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Peu d’élèves dans les écoles francophones : « Un vrai défi qui s’ouvre à nous »

Des enfants assis sur leur chaise dans la classe lèvent la main.

Seulement 16 % des élèves qui ont le droit de fréquenter l’école francophone à T.-N.-L. choisissent de le faire.

Photo : Radio-Canada

La Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador (FFTNL) est alarmée par les récentes données de Statistique Canada qui montrent que seulement 16 % des élèves qui ont le droit de fréquenter l’école francophone y sont inscrits cette année. Le Conseil scolaire francophone provincial (CSFP) y voit une occasion de se retrousser les manches, même si le défi est de taille.

Selon Statistique Canada, 2215 enfants âgés de 5 à 17 ans de cette province ont le droit d'être éduqués dans une école francophone.

Pourtant, seulement 362 élèves sont actuellement inscrits dans les écoles du CSFP, en date du 30 septembre 2022.

« Ce fut une grande surprise. On pensait pas que la marche était aussi haute! »

— Une citation de  Gaël Corbineau, directeur général de la FFTNL

Il est important de noter que les données de Statistique Canada ne comprennent pas d’autres catégories d’enfants qui peuvent fréquenter les écoles francophones, soit les enfants allophones (qui ne parlent ni l’anglais ni le français) et les enfants issus de la clause de droits acquis (si l’un des grands-parents de l’élève parle le français).

Le nombre d’élèves du CSFP inclut cependant ces deux catégories d’élèves.

Pour le CSFP, même si elles sont peu reluisantes, ces données soulignent la nécessité des écoles francophones.

Selena Mell qui sourit.

Selena Mell occupe la direction générale de l'éducation au Conseil scolaire francophone provincial de Terre-Neuve-et-Labrador.

Photo : Radio-Canada / Eve Gagnon

Pour nous, c’était de l'information importante pour montrer le potentiel de fréquentation du CSFP et de la possibilité de promouvoir d’autres possibilités, explique la directrice générale du CSFP, Selena Mell.

Selon la FFTNL, il s’agit cependant d’un vrai défi.

On a un énorme écart! Seize pour cent, c’est vraiment pas acceptable, c’est catastrophique presque, s'exclame le directeur général Gaël Corbineau.

Des écoles moins populaires

Selon lui, plusieurs facteurs expliquent les raisons pour lesquelles les parents choisissent d’envoyer leur enfant dans une école anglophone.

Les parents, des fois, veulent plus de programmes, plus de chances; par exemple, nous n’avons pas le baccalauréat international du côté francophone, dit-il.

Gros plan sur le visage de Gaël Corbineau, directeur général de la Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador.

Gaël Corbineau, directeur général de la Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador (archives)

Photo : Radio-Canada/Philippe Grenier

Selena Mell admet que l’offre de programmes ou d’activités scolaires peut changer la donne.

Il y a des besoins pour certains élèves et, des fois, les objectifs ne sont pas alignés à leurs besoins, précise-t-elle. Dans nos écoles francophones, des fois, on a des familles qui ont des intentions pour apprendre le français, et pour une raison ou une autre, ça ne fonctionne pas avec l'élève.

Le directeur général de la FFTNL souligne aussi que des questions de transport des élèves peuvent convaincre des parents de choisir l’école anglophone, plus près de chez eux.

Quand vous êtes un parent et qu’on vous propose une école francophone à une demi-heure [...] ou une école d'immersion à 5 minutes… Ça pose beaucoup de questions aux parents et c’est très légitime et il y en a bien qui préfèrent le 5 minutes au détriment de 1 h de bus le matin, 1 h de bus l'après-midi.

Promouvoir les écoles francophones

Outre les élèves qui quittent le système francophone, pour avoir accès à plus d’activités parascolaires par exemple, il y a aussi tous les élèves qui n’ont jamais fréquenté une école francophone.

Effectivement. il faut se poser la question. Est-ce parce qu’ils ne connaissent pas leurs droits?, demande Gaël Corbineau. Il y a tout un travail de promotion qui est à faire et qui n’est pas forcément bien fait.

Des élèves qui marchent dans les corridors.

Le 12 septembre, les élèves ont pu visiter le nouveau bâtiment de l'École Rocher du Nord à Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada

Selena Mell est du même avis. La clé du succès, c’est de faire connaître les programmes.

On doit plus se promouvoir, parce qu’on a de bons programmes et je crois que, dans certains milieux, on n’a pas assez promu les activités et les événements et le bien des écoles francophones, ou même qu’il y a des gens qui ne connaissent pas qu'on a des écoles francophones dans certains lieux, dit-elle.

Viser l’égalité en éducation

Selena Mell vient d’être nommée directrice du CSFP il y a quelques mois. Elle a récemment visité des écoles francophones de la province pour rencontrer les élèves et les parents, afin de cerner leurs attentes et cibler les points à améliorer.

Elle croit qu’il faut toujours viser l’égalité en éducation entre les deux réseaux scolaires.

On veut aussi s’assurer l'équité dans nos bâtiments, dans nos écoles, pour qu’ils offrent les mêmes cours ou activités que les écoles anglophones. Ça, c’est un droit et c'est un besoin de savoir que les élèves qui sont dans nos écoles du CSFP ont les mêmes possibilités que dans des programmes anglophones.

Un grand défi, selon Gaël Corbineau de la FFTNL qui affirme qu’il faut revendiquer un meilleur financement du secteur de l’éducation francophone, qui aurait aussi un effet direct sur sa population étudiante.

C'est un peu l’effet boule de neige en fait, ce financement sert de levier pour aller plus loin. En allant plus loin, on a plus d'enfants et les revenus qui vont avec, qui permettent d’offrir plus de choses, explique-t-il.

Attirer plus de professeurs

La directrice du CSFP soutient que la main-d'œuvre doit aussi faire partie des priorités. Le manque de professeurs oblige le CSFP à combiner des classes de différents niveaux, ce qui n'est pas l'idéal, selon la directrice.

Elle affirme vouloir discuter du dossier avec le gouvernement.

[Les priorités], c'est l'élimination des obstacles et des retards dans le processus de certification des professeurs et le système d’immigration qui a un délai assez long pour faire venir des professeurs d’autres pays, et ça nous causent un manque de personnel, dit-elle.

Des données plus précises

La FFTNL et le CSFP sont ravis de voir que Statistique Canada fournit maintenant des données sur les élèves qui ont le droit d'être éduqués en français.

Toutefois, ils aimeraient connaître quel est leur nombre dans chaque région de la province, afin de cibler les endroits où de nouvelles écoles sont nécessaires.

Dans les régions où il n’y a pas d’école, ça nous donnerait de bons arguments pour aller voir le gouvernement provincial et dire : là, il y a un bassin important d’ayants droit et il n’y a pas de raison qu’on n’ait pas d’école à cet endroit-là, donc ça nous faciliterait définitivement la vie, dit Gaël Corbineau.

Néanmoins, les données de Statistique Canada montrent l’urgence d’agir, selon le directeur de la FFTNL. On part de très, très loin, nous ici dans la province, on a un énorme travail à faire et à rattraper, et j'espère que désormais qu’on a ces chiffres et que la situation est clairement problématique, on va être capables d’avancer.

Selon la directrice générale du CSFP, il s’agit d’un travail d’équipe. On travaille ensemble pour promouvoir la langue. Parce que c'est important à la province, c’est important aux élèves, aux familles, c’est en travaillant ensemble qu'on va faire un changement. 

Avec des informations de Kyle Mooney

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