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Frais additionnels pour paiement par carte de crédit : les clients épargnés jusqu’ici

Une personne tient dans sa main diverses cartes de crédit.

Une action collective a forcé Visa et Mastercard à permettre aux commerçants d’imposer des frais supplémentaires pour les paiements par carte de crédit. (Archives)

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

Un peu plus de deux mois après avoir obtenu la permission de facturer des frais supplémentaires à leurs clients qui paient par carte de crédit, très peu de commerçants ont pour l’instant instauré cette mesure.

Depuis le 6 octobre, les entreprises canadiennes hors Québec peuvent imposer une surcharge pouvant atteindre 2,4 % de la transaction pour les paiements par carte de crédit. Ces frais étaient jusqu’alors interdits par Visa et Mastercard qui ont dû modifier leur politique à la suite d’un recours légal.

Chris Rampen, le copropriétaire du restaurant torontois Nunu Ethiopian Fusion, était l’un de ceux qui, en octobre, disaient avoir l’intention d’instaurer des frais supplémentaires d’ici quelques semaines.

S’il n’a pas changé d’avis sur le bien-fondé de cette mesure, des défis techniques l'empêchent pour le moment de la mettre en œuvre.

Nous n’avons pas encore introduit la surcharge, parce que franchement, c’est très difficile à faire, soutient le restaurateur.

Portrait de Chris et de Nunu Rampen dans leur restaurant.

Chris et Nunu Rampen sont propriétaires du restaurant Nunu Ethiopian Fusion depuis une quinzaine d'années.

Photo : Radio-Canada / Keith Whelan

Il explique que ses terminaux de paiements ne permettent pas d’ajouter des frais en fonction du montant de la transaction. J’en ai fait la demande à l’entreprise qui fait le traitement de nos paiements par carte et ils m’ont dit qu’ils n’avaient pas l’intention d’ajouter une telle fonction, explique M. Rampen.

Pour lui, cette surcharge servirait à compenser les frais d’interchange que lui facturent les banques qui émettent les cartes de crédit de ses clients. Au Canada, ces frais tournent autour de 2 % du montant de la transaction.

Ce 2 % est significatif, estime M. Rampen, lui qui souligne que l’industrie de la restauration n’a pas encore retrouvé son volume d'affaires d’avant la pandémie.

L’argent doit venir de quelque part, et pour l’instant, les gens qui paient comptant ou par carte de débit subventionnent ceux qui paient par carte de crédit, ajoute-t-il.

Parmi les entreprises canadiennes qui ont instauré une surcharge, on retrouve notamment le fournisseur public d’électricité de la Saskatchewan, SaskPower. Telus désire également ajouter des frais de 1,5 % à ses clients qui paient par carte de crédit, mais l’entreprise attend toujours l’approbation du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Des commerçants refroidis par la grogne des consommateurs

En octobre, 19 % des membres de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) disaient vouloir introduire des frais supplémentaires pour les paiements par carte de crédit. Deux mois plus tard, le vice-président aux affaires nationales de la FCEI, Jasmin Guénette, avoue n’avoir vu que très peu d'entreprises mettre en place la mesure.

On ne voit pas un très grand nombre de commerces facturer des frais supplémentaires parce qu'il y a toujours la peur de perdre des clients.

Une citation de Jasmin Guénette, vice-président aux affaires nationales de la FCEI

M. Guénette soutient que les entreprises qui ont instauré la surcharge ont fait face aux critiques de certains clients.

La prise de position de M. Rampen a même valu à son restaurant des évaluations défavorables en ligne, même s’il ne facture pas de frais supplémentaires. Ces gens ne sont jamais venus au restaurant parce que nous étions fermés à ce moment, s’objecte le restaurateur.

Malgré tout, le vice-président de la FCEI juge que la proportion de commerçants qui désirent introduire la surcharge n’a probablement pas beaucoup changé dans les dernières semaines. Selon lui, plusieurs propriétaires attendent simplement un moment plus propice pour instaurer la mesure.

Attendre la baisse de l’inflation

Dans un contexte comme aujourd'hui avec l'inflation, les prix qui augmentent, les pressions à la hausse, voir qu'une entreprise va en plus imposer des frais supplémentaires, ça peut être perçu très négativement, explique M. Guénette.

David Soberman, professeur de marketing à l’École de gestion Rotman de l’Université de Toronto, est du même avis, lui qui dit n’avoir encore jamais vu d’entreprises facturer la surcharge.

Il va être intéressant de voir ce qui va arriver quand l'inflation baissera. Je pense qu'il va y avoir des détaillants qui vont essayer d’ajouter ces frais quand on aura un taux d'inflation plus modéré.

Une citation de David Soberman, professeur de marketing à l'École de gestion Rotman de l'Université de Toronto.

M. Soberman estime également que les commerçants craignent d’être les premiers à instaurer la surcharge. Si tous les détaillants le faisaient, ce ne serait pas un problème. Mais il y a un problème de démarrage, estime-t-il.

Des attentes envers le gouvernement fédéral

De nombreux commerçants attendent par ailleurs que le gouvernement fédéral remplisse sa promesse de réduire les frais d’interchange.

Dans son Énoncé économique d’automne, la ministre des Finances et vice-première ministre, Chrystia Freeland, a réitéré cette promesse.

Le gouvernement entend négocier [...] afin de réduire les coûts de transaction de cartes de crédit pour les petites entreprises sans nuire aux autres entreprises et en protégeant les points de récompense existants pour les consommateurs, peut-on lire dans l’énoncé. En réponse aux questions de Radio-Canada, le ministère des Finances n'a pas offert de détails quant à l'avancement de ces négociations.

Le gouvernement fédéral mentionnait en novembre que s’il ne parvient pas à une entente, il apporterait des changements à la Loi sur les réseaux de cartes de paiement dès que possible l’année prochaine.

Si les efforts d’Ottawa portent fruit, le copropriétaire du Nunu Ethiopian Fusion pourrait revoir son intention de facturer des frais supplémentaires. Ça vaudrait certainement moins le coup d’appliquer une surcharge, estime M. Rampen.

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