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Archives

Marc Laurendeau, témoin et acteur passionné de son époque

Il sourit et tient une loupe dans la main droite pour observer les journaux dans celle de gauche.

Le journaliste Marc Laurendeau a travaillé dans la presse écrite, à la radio et à la télévision, en plus d'avoir amorcé sa carrière professionnelle comme humoriste dans le groupe Les Cyniques.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Marc Laurendeau est un avocat de formation qui a bifurqué vers l'humour avec le groupe Les Cyniques avant de faire sa marque dans le journalisme au Québec. À travers nos archives, découvrez son parcours étonnant ponctué de rendez-vous avec l'histoire contemporaine.

C’est au fil de son cours classique au Collège Sainte-Marie que Marc Laurendeau se découvre des talents d’orateur et un appétit pour la scène.

Dans le cadre de ses cours d’art dramatique et de rhétorique, il se plaît à cultiver son sens de la chute et à susciter des réactions dans l'auditoire. Au sein de troupes de théâtre semi-professionnelles, il aime tout particulièrement jouer des personnages comiques.

Quand vient le temps de s’inscrire à l’université, Marc Laurendeau choisit le droit, une profession qui s’exerce aussi sur la place publique en plus d’être liée à son intérêt pour l’histoire et pour la philosophie.

À l’Université de Montréal, son penchant pour les planches le rattrape rapidement. Le jeune étudiant participe à quelques productions théâtrales, puis commence à écrire et à présenter ses propres monologues devant public.

Il se fait alors remarquer par Denys Arcand – pour l’heure un collègue étudiant – qui lui propose de former une troupe qui offrirait des numéros humoristiques dans le cadre des ciné-cabarets qu’il organise. Un nom doit être choisi pour les affiches. Ce sera Les Cyniques.

Un regard sur la Révolution tranquille

Extrait d'un sketch des Cyniques dans lequel Marc Laurendeau interprète Monsieur Pot-de-vin. L'animateur Louis Martin s'entretient par la suite avec l'humoriste.

Comme nous le dévoile cette archive du 2 mars 1963, le jeune comédien fait ses premières armes à la télévision sur le plateau de l’émission de variétés 20 ans express. Aux côtés de son complice Serge Grenier, il caricature dans cet extrait un politicien de l'Union nationale : M. Pot-de-vin.

La troupe des Cyniques compte alors 14 membres. On se spécialise dans l'humour plutôt méchant, habituellement l'humour affreux, décrit-il à l’animateur Louis Martin.

Dans cette société qui sort tranquillement de la Grande Noirceur, Les Cyniques ont choisi de s’attaquer au clergé encore omniprésent dans la province ainsi qu’aux politiciens malhonnêtes. Leurs parodies mettent tout particulièrement en scène des personnalités représentatives de l’autorité.

L’humour des Cyniques frappe juste et franchit les murs de l’université. Bientôt, le groupe fait la tournée des boîtes à chansons du Québec.

Un noyau d’auteurs et de comédiens est ainsi formé. Les Cyniques, ce sont dorénavant quatre bacheliers de l’Université de Montréal : Serge Grenier, André Dubois, Marcel Saint-Germain et Marc Laurendeau.

Marcel Saint-Germain, Serge Grenier, Marc Laurendeau et André Dubois sont debout côte à côte, en ordre croissant de taille

Marc Laurendeau participe à la conception de plusieurs émissions de variétés, dont « Les Cyniques : Émission impossible », au cours des saisons estivales 1968 et 1969.

Photo : Radio-Canada / André Le Coz

Durant une décennie, Les Cyniques ont enregistré des disques, monté sur les plus grandes scènes de la province, tourné un film et conçu de nombreuses émissions de télévision. Sur les ondes de Radio-Canada, notons l’émission spéciale De toutes les couleurs en 1966, l’émission à sketches Les Cyniques : Émission impossible à l’été 1968 et 1969 et le Bye bye 1971.

Cette présence médiatique doublée d’une large liberté d’expression participera à l'évolution du Québec moderne. Avec leur humour à la fois noir et éclairant, Les Cyniques ont joué un rôle considérable dans la Révolution tranquille, en plus de faire éclore de nombreux autres humoristes après eux.

Joël Le Bigot avec s'entretient avec Marc Laurendeau des Cyniques afin de connaître les motifs de dissolution du groupe.

« On a essayé d'être honnêtes dans nos attaques, de toujours relever des choses qui étaient du domaine public. »

— Une citation de  Marc Laurendeau

C’est une véritable onde de choc qui frappe la population québécoise lorsque les populaires Cyniques annoncent leur dissolution en 1972.

Invité à l’émission Format 30 du 16 mars 1972, Marc Laurendeau tente d’expliquer au journaliste Joël Le Bigot cette décision qui s’est prise d’un commun accord.

Les gens réagissent avec stupeur, lance-t-il avec étonnement. On ne nous voit pas faire autre chose.

