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Épandage de biosolides : agronomes, chimistes et vétérinaires s’inquiètent

Plan rapproché d'un amas de boues dans un champ de maïs non récolté.

Les biosolides possèdent plusieurs avantages. Ils sont riches en azote, en phosphore et en matières organiques.

Photo : Radio-Canada / François Genest

Face à l’importation de boues contenant différents contaminants éternels, potentiellement cancérigènes, trois ordres professionnels représentant les chimistes, les agronomes et les vétérinaires appellent la population et le gouvernement « à la plus grande vigilance », ainsi qu’à des actions rapides.

La raison de leurs préoccupations : l’utilisation sous différentes formes de boues issues de l’industrie américaine du fumier humain et industriel. On y a trouvé des concentrations élevées de PFAS (des substances perfluoroalkyliques et polyfluoroalkyliques).

L’État voisin du Maine a testé les PFAS dans l’eau, les sols, le fumier, le lait de vache et le sang des producteurs agricoles. Dans certaines fermes, c’est toute la chaîne alimentaire qui était contaminée. Des producteurs sont depuis contraints de jeter leur lait dans les égouts, ont dévoilé des reportages des émissions Enquête et La semaine verte diffusées récemment.

Ces contaminants dits éternels sont issus de la fabrication de produits hydrofuges ou antiadhésifs (poêles en téflon, produits cosmétiques, emballages en restauration, etc.). Pour éviter d’avoir à les brûler ou à les enfouir, une opération coûteuse, ces biosolides ont notamment trouvé preneur au Québec et ne font l’objet d’aucune réglementation particulière.

Il y a des analyses qui peuvent se faire pour détecter ces composés-là, a déclaré en entrevue à RDI la présidente de l’Ordre des agronomes du Québec, Martine Giguère.

Actuellement, ça ne fait pas partie du cadre réglementaire, donc c’est notamment pour cela qu’on demande au gouvernement de pouvoir participer à la modernisation de la réglementation pour qu’on tienne compte de ces contaminants émergents qui ne font pas partie de la liste des analyses obligatoires, a-t-elle ajouté.

« Il faut déterminer des seuils, donc il y a de l'information qu'il faut aller recueillir. »

— Une citation de  Martine Giguère, présidente de l’Ordre des agronomes du Québec

Même si les deux entreprises assurant l’importation des biosolides fertilisants au Québec assurent jouer de prudence et ne pas importer des États-Unis de boues trop contaminées, deux échantillons analysés par un professeur de chimie dans le cadre de l’enquête de Radio-Canada montraient des taux de PFAS nettement supérieurs aux seuils de sécurité fixés par le Maine.

Ces boues proviendraient du Québec selon la compagnie Englobe.

Québec et Ottawa promettent d'agir

À la suite de ces reportages, Ottawa et Québec ont promis de se pencher sur le dossier. La semaine dernière, le ministre de l'Environnement du Québec, Benoit Charette, a confirmé que la réglementation concernant les biosolides sera modifiée dans les prochaines semaines. Son ministère travaillait déjà sur le dossier.

Benoit Charette réfléchit sous le feu des projecteurs en conférence de presse.

Benoit Charette, ministre de l'Environnement du Québec

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Quant à l'épandage des boues qui sont traitées ici même au Québec, Benoit Charette compte l'encadrer de manière plus étroite pour s’assurer qu’on ne compromet pas l’intégrité de nos terres agricoles et qu’on ne menace pas la santé humaine.

En entrevue à RDI, la présidente de l’Ordre des agronomes du Québec a mentionné que notre réalité est quand même différente, on n’a pas d’usine qui transforme, qui fabrique de ce contaminant d’intérêt émergent-là.

Précision :

Dans une précédente version de cet article, nous indiquions que la présidente de l’Ordre des agronomes du Québec disait croire que les boues provenant du Québec ne posaient pas problème de PFAS. Or, même si les inquiétudes concernent principalement les biosolides venant des États-Unis, l'Ordre ne peut pas affirmer qu’il n’y a pas de problème de PFAS dans les boues du Québec.

En mêlée de presse, André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation a précisé jeudi que les agriculteurs de la province privilégient le fumier animal.

« Ce qui est épandu sur les terres agricoles, ce sont des produits tout à fait corrects. Mais ce qu'on a vu comme information, c'est tout à fait préoccupant, puis y a des gestes qu'on va poser là-dessus. »

— Une citation de  André Lamontagne, ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation

En attendant la modernisation de la réglementation sur les matières résiduelles fertilisantes (MRF), les trois ordres professionnels recommandent à la population et aux entreprises de s’abstenir d’utiliser des biosolides municipaux et industriels en provenance des États-Unis, notamment de l’État du Maine. Il est également recommandé de ne pas utiliser de compost auquel de tels biosolides sont ajoutés.

L'industrie se défend

Les deux principales entreprises concernées sont Englobe et Viridis. Par courriel, la première a indiqué être dans l’attente d’un encadrement clair de la part des autorités gouvernementales et d’ici là, nous n’émettrons pas de commentaires supplémentaires en lien avec ce dossier.

L'entreprise dit déjà collaborer avec le gouvernement du Québec sur la question des contaminants émergents qui pourraient se retrouver dans les matières résiduelles fertilisantes, incluant les PFAS, le tout basé sur une approche scientifique respectueuse de la santé humaine et de l’environnement.

De son côté l'entreprise Viridis évoque une « joute médiatique » qui comporte un « réel risque de se transformer en crise d’acceptabilité sociale de toute la filière » et de nuire aux objectifs environnementaux de réduction des matières résiduelles.

L'entreprise ne fait pas appel aux boues municipales, mais plutôt aux boues issues de la fabrication du papier. Elle affirme que « les activités de recyclage des MRF qui ont cours au Québec sont sécuritaires et très balisées » et que et « des démarches sont déjà en cours afin d’ajouter de nouvelles normes sur les contaminants d’intérêt émergeant ».

Réfléchir au-delà des PFAS

De manière plus large, les ordres représentant les chimistes, les agronomes et les vétérinaires invitent les décideurs publics et privés à mener une importante réflexion collective sur la valorisation de nos matières résiduelles et en tenant compte du risque associé pour la santé et l'environnement.

Les PFAS et autres contaminants d'intérêt émergent sont très persistants dans l'environnement, bioaccumulables, et leurs impacts dommageables sur la santé sont bien documentés , a souligné le président de l’Ordre des chimistes du Québec, Michel Alsayegh. Il rappelle que sa profession a un rôle à jouer pour caractériser les boues d’épuration de manière exhaustive et développer des solutions de décontamination et de valorisation.

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