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La DPJ, « un système sur le point de craquer »

Une quinzaine d'employés de la DPJ prennent la pose, l'air découragé devant des piles de dossiers.

Des employés de la DPJ en Abitibi-Témiscamingue ont voulu, par cette photo, exprimer leur découragement face à la situation et les piles de dossiers qui s'accumulent.

Photo : Gracieuseté - APTS

Des employés des centres jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue lancent un cri du cœur au gouvernement du Québec pour dénoncer « un raz de marée de départs » et « un système sur le point de craquer ». Ils estiment que les enfants n’ont plus le service dont ils ont besoin.

Un an et demi après le dépôt du rapport de la Commission spéciale sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, la Commission Laurent, le syndicat de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), estime que peu de recommandations ont été appliquées.

Un employé de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), qui a préféré taire son identité par crainte de représailles de son employeur, a accepté de raconter ce qu’il constate à son travail.

Employé depuis plus de 10 ans, il a vu tous ses collègues partir dans les dernières années.

Un jeune assis sur le sol.

Le syndicat souhaite que le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue mise davantage sur les employés en place.

Photo : iStock / Katarzyna Bialasiewicz

Les départs ont commencé lors de la réforme Barrette et ont pris davantage d’ampleur depuis le début de la pandémie.

Là c’est un raz de marée de départ qu’on a. On compte sur les doigts d’une main les intervenants d’expérience actuellement. Ce sont tous des gens d’un an ou deux d’expérience qui viennent d'ailleurs, d'autres domaines, qui ne connaissent rien aux centres jeunesse , explique-t-il.

Selon lui, il faut au minimum un an et parfois deux ans pour former un bon intervenant.

Un 11e intervenant pour un adolescent

Le manque d’employés qualifiés et les nombreux départs ont des conséquences sur les enfants et adolescents selon cet employé et le syndicat.

Une employée se tient la tête à deux mains devant des tiroirs ouverts remplis de dossiers à traiter.

Une photo du syndicat pour illustrer le désarroi des employés de la DPJ devant l'ampleur de la tâche à accomplir pour le personnel en place.

Photo : Gracieuseté - APTS

Selon l’APTS, 50 jeunes sont en attente au niveau de la loi sur la protection de la jeunesse. Aussi, 209 familles et 450 usagers sont en attente de service en ce qui concerne la Loi sur les services de santé et les services sociaux. Sur le plan de la santé mentale jeunesse, 32 jeunes sont en attente de service et 24 jeunes sont en attente de service au niveau de la pédopsychiatrie.

« Moi j’ai un jeune que je suis son 11e intervenant. Il a 13 ans. »

— Une citation de  Un employé de la DPJ

On a tous des jeunes qui ont de grandes difficultés au niveau affectif, de faire confiance. Ce sont des jeunes qui ont été brimés par leurs parents. Nous autres notre job c’est d’établir un lien de confiance avec ces jeunes, c’est pas facile ça, ça se fait de longue haleine alors quand tu manques de stabilité, tu te retrouves avec des jeunes qui sont tannés de raconter leur situation,car ils savent que ça va changer encore alors ils se ferment et les choses n’avancent pas et les jeunes se détériorent, raconte l’employé de la DPJ.

Carl Verreault porte un manteau de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux devant les bureaux du Centre jeunesse de Rouyn-Noranda.

Carl Verreault, représentant national de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) devant le centre jeunesse de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Il faut que ça se passe maintenant. Il faut que le gouvernement bouge. Je pense qu’on est rendu à un point où le système est sur le point de craquer, ajoute pour sa part le représentant national de l’APTS dans la région, Carl Verreault, qui réclame qu’on améliore les conditions de travail et salariales des employés.

En entrevue sur nos ondes lundi, l’ex-directeur régional de la Direction de la protection de la jeunesse en Abitibi-Témiscamingue, Donald Vallières, expliquait que la situation était difficile notamment pour la main-d'œuvre et que le défi était de retenir les travailleurs.

