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Une enquête parlementaire se penchera sur les contrats fédéraux octroyés à McKinsey

Tandis que le gouvernement dit « maintenir les normes les plus élevées d'ouverture, de transparence et de responsabilité fiscale », la firme américaine de consultants se défend d'avoir formulé des recommandations politiques.

Pierre Poilievre en conférence de presse.

Le chef conservateur, Pierre Poilievre, affirme que les partis d'opposition se sont entendus pour collaborer dans ce dossier.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Les partis d'opposition à Ottawa se sont entendus pour forcer la tenue d'une enquête du comité des opérations gouvernementales sur les contrats octroyés à la firme américaine de consultants McKinsey, a annoncé mardi le chef conservateur Pierre Poilievre.

En collaboration avec les autres partis d’opposition, nous forçons une enquête au comité des opérations gouvernementales pour connaître tous les détails de ces contrats d’au moins 66 millions de dollars et aussi pour mieux connaître l’influence que cette entreprise joue dans le gouvernement libéral, a affirmé M. Poilievre en point de presse à Ottawa.

Minoritaire au comité des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires, le gouvernement libéral sera ainsi forcé de dévoiler tous les documents, les courriels, les conversations [et] les textos qui ont été échangés dans le cadre de sa collaboration avec McKinsey, a aussi expliqué le chef conservateur.

Pour le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, il est aberrant que les contribuables qui payent déjà pour la fonction publique se trouvent en fait à payer une deuxième fois pour des gens à qui on demande de se substituer à la fonction publique.

« Le citoyen normal paye deux fois et dans la deuxième fois où il paye, il y a une partie qui s’en va en profit pour une entreprise plutôt que d’être consacrée au service public et au bien commun. »

— Une citation de  Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Au-delà de ces coûts occasionnés, M. Blanchet s'inquiète d'un processus d'octroi de contrats qui laisse peu de place à la transparence, d'une sous-traitance au privé qui finit par remplacer l'expertise que devrait cultiver la fonction publique et de l'influence quasi idéologique de McKinsey jusque dans les orientations politiques du gouvernement.

Des résultats pitoyables

La firme de consultants a fortement gagné en influence à Ottawa sous les libéraux de Justin Trudeau. Une enquête de Radio-Canada a récemment permis de découvrir que le nombre de contrats conclus avec McKinsey a explosé depuis 2015, surtout en immigration, pour atteindre plus de 66 millions de dollars, soit 30 fois plus que pendant le dernier règne conservateur.

Mardi, les chefs conservateurs et bloquistes n'ont d'ailleurs pas manqué de souligner les graves problèmes qui gangrènent le ministère de l'Immigration, et ce, malgré l'intervention coûteuse de McKinsey.

Pierre Poilievre a rappelé que 2,1 millions d'immigrants attendent présentement que leur demande soit traitée par le système, dont 1,2 million qui attendent depuis plus longtemps que le temps maximal prescrit par les règles.

McKinsey est une entreprise soi-disant de gestion [...] qui devait expliquer aux fonctionnaires comment gérer leurs opérations, s'est exclamé le chef de l'opposition officielle.

« Pourquoi est-ce que le ministère [...] est incompétent et incapable de servir les gens qui font leur application pour devenir des résidents permanents? »

— Une citation de  Pierre Poilievre, chef du Parti conservateur du Canada

Yves-François Blanchet n'a pas été plus tendre, rappelant lui aussi les ratés au ministère de l'Immigration. Cette association entre le gouvernement et la firme McKinsey donne au mieux des résultats pitoyables, a laissé tomber le chef bloquiste.

Pourquoi est-ce que le gouvernement du Canada a cédé ses prérogatives par contrats à une entreprise privée étrangère? En quoi est-ce que ça sert le bien commun?

Le gouvernement réagit

Dans la foulée des déclarations des partis d'opposition, la ministre des Services publics et de l'Approvisionnement, Helena Jaczek, a offert une réaction par courriel.

Nous nous assurerons toujours que les conseils reçus aident le gouvernement à continuer d’obtenir des résultats pour les Canadiens. Nous n'avons pas reçu une demande officielle du Comité permanent des opérations gouvernementales et des prévisions budgétaires, mais nous travaillerons avec le Comité si une motion est adoptée à ce sujet. La ministre Jaczek prend ces préoccupations au sérieux. Nous continuons à maintenir les normes les plus élevées d'ouverture, de transparence et de responsabilité fiscale, indique-t-on dans un message transmis par son cabinet.

McKinsey se défend d'avoir présenté des recommandations politiques

De son côté, la firme McKinsey a publié une longue déclaration sur son site web, où il est notamment indiqué que notre travail auprès du gouvernement canadien est entièrement non partisan et se concentre sur des points de gestion fondamentaux, tels que la numérisation et l’amélioration du fonctionnement.

L'entreprise fustige également des renseignements inexacts. Contrairement à ce qu'on a pu lire ou entendre récemment dans les médias, dit encore le cabinet-conseil, celui-ci ne formule aucune recommandation sur les politiques en matière d'immigration, ou sur quelque autre sujet que ce soit.

McKinsey affirme par ailleurs, toujours sur son site web, que les contrats conclus avec le fédéral respectent toutes les lois en vigueur et qu'ils sont soumis à l’examen du Tribunal canadien du commerce extérieur, en plus d'être attribués par les instances publiques après un examen rigoureux de critères techniques et de critères de prix.

Enfin, l'entreprise se dit heureuse de présenter les faits portant sur ces mandats octroyés par Ottawa, le tout devant les députés.

Yves-François Blanchet parle en conférence de presse entouré de six élus bloquistes.

Le chef du Bloc québécois Yves-François Blanchet s'est présenté en conférence de presse mardi entouré de plusieurs députés de son caucus afin de souligner les répercussions de « l'affaire McKinsey » dans de nombreux dossiers.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Gare au caviardage

Chez les conservateurs comme chez les bloquistes, on estime que le comité parlementaire doit d'abord faire son travail avant d'établir si une enquête publique indépendante pourrait être nécessaire.

C’est le temps pour l’imputabilité, a déclaré Pierre Poilievre. Dépendant de ce qu’on apprend, peut-être qu'il va être nécessaire d’avoir d’autres enquêtes pour nous donner la vérité.

Une idée partagée par Yves-François Blanchet. Notre demande, elle est claire : l’entièreté des contrats non caviardés, a-t-il lancé, mettant en garde le gouvernement contre cette habitude de caviarder lourdement les documents qui font l'objet d'une demande d'accès.

Et si le gouvernement s’y refuse, […] il faudra considérer l’hypothèse d’une enquête indépendante, a-t-il ajouté.

M. Blanchet a toutefois fait peu de secrets de son opinion : il est peu probable, selon lui, que le gouvernement accède à la demande des partis d'opposition.

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