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Des vétérinaires en détresse

Surcharge de travail, épuisement, idées suicidaires : des vétérinaires sont au bout du rouleau. À un point tel que la formation des futurs vétérinaires pourrait mieux s’adapter aux réalités du marché du travail.

Andrea Kelly sur un cheval

Andrea Kelly, une vétérinaire qui se passionnait pour l'équitation.

Photo : Famille Kelly

Elle s'appelait Andrea Kelly, elle avait 36 ans et elle était très appréciée de ses 600 clients de la région d'Ottawa et de l'Outaouais. Vétérinaire équine, elle avait sa clinique au sud d'Ottawa. Le 31 juillet, elle s'est enlevé la vie. Son fiancé Marc Alarie est convaincu que sa surcharge de travail est la raison principale qui l'a poussée au suicide. Ils en avaient parlé ensemble plusieurs fois.

Quand elle a acheté la clinique, j'ai vu le stress, le fardeau a commencé à tomber sur elle, j'ai vu qu'elle n'était plus la même personne [...] Elle m'en avait parlé un peu, qu'elle avait des pensées, je lui ai suggéré de consulter et elle ne voulait pas parce qu'elle avait un peu peur de perdre sa licence.

Une citation de Marc Alarie

Andrea avait cherché à embaucher d'autres vétérinaires pendant plusieurs mois sans être capable d'en trouver. Ça veut dire que tu es toute seule 24 heures sur 24, sept jours sur sept. Tous les jours tu es sur appel [...] Elle ne voulait plus sortir, la joie de vivre n'était plus là.

Portrait d'Andrea et de Marc.

En accordant des entrevues, Marc Alarie veut rendre hommage à Andrea Kelly.

Photo : Famille Kelly

Marc Alarie donne des entrevues pour rendre hommage à celle qu'il aimait, mais aussi pour sensibiliser la population à l'importance de consulter et aussi aux difficultés du métier. Partout au pays, des vétérinaires sont débordés, épuisés.

Une étude présentée cet automne lors d'un Congrès de l'Ordre des médecins vétérinaires du Québec a conclu que 38 % des vétérinaires québécois éprouvent des symptômes d'épuisement professionnel et que 16 % d'entre eux ont même eu des idées suicidaires dans la semaine précédant le sondage. Une autre étude ontarienne concluait que 26 % des vétérinaires canadiens auraient songé au suicide en 2020.

Une pénurie de vétérinaires

Les jeunes s'intéressent à la profession, mais le programme en médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe, le seul au Québec, est très contingenté. Quatre-vingt-seize étudiants y obtiennent leur diplôme chaque année. La bonne nouvelle : une nouvelle formation pour 25 autres verra le jour dans deux ans à Rimouski.

On est limités quant aux espaces qu'on a à la Faculté de médecine vétérinaire. C'est pour ça qu'on a ouvert un campus à Rimouski, pour favoriser les régions éloignées, explique Marie Archambault, vice-doyenne aux affaires académiques et étudiantes à la Faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

Julia Chamberlin avec deux chevaux.

Julia Chamberlin, vétérinaire équine

Photo : Radio-Canada / Jean-Sébastien Cloutier

Le manque est particulièrement criant dans le domaine des soins aux grands animaux qui est choisi par une minorité d'étudiants. Julia Chamberlin, comme Andrea Kelly, est vétérinaire équine. Elle s'occupe à elle seule d'un millier de chevaux et travaille régulièrement 80 heures par semaine. La Montérégie, où elle travaille, est néanmoins la région la mieux desservie au Québec.

En haut de Québec, vers Tadoussac, toute la rive nord, ils n'ont plus personne du tout pour faire les chevaux dans ce coin-là. Il y a un comité avec le MAPAQ, Cheval Québec actuellement, on est là-dessus pour essayer de trouver des solutions.

Une citation de Julia Chamberlin, vétérinaire équine

Selon elle, l'autre problème est de garder les nouveaux vétérinaires à leur travail. Quasiment 50 % des vétérinaires qui commencent en pratique équine lâchent la pratique équine. C'est énorme. On essaie de motiver ces gens-là à venir, à leur montrer la beauté de la pratique, puis rendus là, ils trouvent ça trop dur. Les gardes, les fins de semaine, les soirs, le psychologique qu'il faut gérer aussi avec la clientèle.

Des services qui coûtent cher

Il est vrai que la relation avec les clients n'est pas toujours facile. Une des raisons est financière. Les factures des vétérinaires sont souvent salées. Les gens ne sont pas habitués [au Canada] à payer pour des soins médicaux. Les soins médicaux sont chers, les équipements sont chers, les médicaments sont dispendieux, dit Julia Chamberlin.

Claudia Sauvé, qui traite les petits animaux, trouve que c'est l'aspect le plus difficile du métier. Chaque jour, constamment, on doit dire pourquoi c'est dispendieux. Je pense que tout le monde a entendu la phrase : "ouin, mais on le sait bien vous autres, les vétérinaires, vous le faites juste pour le cash!"

Un aspect humain qui s'ajoute à la surcharge de travail qui sévit aussi dans les cliniques pour petits animaux. Soixante pour cent des ménages canadiens ont au moins un chat ou un chien. Un chiffre qui était à 58 % avant la pandémie. On doit refuser des patients chaque jour. Ça, c'est quelque chose que je ne connaissais pas avant, affirme Claudia Sauvé. Des rendez-vous de routine, ça peut être d'ici trois semaines, des chirurgies, ça peut aller en janvier, février.

Portrait de deux chevaux.

Ces chevaux sont traités par des vétérinaires équins.

Photo : Radio-Canada

Une formation à bonifier

Le geste d'Andrea Kelly a eu des échos chez les étudiants en médecine vétérinaire de Saint-Hyacinthe tout autant que les difficultés qu'ils entendent sur le métier. Myriam Verge-Delisle qui commence sa quatrième année, adore sa formation et a hâte d'exercer le métier malgré quelques appréhensions. Le niveau d'anxiété dans nos classes, dans la faculté, c'est sûr qu'il est probablement plus élevé que la moyenne.

L'école les encadre bien pendant leurs études, mais une réforme de la formation est en cours pour mieux les préparer au marché du travail.

On est préparés pour l'examen, est-ce qu'on est assez préparés pour le terrain? Je vous mentirais si je vous disais que oui.

Une citation de Myriam Verge-Delisle, étudiante en 4e année de médecine vétérinaire

Oui, on peut s'améliorer pour permettre aux futurs médecins vétérinaires d'être encore mieux pour faire face, pour augmenter la résilience, faire face au stress, puis aussi à apprendre à mettre ses limites, conclut la vice-doyenne Marie Archambault.

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