de marijuana étaient illégales.

Une affiche de Get Your Drugs Tested, un service communautaire de réduction des méfaits.

Get Your Drugs Tested, un service communautaire de réduction des méfaits, a ouvert ses portes en 2019 pour faire face à la crise des surdoses.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Aujourd’hui, l’entrepreneur dirige notamment le comptoir Get your drugs tested, un service gratuit situé sur la rue Hastings, près du Downtown Eastside.

Au comptoir d’accueil, les clients défilent avec leurs échantillons pour s’assurer de leur contenu, une solution de dernier ressort, croit-il.

De la drogue sous un microscope.

Le personnel de Get Your Drugs Tested examine la drogue afin d'y déceler des substances non désirées.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Dans la rue, l'héroïne a presque entièrement été remplacée par du fentanyl, explique-t-il. Ici on teste les drogues, mais on ne devrait pas avoir à le faire, elles devraient être testées à l’avance, elles devraient être étiquetées et les gens devraient pouvoir savoir ce qu’ils achètent à l’avance.

Un projet illégal

Par courriel, le ministère de la Santé mentale et des Dépendances de la Colombie-Britannique affirme que le projet de Jerry Martin n'entre pas dans le cadre de son projet pilote sur la décriminalisation.

La vente ou le trafic des substances contrôlées demeurent illégaux en vertu de la Loi réglementant certaines drogues et autres substances, peu importe la quantité, est-il écrit dans la déclaration. La police aura toujours la capacité de faire respecter la loi concernant le trafic de drogue après le 31 janvier.

Un portrait de Jerry Martin au coin des rues Main et East Hastings, dans le quartier Downtown Eastside.

Un portrait de Jerry Martin au coin des rues Main et East Hastings, dans le quartier Downtown Eastside.

Photo : Radio-Canada / Justine Beaulieu-Poudrier

Jerry Martin en est conscient. L’entrepreneur se dit prêt à aller en prison pour ses convictions et veut, à travers sa démarche, paver la voie à la légalisation, tout comme d’autres militants avant lui l’ont fait pour la marijuana.

Je veux que toutes les drogues deviennent légales. Et surtout, que les gens soient traités comme des humains. Je veux qu'ils soient considérés comme ayant une condition médicale, pas une condition criminelle.

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