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Raymond Bachand a eu une rencontre secrète avec deux leaders étudiants en mai 2012

Ministre des Finances dans le gouvernement Charest d’avril 2009 à septembre 2012, Raymond Bachand s’est confié à l’animateur Gérald Fillion.

Raymond Bachand en 2018.

Raymond Bachand a été ministre des Finances du Québec d'avril 2009 à septembre 2012. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Le passage de Raymond Bachand aux Finances, de 2009 à 2012, a été marqué par l’introduction controversée de la contribution santé et l’annonce de la hausse de 75 % sur 5 ans des droits de scolarité. Un mandat tumultueux dont l’ex-ministre se souvient avec beaucoup d’émotion, encore aujourd’hui.

Moi, je suis contre l’austérité, dit Raymond Bachand dans le cadre de notre série spéciale Dans la peau du ministre des Finances du balado économique Question d’intérêt, sur l’application Ohdio.

Mon ADN vient du Fonds de solidarité FTQ, soutient l’ex-ministre. Ce n’est pas vrai que tu mets du monde à pied, que tu baisses les salaires du monde. Tu as une mission de services publics qu’il faut maintenir, particulièrement en santé, en éducation, en culture et dans les garderies à l’époque. […] Mais les revenus sont plus petits que les dépenses.

Dans la peau de Raymond Bachand

BALADO • Question d’intérêt

Question d'intérêt.

Avec le vieillissement de la population, le gouvernement de Jean Charest veut faire migrer les investissements vers les soins à domicile. Pour y arriver, et pour maintenir un niveau de 5 % de croissance du budget de la santé, le ministre Bachand affirme qu’il doit trouver 1 milliard de dollars. Avec les fonctionnaires, ils arrivent à la solution d’une contribution santé de 200 $ par personne, par année, pendant 5 ans.

Raymond Bachand affirme qu’il aurait dû adopter une contribution progressive, et non fixe, pour la presque totalité des contribuables.

« Il était tellement fort, le mécontentement, que lors de l’élection qui a suivi, je monte les marches d’une église pour aller saluer les gens – les bureaux de vote sont là – et je vois un bon collaborateur qui sort et qui baisse les yeux. Je lui dis bonjour et il me dit : "Tu sais, Raymond, moi je n’accepte pas de payer 200 piasses." C’était une riche personne d’Outremont, pourtant! »

— Une citation de  Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec de 2009 à 2012

La crise étudiante… et la rencontre qui n’a pas existé

Dans le cadre de son second budget, présenté en mars 2011, Raymond Bachand annonce une hausse des droits de scolarité de 75 % sur 5 ans, de 1625 $ au total. Il affirme qu’il ne s’attendait absolument pas au soulèvement étudiant de 2012 au moment d’annoncer sa hausse, qui a pour but d’augmenter le financement des universités.

Le débat sur la pertinence de cette hausse a été fait à maintes reprises. Du point de vue de Raymond Bachand, toutefois, la blessure est encore vive. Quand on parle des manifestations qui ont marqué le printemps 2012, sa voix s’étouffe.

Il se rappelle une manifestation à son bureau de ministre des Finances, à Montréal. Les casseurs arrivent avec des barres de fer. […] L’escouade antiémeute m’a littéralement pris, mis dans l’ascenseur, sorti par le sous-sol, c’était rocambolesque. Mais la réceptionniste, qui a essayé de résister à l’ouverture de la porte, s’est fait casser un bras. Alors moi, la violence, je n’accepte pas ça.

Quand tu te rends compte qu’avec ton garde du corps, il y en a un deuxième qui est à l’entraînement. Et un moment donné, il y a une deuxième auto qui te suit. Et un moment donné, tu en as quatre! Et un moment donné, on te dit : "Ta femme ne devrait peut-être pas coucher à la maison." Non… ce n’est pas bien. Tu fais de la politique pour servir le public, pour aider. On peut être en désaccord sur tout. Mais les menaces personnelles, ça n’a pas de bon sens.

Raymond Bachand nous apprend qu’une rencontre secrète a eu lieu entre lui et deux des leaders étudiants en mai 2012.

Ça va être le scoop que je gardais pour mes mémoires : j’ai rencontré à Québec Léo Bureau-Blouin et Martine Desjardins. On a passé quatre heures ensemble, si ce n’est pas cinq, un après-midi. […] On a eu une entente, on a eu un deal, d’une rencontre qui n’a jamais existé. On a convenu que la rencontre n’existait pas. Eux, ils ne voulaient pas se faire lyncher. Léo Bureau-Blouin était sous protection de la SQ parce qu’il était menacé aussi par les casseurs, souligne M. Bachand.

« Et à minuit, ils ont appelé le cabinet de Line Beauchamp en disant : "On est d’accord nous deux, mais Gabriel Nadeau-Dubois et son association sont contre. Alors, on ne fera rien et l’entente n’existe pas." Et c’est là que tu réalises que, malgré tout le dialogue possible, il n’y aura pas d’entente. »

— Une citation de  Raymond Bachand, ministre des Finances du Québec de 2009 à 2012

L’ancien ministre garde un goût amer de cette période alors qu’il cherchait, disait-il, à préserver le financement de la santé et des universités, sans augmenter les impôts, tout en contrôlant les finances publiques.

Finalement, la contribution santé a été modulée par le Parti québécois qui a pris le pouvoir en septembre 2012, puis abandonnée en 2017 par les libéraux de Philippe Couillard. Et la hausse des droits de scolarité a été annulée par Pauline Marois.


Dans la peau du ministre des Finances

Montage photo de Raymond Bachand, Monique Jérôme-Forget, Carlos Leitao et Nicolas Marceau.
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Quatre ex-ministres des Finances du Québec se sont confiés à Gérald Fillion : Raymond Bachand, Monique Jérôme-Forget, Carlos Leitao et Nicolas Marceau.

Photo : La Presse canadienne / Clément Allard, Jacques Boissinot et Francis Vachon

Écoutez nos entrevues de la série spéciale Dans la peau du ministre des Finances dans le cadre du balado économique de Radio-Canada Question d’intérêt.

La série nous permet de mieux comprendre les coulisses d’événements qui ont marqué le Québec depuis 15 ans. Quelques révélations, des confidences et, surtout, la conviction d’avoir bien fait les choses.

Monique Jérôme-Forget était notre première invitée le 12 janvier.

Raymond Bachand a suivi le 19 janvier.

Viendront ensuite Nicolas Marceau le 26 janvier et Carlos Leitao le 2 février.

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