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Les crédits carbone : une voie d’avenir pour l’industrie forestière?

Dean Nelson le chef de la Première Nation Lilwat dans une forêt.

La gestion forestière est une responsabilité importante pour Skalulmecw (Dean) Nelson, le chef de la Première Nation Líl̓wat.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Des exploitants forestiers choisissent de monnayer les forêts de la Colombie-Britannique en vendant des crédits carbone. Menés par des Premières Nations, ces projets visent à réduire la superficie d'exploitation des forêts et à assurer une meilleure protection de la biodiversité, tout en favorisant le stockage de carbone.

Si le projet se veut un pas prometteur vers une industrie plus durable, les communautés sont conscientes que ce n'est pas une solution miracle pour contrer les changements climatiques.

Protéger la forêt

En se promenant dans la forêt de Cheakamus, à quelques kilomètres de Whistler, on pourrait croire qu’elle est semblable à toutes les forêts de la région. Elle se démarque pourtant en étant une source de crédits carbone.

Dès l’obtention d'un permis d’exploitation forestière, le partenariat entre la Municipalité de Whistler, la Première Nation Lil'wat et la Première Nation Squamish a opté pour une gestion forestière plus durable.

En réduisant de moitié le volume d’arbres exploités et en modifiant les pratiques forestières pour inclure la réduction du risque de feux de forêt, par exemple, l’exploitant peut vendre des crédits carbone.

Ensuite, sur le marché du carbone, une personne, une entreprise ou un gouvernement peut acheter des crédits pour contrebalancer ses émissions de gaz à effet de serre.

Kerry Mehaffey, le directeur administratif pour la Première Nation Líl̓wat dans une forêt.

Dans la forêt communautaire Cheakamus, « le nettoyage des débris se fait à un niveau que vous ne verriez pas dans une opération commerciale normale d'exploitation forestière », affirme, Kerry Mehaffey, le directeur administratif pour la Première Nation Líl̓wat.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Nous générons entre 10 000 et 12 000 tonnes de compensations carbone par an, explique Kerry Mehaffey, le dirigeant principal de l'Administration de la Première Nation Líl̓wat.

Sous les cèdres de la forêt, Skalulmecw (Dean) Nelson, le chef de la Première Nation Líl̓wat, souligne l’importance de la forêt pour sa communauté.

« C’est bon pour notre propre santé d’avoir des forêts en bonne santé. S’occuper des forêts, c’est s’occuper de nous-mêmes en même temps. »

— Une citation de  Skalulmecw (Dean) Nelson, chef de la Première Nation Líl̓wat

Changer la mentalité de l'industrie

Avec les crédits carbone, la réduction des récoltes n'est pas synonyme de réduction de revenus pour ces communautés dépendantes de l'industrie forestière.

Elles peuvent notamment utiliser l'argent obtenu pour financer une transition vers une gestion plus durable des forêts. L'occasion de revitaliser les communautés est énorme, affirme John Innes, professeur et chef du Laboratoire de gestion durable des forêts à l’Université de la Colombie-Britannique (UBC).

En Colombie-Britannique, la majorité du carbone séquestré se trouve dans les forêts, ce qui en fait potentiellement un marché important pour la province. Nous avons des régimes de retraite au Canada qui investissent dans les crédits carbone en Californie, mais pas en Colombie-Britannique. Cela me semble complètement fou, affirme John Innes.

Plusieurs arbres dans une forêt.

La forêt communautaire Cheakamus, une entreprise à but non lucratif, s'est lancée dans l'un des premiers projets de compensation carbone de la province.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Le professeur déplore que certaines communautés autochtones aient eu des difficultés à entrer dans le marché du carbone forestier, parce que les méthodes de vérification utilisées en Colombie-Britannique ne sont pas compatibles avec les méthodes utilisées à l'échelle internationale.

En effet, afin de s'assurer que la réduction des émissions de carbone promise est atteinte, la province a mis en place différentes normes de vérification.

