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Des vapoteuses de wax qui rendent accro

Depuis quelques années, les adolescents consomment de la wax, une huile de cannabis à haute teneur en THC. Pourtant illégale, elle est vendue sur Internet dans des vapoteuses qui ressemblent à s’y méprendre à des vapoteuses de nicotine.

Une main tient une vapoteuse à la bouche.

La wax, une huile de cannabis, est en forte demande chez les jeunes.

Photo : Radio-Canada

Nous avons rencontré une mère dont le fils de 15 ans consomme de la wax depuis un an et demi. Pour protéger son identité, nous l’appellerons Brigitte. Son fils achète des vapoteuses de wax dans la rue ou sur Internet au coût de 40 $ pour 100 doses.

Depuis qu’il consomme, Brigitte ne reconnaît plus son fils. Auparavant, il était un adolescent studieux, calme et très actif. Aujourd’hui, il est violent.

« Il varge dans les murs, il crie. La première crise est arrivée, il y a eu bousculade avec papa. Il était complètement disjoncté. Je n’avais aucun contrôle dessus. J'ai dû contacter la police trois fois depuis les six derniers mois pour l'apporter à l'hôpital. »

— Une citation de  Brigitte

La wax est vendue dans des vapoteuses préremplies. Cette drogue est 15 fois plus forte que dans les années 1970. Bien qu’illégales aux pays, ces vapoteuses s’adressent directement aux jeunes et sont vendues sur Internet avec une facilité déconcertante.

Les jeunes n’ont qu’à indiquer qu’ils ont plus de 19 ans. Elles sont livrées par la poste sans aucun problème.

La Dre Marie-Eve Morin est stupéfaite de constater qu'il est facile de s’en procurer et que l’on vise directement les jeunes par l’emballage et les saveurs.

Portrait de Marie-Eve Morin

Pour la Dre Marie-Eve Morin, le cannabis n’est pas une drogue douce, car le THC qu’il contient est un psychotrope extrêmement puissant.

Photo : Radio-Canada

« Ça arrive dans des petits crayons à saveur de Smarties, M&M, bubble gum, et ça goûte les fruits. Et ça coûte 40 dollars pour une centaine de doses, donc c'est du pot prêt à porter. »

— Une citation de  Dre Marie-Eve Morin, médecin de famille œuvrant en santé mentale et en dépendances

Le professeur Jean-Sébastien Fallu qui a fondé GRIP, un organisme communautaire aidant les jeunes toxicomanes, n’est pas surpris que l’on cible les jeunes.

« Miser sur les saveurs, les couleurs et l’emballage font partie des stratégies qui fonctionnent très bien. Scientifiquement, c’est prouvé et c’est très décrié en santé publique. »

— Une citation de  Jean-Sébastien Fallu, professeur agrégé, Université de Montréal

C’est pourtant formellement interdit au Canada de cibler les jeunes dans la Loi sur le cannabis.

Un jeune consommateur et vendeur de wax a accepté de nous parler. Il admet que ses saveurs préférées sont le melon d’eau et les biscuits à la crème. Il affirme que la popularité ne cesse de croître.

J’ai commencé à en vendre à la fin du secondaire trois et je me faisais texter toute la journée. Les jeunes, on en a tous une dans nos poches.

Tant par leurs saveurs que par leurs emballages, ces vapoteuses sont très attrayantes pour les jeunes.

Des vapoteuses de cannabis ou « wax pen », provenant de différents fournisseurs.

Photo : Radio-Canada

Une douzaine de vapoteuses de six marques différentes ont été envoyées à un laboratoire spécialisé afin de connaître leur teneur en THC, l’élément qui produit l’effet psychotrope. Les résultats oscillent entre 32 % et 87 %.

Ces vapoteuses proviennent de trois entreprises canadiennes : Mohawk Medibles et ZeroSeven, de l’Ontario, et Restigouche cannabis du Québec. Les trois entreprises ont refusé de répondre à nos questions.

Des vapoteuses achetées par des consommateurs promettent un taux de THC entre 97 % et 99 %, ce qui inquiète les experts rencontrés, dont le pédiatre Nicholas Chadi.

« À l'adolescence, le cerveau est très vulnérable aux effets du cannabis. Certains jeunes rencontrés présentent de l’anxiété très sévère et parfois entendent des sons ou des voix. C’est des signes avant-coureurs d’une psychose. »

— Une citation de  Nicholas Chadi

Et le travail des policiers n’est pas simple, puisque ces vapoteuses sont inodores et ressemblent à s’y méprendre à des vapoteuses de nicotine.

« Pour que les policiers puissent les saisir, il faut qu’ils aient un motif raisonnable de penser que le jeune vapote de la wax. Si tu n’as pas d'analyse qui le confirme, tu ne peux pas la saisir. Donc, ce n’est pas juste des soupçons ou une intuition, et ça, les vendeurs le savent. »

— Une citation de  Me Roxanne Hamelin, criminaliste
Portrait du Dr Chadi

Selon le Dr Nicholas Chadi, les jeunes consommateurs peuvent développer une psychose.

Photo : Radio-Canada

« Je crois que nous devrions légaliser ces vapoteuses. On pourrait mieux contrôler le produit et réguler le commerce, au lieu de laisser ça au marché noir. Ça permettrait de faire plus d’éducation aux consommateurs et s’assurer d’avoir des taux de THC beaucoup plus bas. »

— Une citation de  Jean-Sébastien Fallu

Le reportage de Nancy Desjardins et de Carole Pelka est diffusé à La facture le mardi à 19 h 30 et le samedi à 12 h 30 à ICI Télé.

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