Pourtant, les quatre universitaires du groupe ont préparé d’autres carrières. Tout comme ses collègues André Dubois et Marcel Saint-Germain, Marc Laurendeau poursuit des études de maîtrise en sciences politiques.

Après avoir critiqué un tas de gens pendant des années, après avoir ri d'un peu tout le monde, peut-être qu'il y a ce désir subconscient de se dire qu’on pourrait faire quelque chose nous autres aussi, ajoute Marc Laurendeau dans cette entrevue. Peut-être qu'on pourrait mettre la main à la pâte et agir dans un domaine précis.

Un regard sur la crise d’Octobre

Marc Laurendeau, élégamment vêtu, sur le plateau d'une émission d'information en compagnie du journaliste Gilles-Philippe Delorme.

En sept années, explique-t-il dans sa biographie, Marc Laurendeau parvient à se construire une crédibilité comme journaliste et à laisser sa carrière d'humoriste derrière lui.

Photo : Radio-Canada

Dans sa biographie Marc Laurendeau : du rire cynique au regard journalistique, il affirme que la crise d’Octobre de 1970 a été un fil conducteur rouge dans sa vie professionnelle et personnelle.

Cet événement lui a d’abord inspiré le sujet de son mémoire de maîtrise intitulé La violence politique au Québec. Au fil de ses travaux, Marc Laurendeau parvient à s’entretenir avec d'anciens felquistes comme Louise Lanctôt et Jacques Cossette-Trudel.

Les témoignages qu’il recueillera lui permettront de faire sa marque comme journaliste, notamment par la parution d’un article-choc dans le magazine L’Actualité en 1978 qui sera couronné d’un prix en journalisme.

Court extrait d'un reportage pour le 10e anniversaire de la crise d'Octobre auquel le journaliste Marc Laurendeau participe à titre d'expert.

C’est à titre de spécialiste que Marc Laurendeau participe à ce reportage à l’émission Télémag du 30 septembre 1980 qui souligne le 10e anniversaire de la crise d’Octobre.

Les événements d'octobre illustrent la fragilité de la démocratie, affirme le journaliste posté devant la prison Parthenais. Les hommes politiques ne traçaient pas toujours la ligne de démarcation entre les véritables felquistes dans l'action et le secteur progressiste de la population.

« Il ne s'agissait plus de capturer une trentaine de felquistes, mais de réduire au silence leur appui potentiel dans l'opinion [publique]. »

— Une citation de  Marc Laurendeau

Sa connaissance approfondie des événements et son lien privilégié avec d’anciens felquistes permettront aussi au journaliste de faire la rencontre d’Anne-Marie Dussault. Celle qui deviendra sa compagne de vie travaille alors comme recherchiste pour l’émission Les gens qui font l’événement qui souhaite traiter des acteurs de la crise d’Octobre.

Quarante ans plus tard, en 2020, le couple de journalistes enregistrera un balado sur leur expérience de la crise d’Octobre dans le cadre de la série Pour l’avoir vécu diffusée sur la plateforme Radio-Canada OHdio.

Un regard sur la chute du communisme en Russie

Dialogue entre le chef d'antenne Bernard Derome et Marc Laurendeau qui décrit sur place à Moscou les suites du coup d'État de 1991.

Marc Laurendeau a aussi vécu de près la chute du communisme en Russie comme nous le montre cet entretien avec le chef d’antenne Bernard Derome au Téléjournal du 19 août 1991.

Il se trouve par hasard à Moscou lorsqu’un coup d’État éclate pour déloger le président soviétique Mikhaïl Gorbatchev. La veille, le journaliste s’est posé dans la capitale russe à l’issue d’un voyage personnel à bord du train Transsibérien.

De sa fenêtre d’hôtel, il est en mesure de voir l’agitation qui grandit autour du Kremlin. L’état d’urgence a été proclamé. Vers l'heure du midi, c'est devenu extrêmement effervescent, décrit-il pour les téléspectateurs du Téléjournal. Il y avait des manifestants qui voulaient se rendre à la place Rouge. Ils étaient des milliers, mais on leur a barré la route.

« Ce n'est pas une révolution. Encore une fois, les masses n'y ont pas participé. »

— Une citation de  Marc Laurendeau

Marc Laurendeau note de la fébrilité, mais aussi de l’inquiétude chez les Soviétiques avec lesquels il a pu s’entretenir, car peu d’information filtre et les médias locaux sont aseptisés.

Rare journaliste sur place – d’autant plus d'un média francophone – Marc Laurendeau demeurera deux semaines à Moscou afin de relater ce tournant historique à l’antenne de Radio-Canada.

Le coup d’État raté du 19 août 1991 affaiblira grandement le pouvoir communiste et mènera, quelques mois plus tard, à la liquidation de l’Union soviétique.

