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Le Parlement européen éclaboussé par des soupçons de corruption impliquant le Qatar

Eva Kaili assise seule au parlement.

Eva Kaili, l'une des vice-présidentes du Parlement européen, à Athènes en 2011

Photo : Reuters / Yiorgos Karahalis

Agence France-Presse

Une vice-présidente grecque et un ex-eurodéputé italien arrêtés : le Parlement européen est éclaboussé par des soupçons de corruption impliquant le Qatar qui ont mené à une vaste opération de la police belge, vendredi à Bruxelles.

Dans la soirée, l'eurodéputée socialiste grecque Eva Kaili, qui est l'une des vice-présidentes de l'assemblée, a été interpellée à son domicile à Bruxelles pour être auditionnée, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier, confirmant des informations de presse.

Il s'agit de la cinquième interpellation de la journée.

Quatre hommes ont été arrêtés dans la matinée : le compagnon de Mme Kaili, Francesco Giorgi qui est assistant parlementaire, un directeur d'ONG, le dirigeant syndical italien Luca Visentini et l'ancien eurodéputé Pier-Antonio Panzeri qui a siégé de 2004 à 2019.

Le parquet fédéral belge a annoncé l'opération de police sans dévoiler l'identité des suspects ni nommer le pays du Golfe sur lequel pèsent ces soupçons de corruption.

Mais la même source proche du dossier a confirmé à l'AFP qu'il s'agissait du Qatar, comme l'ont révélé dans une enquête conjointe le journal francophone Le Soir et l'hebdomadaire flamand Knack.

L'enquête, pilotée depuis quatre mois par un juge financier bruxellois, vise des faits de corruption et de blanchiment d'argent en bande organisée, a souligné le parquet fédéral dans un communiqué.

Ce pays du Golfe est soupçonné d'influencer les décisions économiques et politiques du Parlement européen, en versant des sommes d'argent conséquentes ou en offrant des cadeaux importants, poursuit-il.

Quant aux bénéficiaires, il s'agit de personnalités ayant une position politique et/ou stratégique significative au sein du Parlement.

L'opération de police a donné lieu à 16 perquisitions au total dans diverses communes de la capitale belge, où le Parlement européen a son siège.

Au cours de l'opération, la police a mis la main sur environ 600 000 euros en liquide, ainsi que du matériel informatique et des téléphones portables dont les contenus seront analysés.

Un pays critiqué dans le cadre de la Coupe du monde

Les cadeaux ou avantages offerts pourraient être liés à la volonté du Qatar d'améliorer sa réputation décriée en matière de droits de la personne et de traitement des travailleurs étrangers.

Parmi les interpellés, le secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI, ou ITUC en anglais), Luca Visentini, évoquait encore cette semaine la situation des travailleurs au Qatar, dans un entretien diffusé vendredi par l'AFP.

Ce responsable italien appelait en particulier à continuer de faire pression sur les autorités et les employeurs pour de meilleures rémunérations et davantage de mobilité dans le travail.

Dans un message succinct sur son site, la CSI s'est dite au courant des informations circulant dans la presse, mais a refusé tout commentaire à ce stade.

Quant au parti socialiste grec (Pasok-Kinal), dont Eva Kaili était membre, il a annoncé dans la soirée à Athènes qu'elle en était écartée.

Cette ancienne présentatrice télé de 44 ans, qui fait partie des 14 vice-présidents du Parlement européen, avait rencontré au Qatar, peu avant le début du Mondial de football, le ministre qatari du Travail, Ali bin Samikh Al Marri.

L'élue grecque avait salué à cette occasion, au nom de l'UE, l'engagement du Qatar à poursuivre les réformes du travail, selon un tweet de l'ambassadeur de l'Union à Doha, Cristian Tudor.

Aujourd'hui, la Coupe du monde de football au Qatar est une preuve concrète de la façon dont la diplomatie sportive peut aboutir à une transformation historique d'un pays dont les réformes ont inspiré le monde arabe, avait aussi déclaré Eva Kaili à la tribune du Parlement européen le 22 novembre.

Le Qatar est un chef de file en matière de droits du travail, avait-elle affirmé.

Le Qatar, pays organisateur du Mondial 2022, a été accusé par des ONG de négliger les conditions de travail et de vie de ses centaines de milliers de travailleurs migrants venus d'Asie et d'Afrique.

En réponse, Doha a fait valoir des réformes inédites du code de travail, saluées par des organisations syndicales qui appellent néanmoins à une application plus rigoureuse.

Un chiffre a fait couler beaucoup d'encre : celui de 6500 étrangers morts au Qatar depuis l'attribution du Mondial en 2010, avancé en février 2021 par le quotidien britannique The Guardian.

Les autorités qataries ont vivement démenti cette information. Et l'Organisation internationale du travail (OIT), présente à Doha depuis 2018, a documenté de son côté 50 accidents du travail mortels d'employés sur une année, en 2020, et 500 blessures graves. Elle a toutefois relevé le manque de données disponibles.

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