Donald Vallières en entrevue à Radio-Canada dans le studio de Rouyn-Noranda.

Donald Vallières du service de protection de la jeunesse Mino Obigiwasin.

Photo : Radio-Canada / Emily Blais

Dans le rapport Laurent il y a une partie importante qui n’a pas encore été mise en place. On parle dans les nouvelles conventions collectives d’intervenant en protection de la jeunesse, qui serait un titre spécifique nommé dans les conventions avec des conditions de travail spéciales. Moi je pense que c’est une opportunité qu’il ne faut pas manquer au niveau de notre société pour créer des conditions de travail exceptionnelles pour un travail exceptionnel, explique celui qui a passé plus de 30 années à la DPJ.

Il estime que ces changements doivent être inclus dans la prochaine convention collective.

30 ans au service de la DPJ : « On doit continuer à se questionner », dit Donald Vallières

ÉMISSION ICI PREMIÈRE • Des matins en or

Des matins en or ICI Première.

Des employés provenant du privé

Les centres jeunesse utilisent de plus en plus d’employés provenant d’agences de placement, qui sont souvent seulement de passage pendant quelques semaines ou mois.

Une situation souvent utilisée dans les hôpitaux pour les infirmières et les préposés aux bénéficiaires, mais relativement nouvelle à la DPJ.

L’infirmière, je peux comprendre qu’une prise de sang c’est une prise de sang, mais au niveau de la protection de la jeunesse tu ne peux pas fonctionner de même dans des relations thérapeutiques avec des gens, de les changer à tout bout de champ, de mettre [un intervenant] pendant six mois puis un autre et un autre pour boucher des trous et faire croire à la population qu’il n’y a pas de rupture de services et que tout va bien, explique l’employé de la DPJ.

La pancarte annonçant les bureaux du Centre de réadaptation et du Centre jeunesse de Rouyn-Noranda.

Les bureaux du Centre de réadaptation et du Centre jeunesse de Rouyn-Noranda.

Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile

Au syndicat, on estime qu’il s’agit d’une dépense inutile puisqu’on doit former sans cesse du personnel qui va ensuite souvent quitter dans la première année. Le syndicat souhaite que le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue mise davantage sur les employés en place.

Si on a de bonnes conditions de travail, de bonnes conditions salariales, les gens vont être intéressés à venir travailler en centre jeunesse. La charge va diminuer aussi vu qu’il y aura un plus grand nombre d’intervenantes, explique Carl Verreault.

Les bureaux du Centre jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue à Val-d'Or.

Le Centre jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue à Val-d'Or. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

Réaction du CISSS-AT

Au Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT), on dit déployer de nombreux efforts pour améliorer le service de première ligne afin de diminuer la charge de travail des employés.

Plusieurs efforts ont été consentis afin d’améliorer l’accès et la fluidité à nos services de proximité. Dans plusieurs cas, la mise en place rapide de services de première ligne permet d’éviter la rétention d’un signalement, ce qui se veut l’orientation la plus indiquée dans le soutien aux familles vulnérables. Bien entendu, ces stratégies peuvent être mises en place lorsque la famille reconnaît ses difficultés et qu’elle accepte de recevoir l’aide appropriée à la situation, indique la direction du CISSS-AT par courriel.

Le centre administratif du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT).

Le centre administratif du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT), à Rouyn-Noranda. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Andrei Audet

L'organisation souhaite aussi que les gens puissent se rendre en CLSC afin de bénéficier de services d’aide avant que l’intervention de la DPJ ne soit requise.

Le CISSS-AT affirme que ce renforcement souhaité de la première ligne a eu pour effet « que les situations qui nécessitent l’intervention du Directeur de la protection de la jeunesse sont nécessairement plus complexes. D’une première part, les problématiques vécues par la clientèle sont d’une intensité plus importante (par exemple : abus physiques ou sexuels, de mauvais traitements psychologiques, de négligence grave, de problématiques de santé mentale, etc.) », nous explique-t-on.

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