Quand la province adopte ses propres normes

Il a fallu sept ans à la forêt communautaire de Cheakamus pour accéder au marché du carbone. La province a un protocole de compensation carbone obligatoire assez strict. C'était une énorme quantité de travail, explique Kerry Mehaffey, le directeur administratif de la Première Nation Líl̓wat.

Une grenouille dans une forêt.

La faune, la flore et la biodiversité font partie des principales préoccupations du chef de la Première Nation T'Sou-ke, Gordon Planes.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

L’équipe de Chris Fleming, le directeur des rapports et des contrôles industriels du ministère provincial de l'Environnement et de la Stratégie sur le changement climatique, est chargée de vérifier cette conformité. Sa priorité est de s’assurer qu’un crédit carbone équivaut à une tonne [de carbone], et pas moins, dit M. Fleming.

Ce processus peut être ardu, mais il est essentiel afin de lutter contre les changements climatiques, ajoute-t-il.

À ce jour, le gouvernement provincial est le plus grand acheteur d'actifs, mais Chris Fleming observe une croissance exponentielle de la demande sur le marché volontaire depuis deux ans. Nous avons des acheteurs d'Europe, des États-Unis, d'Asie, de tout le Canada, dit-il.

Un moyen de réconciliation?

Le marché du carbone attire également l'attention d'entreprises privées, comme la compagnie d’exploitation forestière Mosaic. Au mois de mars, elle a lancé l’initiative Big Coast Forest climate, qui promet le report de la coupe de 40 000 hectares de forêts anciennes sur des terrains privés pour les 25 prochaines années.

[Le projet] conservera la faune et l’eau sur le territoire [et] 20 millions de tonnes de gaz à effet de serre seront aussi stockées, déclare Domenico Iannidinardo, vice-président et forestier en chef à Mosaic.

Gordon Planes, le chef de la Première Nation T'Sou-ke dans une forêt.

Les compensations carbone sont un pas vers la réconciliation pour le chef de la Première Nation T'Sou-ke, Gordon Planes.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

Il était grand temps que les forêts soient valorisées autrement que par la coupe, affirme Hya-Quatcha (Gordon Planes), le chef de la Première Nation T'Sou-ke. Sa communauté fait partie des partenaires du projet. C’est un nouveau départ, car les territoires ont besoin de guérir, affirme-t-il.

« Mère Nature est en train de changer, et nous devons changer avec elle. »

— Une citation de  Gordon Planes (Hya-Quatcha), chef de la Première Nation T'Sou-ke

Les crédits carbone ne sont toutefois pas des solutions aux changements climatiques, selon Gordon Planes. C’est même un couteau à double tranchant, ajoute Eli Enns, membre de la Première Nation Tla-o-qui-aht. Nous stockons du carbone ici et nous polluons là-bas, où est le point d'équilibre?, demande-t-il.

L’initiative de compensation carbone est toutefois accueillie comme un pas vers la réconciliation par le chef Gordon Planes. Nous y voyons une occasion de collaborer avec l’entreprise d'exploitation forestière Mosaic et de nous occuper de la santé du territoire et de la biodiversité.

Trois hommes dans une forêt.

Gordon Planes (Hya-Quatcha), chef de la Première Nation T'Sou-ke, Eli Enns et Domenico Iannidinardo, vice-président et forestier en chef de Mosaic, dans le parc provincial de Goldstream, sur l'île de Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

La récolte de certains arbres, comme le cèdre, à des fins culturelles est importante pour les Premières Nations de la province. Cette pratique est cependant prohibée dans les parcs provinciaux et fédéraux.

Les aires protégées [par le gouvernement] proviennent de la même vision dysfonctionnelle du monde que les aires sacrifiées par l’industrie. Il y a une déconnexion inhérente à cette relation qui implique que l'humanité soit séparée de la nature, explique Eli Enns, qui travaille à la création d’aires protégées et conservées par les Premières Nations.

Les initiatives de compensations carbone forestières établis en partenariat avec les communautés autochtones seraient un moyen de maintenir et de protéger les écosystèmes, tout en préservant cette relation avec l'environnement, conclut-il.

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