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Ringuette Québec ne veut pas de la politique de trans-inclusion de Ringuette Canada

De jeunes joueuses de ringuette sur la glace pendant un entraînement.

Ringuette Québec n'a pas l'intention d'implanter la politique de trans-inclusion de Ringuette Canada.

Photo : Facebook/Association de ringuette Gatineau

Ringuette Québec fait cavalier seul dans l’application de la politique de trans-inclusion de Ringuette Canada. Selon la fédération nationale, toutes les associations provinciales ont choisi de l’implanter, sauf le Québec, où les responsables de ce sport se disent « contre » le document.

La raison? La politique visant les personnes transgenres et non binaires représente une vision très fermée de l’inclusion, selon Florent Gravel, qui a été président de Ringuette Québec pendant 20 ans et qui agit comme porte-parole de l’organisation.

Il devrait y avoir les handicapés, les personnes de couleur, les religions. Nous, on n’est pas là pour faire la promotion des trans, on est là pour développer un sport qui s’appelle la ringuette, poursuit celui qui siège au conseil d’administration de la fédération sportive.

« On pense que Ringuette Canada n’a pas été visionnaire dans le développement de sa politique. »

— Une citation de  Florent Gravel, porte-parole de Ringuette Québec

Selon lui, une politique d’inclusion ne devrait pas viser uniquement une population marginalisée au risque de discriminer les autres. Ringuette Québec n’a toutefois pas développé son propre document à ce sujet, ce que regrette vivement Martine Corbeil.

Ce n’est pas logique. Incluez-en plus du monde alors! Faites-en une politique! Ils n’en font même pas. C’est de la poudre aux yeux, estime cette mère de la région de Montréal qui a mené un combat judiciaire pour permettre à son fils trans de continuer à jouer à la ringuette, après qu’il en eut été exclu, en 2019.

Ringuette Québec voulait à l’époque que son adolescent joue dans une équipe mixte, ce qui n’existe qu’en théorie dans la province.

Ça a été très, très dur. Ça a été un rejet vraiment total. Lui-même apprenait à vivre avec lui-même. C’était son sport et c’était un peu son antidépresseur, raconte Mme Corbeil.

Du cas par cas

Une permission a été accordée à Jonathan Pitre pour continuer à jouer dans une équipe féminine et il a pu reprendre sa place devant le filet, en 2021, mais Ringuette Québec dit gérer les situations au cas par cas pour s’assurer de la sécurité des athlètes.

Quand les associations locales vont avoir la demande d’un garçon, elles savent que c’est un trans parce que la personne revient dans la même équipe dans laquelle elle était avant, donc tout le monde sait que cette fille-là est maintenant un garçon. Elles connaissent son pedigree, son expérience de jeu, elles sont capables de bien le positionner, explique M. Gravel lorsque questionné sur les outils fournis par la fédération provinciale aux instances locales.

Dans la politique de trans-inclusion de Ringuette Canada, on peut notamment lire que les athlètes n’ont pas à déclarer leur identité de genre ou encore leur historique.

L’organisme national a refusé les demandes d’entrevue de Radio-Canada. Par courriel, une porte-parole a indiqué que la politique, élaborée en 2018, puis mise à jour en 2021, permet aux joueurs transgenres de participer avec une équipe qui correspond à leur identité de genre ou à leur sexe assigné à la naissance et donne la possibilité explicite aux joueurs non binaires de participer avec l’équipe de leur choix (masculine, féminine ou mixte).

D’avoir cette règle, ça permet aux personnes de vouloir rester, de vouloir continuer ou même de vouloir essayer un nouveau sport, croit Asher Broom, un intervenant communautaire chez Jeunesse idem Outaouais, un organisme au service de la jeunesse LGBTQ+.

Ringuette Canada a utilisé des "iels" et des "celleux". Nous autres, on n’est pas là pour changer la grammaire française. On parle de quelques personnes sur 6000 joueuses. Est-ce qu’on va tout changer notre réglementation et notre francisation pour des personnes qui disent qu’eux autres sont rendus à un autre niveau? questionne M. Gravel, qui croit que le rôle de son organisation est de fournir les infrastructures et la réglementation pour que les athlètes puissent s’épanouir dans le sport.

« Ça envoie un message transphobe. »

— Une citation de  Asher Broom, intervenant communautaire, Jeunesse idem Outaouais

Asher Broom a joué à la ringuette pendant une dizaine d’années avant de laisser ce sport de côté lorsqu'a débuté son questionnement personnel sur son identité de genre. Le fait que la discipline soit typiquement féminine l’a convaincu de la laisser tomber.

À 23 ans, après quatre ans de pause, revenir à ce sport qui lui a tant apporté pendant l’enfance et l’adolescence serait un souhait. Le fait que Québec ne veuille pas mettre en place le règlement d’inclusivité, ça m’a complètement refroidi, ajoute le Gatinois.

Ça vient encore une fois catégoriser les gens et choisir qui on accepte et qui on n’accepte pas, détaille l’intervenant, qui souligne que la ringuette est un sport dans lequel de nombreuses personnes de la communauté LGBTQ+ se retrouvent.

Pour éviter cette situation, Martine Corbeil rêve pour sa part que la ringuette devienne officiellement un sport mixte au Québec, comme c’est le cas ailleurs au Canada, pour que tout le monde qui veut jouer joue, que ce soit cisgenre, transgenre, non binaire, gros, petit, grand, maigre, noir, musulman, hindou.

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