Un regard sur la monarchie britannique

Comme journaliste, Marc Laurendeau a travaillé à la radio, à la télévision et dans la presse écrite. Il a notamment été éditorialiste en chef au Montréal-Matin, analyste politique à La Presse et animateur d’émissions d’affaires publiques à l’antenne de CKAC, TVA et Télé-Québec.

À Radio-Canada, son nom est surtout associé à la revue de presse matinale à la radio. Il est de plus fréquemment invité à commenter des nouvelles et des événements à titre de spécialiste.

Extrait de la couverture de la visite de la reine Élisabeth II au Canada commentée par le spécialiste Marc Laurendeau aux côtés de l'animateur Marc-André Masson.

Ce court extrait de la couverture en direct de la chaîne RDI du 6 octobre 2002 en est un bon exemple. Sur le plateau de l’animateur Marc-André Masson, Marc Laurendeau commente le programme de la visite royale d’Élisabeth II au Canada.

Du fait de son expérience ou simplement de sa curiosité intellectuelle, le journaliste possède une connaissance fine de certains sujets, dont celui de la monarchie britannique.

Dans cet échange, il nous apprend qu’il ne connaît pas seulement les occupations générales de la reine, mais également ses sports et animaux de prédilection!

« Elle n'est pas friande des sports à deux pattes! »

— Une citation de  Marc Laurendeau

Depuis 1995, Marc Laurendeau transmet également son bagage à des étudiants en journalisme. Il donne à l’Université de Montréal le cours Analyse de l’actualité qui offre aux aspirants journalistes des outils pour bien examiner l’actualité nationale et internationale afin d’en tirer des observations, points de vue et réflexions.

Un regard sur les médias d’ici et d’ailleurs

Ils sont attablés et parlent dans des micros.

Marc Laurendeau a été responsable de la revue de presse matinale à la radio de Radio-Canada durant 22 années, dont 9 à l'émission « CBF Bonjour » animée par Joël Le Bigot.

Photo : Radio-Canada / Robert Baron

Durant plus de 20 ans, Marc Laurendeau a scruté chaque jour, aux aurores, les journaux nationaux et internationaux afin d’en tirer une revue de presse éclairante et enrichissante pour les auditeurs de Radio-Canada.

De 1988 à 1997, le journaliste a d’abord été responsable de la revue de presse de l’émission matinale CBF Bonjour animée par Joël Le Bigot. Puis, durant les 13 années suivantes, il a poursuivi cette même rubrique au micro de l’émission C’est bien meilleur le matin animée par René Homier-Roy.

Marc Laurendeau, assis dans un studio radio avec des coupures de presse posées devant lui.

Marc Laurendeau a vu le monde des médias évoluer durant ses vingt-deux années à la revue de presse radiophonique de Radio-Canada.

Photo : Radio-Canada

Cet extrait de la revue de presse de Marc Laurendeau à l’émission C’est bien meilleur le matin du 1er septembre 1997 témoigne de l’évolution de son rôle et de son regard sur le métier de journaliste.

Ce matin-là, la nouvelle de la mort tragique de la princesse Diana a fait le tour du monde. Comme on peut l’entendre le dire en ondes, il cite pour la première fois des articles qu’il a recueillis sur Internet. Il se permet aussi de souligner le débat sur la protection de la vie privée qui fait rage en Grande-Bretagne à la suite de ce triste événement.

À partir de ce moment, le journaliste intégrera dans sa rubrique une plus grande diversité de sources, reflétant cette accessibilité croissante de l’information, tout en s’assurant de leur fiabilité et crédibilité.

Reportage de Stéphane Leclair sur la dernière journée de Marc Laurendeau à la revue de presse radiophonique après 22 ans à exercer cette fonction.

Marc Laurendeau a quitté son poste à la revue de presse matinale en 2010. Pour le Téléjournal du 18 juin 2010, le journaliste Stéphane Leclair le suit dans cette dernière journée qui s’amorce dès 5 h lorsqu’un taxi le dépose à l’entrée de la Maison de Radio-Canada à Montréal.

Quand on est passionné par quelque chose, en général, on rend cette matière-là intéressante et je suis persuadé que tous les gens qui l'écoutaient appréciaient cela, dit l'animateur René Homier-Roy qui l’a côtoyé quotidiennement de 1997 à 2010.

C'est un journaliste dans l'âme. Ça coule dans ses veines, souligne sa compagne, l’animatrice et journaliste Anne-Marie Dussault. Je pense qu'il va continuer même si la forme pour utiliser l'information va changer.

Ces dernières années, Marc Laurendeau nous a effectivement offert plusieurs grands reportages et entretiens, dont la série radiophonique Nos témoins sur la ligne de feu et les documentaires Pierre Nadeau, grand reporter, Monsieur le maire : Jean Drapeau et sa ville et Le Parti québécois, l'affaire d'une génération? diffusés à l’antenne de Radio-Canada.

À l’automne 2022, il a couché sur le papier son riche parcours dans une biographie publiée aux Éditions La Presse, Marc Laurendeau : du rire cynique au regard journalistique.

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