•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Record d’enfants absents : des CPE craignent de perdre des subventions

Après notre reportage, Québec rassure les garderies inquiètes du faible taux de présence causé par les virus.

Un poupon seul à une table de garderie, à côté de sièges vides

Dans certaines garderies, plus du tiers des enfants sont absents à cause des différents virus en circulation.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Le gouvernement Legault promet aux centres de la petite enfance (CPE) et aux garderies subventionnées qu'ils ne seront pas pénalisés par la cascade d'enfants malades. Plusieurs avaient confié leurs craintes à Radio-Canada après être passés sous le seuil de présence de 70 %, en dessous duquel ils perdent des subventions.

Jeudi, à la garderie La Pépinière de Longueuil, il y avait 43 enfants sur un total de 63. Un taux de présence de 68 %. Je ne sais pas ce que ça va donner dans le budget à la fin de l'année, dit, inquiète, la directrice Phan Phuong-Minh. Ce n'est jamais arrivé de toute l'histoire de la garderie.

Elle est loin d'être la seule installation à être passée sous le seuil de présence parce que plusieurs virus respiratoires affectent les enfants du Québec en même temps, cet automne. Depuis l'attaque virale actuelle, nous roulons avec 60-65 % de présence, raconte Guy Arsenault, le directeur du CPE Alexis le Trotteur, à Montréal.

L'Association québécoise des CPE affirme recevoir beaucoup d'appels de ses membres à ce sujet, partout au Québec. D'être pénalisées par rapport à ça, ça crée beaucoup de stress pour les corporations, explique la conseillère stratégique de l'AQCPE, Geneviève Blanchard.

« Les écoles ont aussi plus d'absences, mais elles ne vont pas perdre de subventions. »

— Une citation de  Geneviève Blanchard, conseillère stratégique de l'Association québécoise des CPE

L'AQCPE a demandé au ministère de la Famille du Québec d'être conciliant. Contacté par Radio-Canada, le ministère avait promis d'analyser les chiffres à la fin de l'année financière. Vendredi matin, la ministre Suzanne Roy a pris l'engagement de protéger les finances des établissements.

Le taux de présence est calculé sur 12 mois. Les jours manqués incluent les vacances, les jours fériés et tous les types d'absences. Durant la pandémie, le gouvernement a abaissé la limite de 80 % à 70 % pour aider les garderies, mais la situation actuelle entraîne un nouveau défi.

Une mère met une main sur le front de son fils pour prendre sa température, tout en portant son téléphone à l'oreille de l'autre main.

Les urgences pédiatriques sont débordées depuis plusieurs semaines.

Photo : Getty Images / Dean Mitchell

Claudette Pitre-Robin, la directrice générale du Regroupement des CPE de la Montérégie, remarque que les parents redoublent de prudence à l'approche des fêtes et sont plus tentés de retirer leur enfant de la garderie.

Elle raconte que des CPE de sa région ont fermé des groupes au complet, car tous les enfants étaient absents. Le taux d'absentéisme est vraiment alarmant.

« Le moral des directions est assez faible. Toute la sortie de la COVID n'est pas simple et s'ajoutent à ça d'importantes inquiétudes financières. »

— Une citation de  Claudette Pitre-Robin, directrice générale du Regroupement des CPE de la Montérégie

Certains CPE admettent que les nombreuses absences peuvent aider dans un contexte de pénurie de main-d'œuvre. Mais encore faut-il que les établissements soient avisés de l'absence d'un enfant.

En général, l'absence n'est pas prévue, donc des fois on fait venir une éducatrice remplaçante et finalement le groupe est très faible. Donc, ça crée beaucoup de difficultés au niveau de l'administration, explique Claudette Pitre-Robin.

La viande doit être dégelée et les repas préparés avant de connaître le nombre exact d'enfants présents, ajoute Phan Phuong-Minh, de la garderie La Pépinière.

Québec avait déjà revu à la baisse le taux de présence

Le seuil de 70 % a été fixé pour tenir compte d’une possible augmentation de l’absence en raison de la situation sanitaire, mentionne le ministère de la Famille. Durant la pandémie, le seuil avait déjà été abaissé, puisqu'il était auparavant de 80 %.

Québec calcule que cela donne un potentiel de 78 jours d’absence dans l'année pour un enfant, dans lesquels il faut compter les 13 jours fériés et les vacances.

En 2016, l'opposition avait critiqué la mise en place d'un financement calculé selon un seuil de présence. Le Parti québécois avait qualifié la mesure d'aberration.

Selon les directeurs de garderies à qui nous avons parlé, leurs inquiétudes financières actuelles sont intimement liées à l'assouplissement des consignes sanitaires. En période de forte transmission, on ne pouvait pas s'attendre à autre chose qu'à une hausse des infections dans nos milieux, dit Guy Arseneault.

Un avis partagé par Phan Phuong-Minh : On décide qu'on enlève les mesures sanitaires, on fait le choix qu'on va vivre avec le virus, mais ça a des conséquences. Les enfants tombent malades et le parent reste avec lui. Après, le parent est trop malade pour l'amener à la garderie.

Inquiétudes aussi pour le respect des taux d'inscriptions

En plus des nombreuses absences, des CPE des centres-villes de Montréal et de Québec font face à un problème à faire pâlir d'envie d'autres régions : des centaines de places vacantes. Par contre, si une garderie n'a pas un taux d'occupation (d'inscription) d'au moins 90 %, elle perdra des subventions.

Dans la rue Saint-Urbain, à Montréal, le CPE Lafontaine a 36 places libres sur 143 pour un taux d'occupation de 75 %. Beaucoup de familles ont quitté le centre de Montréal, ont un mode de travail plus hybride, constate Émeline Bardoux, mère de deux enfants et présidente du conseil d'administration de l'établissement.

« Les taux de remplissage définissent combien tu gagnes. Mais tu es obligé d’avoir ton personnel. Tu as des coûts fixes. Le loyer ne change pas si tu as moins d’enfants. »

— Une citation de  Émeline Bardoux, présidente du conseil d'administration du CPE Lafontaine

La directrice du CPE Le Petit Réseau, rue Sainte-Catherine Ouest, vient tout juste de pourvoir toutes ses places vacantes, mais de peine et de misère. C'est un travail de dur labeur, dit Mylène Bouffard.

Les parents nous désertent. Ils ne vont plus au centre-ville, le trafic est long. Pour les parents qui demeurent sur la Rive-Sud ou Nord, ils doivent faire deux heures par jour pour chercher leurs enfants.

Selon elle, le ministère devrait adapter son schéma de subventions. Les données les plus récentes fournies par le ministère (31 décembre 2021) faisaient état de 1725 places libres à Montréal (moyenne de 93 % d'occupation) et 192 places vacantes à Québec (moyenne de 97 %).

Avec la collaboration de Romain Schué

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...