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Nicous D’Andre Spring serait mort d’une défaillance cardiaque à la suite de l’intervention

Les conclusions du coroner sont attendues pour confirmer la cause du décès.

Nicous D'Andre Spring souriant à la caméra.

Nicous D'Andre Spring, qui portait le nom d'artiste Yk Lyrical, aurait dû être libéré de prison la veille de sa mort.

Photo : Facebook/Yk Lyrical

Nicous D'Andre Spring aurait été victime d'une défaillance cardiaque le 24 décembre dernier, après avoir subi une intervention musclée et après avoir été placé de force dans une cellule d'isolement au Centre de détention de Montréal, aussi appelé prison de Bordeaux.

Selon des documents confidentiels consultés par Radio-Canada, l'intervention pour maîtriser l'homme de 21 ans s'est déroulée dans deux secteurs de l'établissement de détention et a impliqué neuf agents du service correctionnel.

Tout a débuté avant l'heure du dîner, vers 11 h 30, le samedi 24 décembre. D'Andre Spring a alors été impliqué dans une bagarre avec d'autres détenus dans le secteur A-00, peut-on lire dans ces documents.

Mis en détention quatre jours plus tôt après avoir été accusé d'agression contre un agent de la paix, de possession d'une arme à des fins dangereuses et de harcèlement criminel, il refusait de prendre sa douche, indiquent aussi les informations transmises à Radio-Canada.

Selon des sources proches du dossier, plusieurs détenus se plaignaient de son odeur corporelle et l'insultaient.

Rapidement, un code 10-14 aurait été lancé sur les ondes radio au sujet d'une bagarre entre plusieurs personnes ayant éclaté dans l'aire de vie du secteur.

Selon les mêmes documents confidentiels, D'Andre Spring a été identifié comme l'instigateur de l'altercation par des témoins.

Chronologie d'un affrontement qui vire au drame

Les agents sont parvenus à renvoyer tous les détenus dans leurs cellules, sauf D'Andre Spring, qui résistait physiquement aux tentatives des agents du service correctionnel. Le prisonnier récalcitrant aurait tenté de leur donner des coups de tête et les aurait insultés en postillonnant, précisent les documents consultés par Radio-Canada.

C'est alors qu'un filet anticrachat a été mis au visage du jeune détenu qui refusait de collaborer, selon la même source, qui ajoute qu'un superviseur a ordonné à l'un des gardiens d'utiliser le poivre de Cayenne afin de le maîtriser.

Ce dernier a obtempéré malgré un mauvais angle et a aspergé le visage de Nicous D'Andre Spring une première fois avec des agents inflammatoires, indique une version de la chronologie des événements obtenue par Radio-Canada.

Le détenu serait ensuite devenu encore plus agressif. Un autre gardien a alors saisi le vaporisateur MK9 des mains de son collègue « pour en mettre sur ses gants et l'étaler directement au visage » de Nicous D'Andre Spring, peut-on lire.

L'équipe est ensuite parvenue à transférer le jeune homme dans le secteur de réclusion D3, poursuit le document.

Les agents auraient alors tenté à quelques reprises de procéder à une douche de décontamination, mais D'Andre Spring, même menotté dans le dos, les aurait empêchés de fermer complètement la porte.

Les agents ont alors eu recours une nouvelle fois au poivre de Cayenne contre le détenu, ajoute le rapport consulté.

Crise cardiaque?

Toujours selon les mêmes documents, les agents du service correctionnel auraient demandé à D'Andre Spring « de collaborer et de se relever ».

Constatant son corps mou, un superviseur a ordonné aux agents de le transporter dans sa cellule. L'équipe croyait que le jeune détenu simulait son état, selon le rapport consulté.

Une fois dans la cellule, les agents auraient signalé d'urgence une détresse respiratoire, puis « l'absence de pouls », peut-on lire.

En quelques minutes, les infirmières du CIUSSS seraient arrivées sur place. En constatant également l'absence de signes vitaux, elles auraient aussitôt réclamé un défibrillateur.

Les agents se seraient relayés pour pratiquer un massage cardiaque, et il est indiqué par écrit que le défibrillateur a été utilisé pour réanimer Nicous D'Andre Spring.

Les paramédicaux d'Urgences-santé seraient arrivés dans la cellule du détenu vers 12 h 20 pour le transporter dans un centre hospitalier, où son décès a été constaté.

Selon les enquêteurs, le jeune détenu aurait subi une défaillance cardiaque causant son décès. Le coroner devra toutefois confirmer cette thèse au terme de sa propre enquête, qui inclut une autopsie.

La Ligue des droits dénonce l'usage du poivre de Cayenne

La problématique de l’usage du poivre de Cayenne dans les prisons est connue des autorités carcérales et du ministère de la Sécurité publique depuis des années, dénonce la Ligue des droits et libertés.

« Depuis 2013, le Protecteur du citoyen a fait état de situations critiques avec l’usage du poivre de Cayenne dans les établissements de détention au Québec qui ne respectent pas les obligations régissant l’emploi de cet agent inflammatoire. »

— Une citation de  Lynda Khelil, porte-parole de la Ligue des droits et libertés

« Dans son dernier rapport annuel, on apprend qu’une personne incarcérée a perdu connaissance et a été transportée à l’hôpital par ambulance à la suite de l'utilisation du poivre de Cayenne et du non-respect des procédures de décontamination, mettant ainsi en danger la vie et la sécurité des personnes incarcérées », ajoute la porte-parole.

La Ligue des droit réclame que des mécanismes d'enquête publique indépendante soient mis en place pour examiner la situation dans les prisons du Québec.

La famille exige une enquête publique

Le 7 janvier, la Coalition rouge, un groupe de défense des droits civiques, a demandé au nom de la famille de Nicous D'Andre Spring qu'une enquête publique soit ouverte.

Trois représentants de Coalition rouge, un groupe de défense des droits civiques.

La famille et Coalition rouge exigent une autopsie indépendante sur le corps de Nicous D'Andre Spring et veulent que les images vidéo de l'intervention, si elles existent, soient rendues publiques.

Photo : Radio-Canada / Charlotte Dumoulin

Au moment de sa mort, Nicous D'Andre Spring était en détention illégale, puisque le tribunal lui avait accordé une libération conditionnelle 24 heures avant sa mort à l'intérieur des murs de la prison de Bordeaux.

Depuis, un superviseur et un agent du service correctionnel ont été relevés de leurs fonctions en attendant les conclusions de l'enquête criminelle menée par la Sûreté du Québec (SQ).

Le directeur de la Coalition rouge, Alain Babineau, a par ailleurs réclamé que la mort de Nicous D'Andre Spring soit « examinée sous la lentille du racisme systémique ».

La communauté ne fait plus confiance aux institutions, a-t-il affirmé.

Pour la Coalition rouge, la mort du jeune homme noir constitue une preuve de plus de l'existence du racisme systémique au Québec.

Parallèlement à la SQ, le Bureau du coroner et le ministère de la Sécurité publique ont ouvert des enquêtes.

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