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Continuer de jouer à la ringuette, le rêve d’un joueur trans de Gatineau

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Anthony Ferland a compris à l’adolescence pourquoi il se sentait constamment mal à l’aise. Il ne s’identifiait pas au corps de fille dans lequel il était né et avec lequel il pratiquait la ringuette depuis quelques années. Maintenant que sa transition est bien amorcée, le gardien de but a décidé de revenir à sa passion pour ce sport traditionnellement féminin, avec l'appui inconditionnel de ses coéquipières. Kim Vallière l'a rencontré.

Photo : Radio-Canada / Felix Desroches

Assis dans les estrades d’un aréna de Gatineau, Anthony Ferland se raconte. Tout juste sorti de l’adolescence, il s’ouvre sur son parcours de jeune homme trans, avec en toile de fond son amour pour son sport, la ringuette.

Sur les photos de ses débuts dans cette discipline traditionnellement féminine, on peut voir une jeune gardienne aux cheveux longs, tantôt concentrée devant son filet, tantôt souriante avec une médaille au cou.

Quand j’ai commencé la ringuette, je me suis fait plus d’amies et je me suis senti plus à ma place [...] ça m’a permis d’évacuer mon stress, explique celui qui avait l’impression d’avoir trouvé une deuxième famille.

Une jeune fille avec une médaille au cou, dans son uniforme de gardienne de but.

Anthony lors de ses débuts à la ringuette, quand tout le monde l'appelait Amélie.

Photo : Avec la gracieuseté d'Anthony Ferland

Sur ces clichés, impossible de discerner le malaise constant que vivait celle que tout le monde appelait Amélie. Même la principale concernée ne connaissait pas les termes pour l’exprimer, jusqu’à ce qu’elle apprenne l’existence du mot transgenre et de sa signification.

Ces photos-là me rappellent de bons souvenirs. C’était en même temps que j’ai commencé mon secondaire, c’était plus difficile pour moi à ce moment-là, mais je ne savais pas pourquoi, explique Anthony. C’est en secondaire 3 que j’ai appris que ça existait, un trans. C’est là que je me suis dit : "Oh, ça doit être ça". Ça a été un gros choc pour moi.

Ensuite sont venus le questionnement et le travail d’acceptation de cette nouvelle étiquette qui, avec du recul, collait à sa réalité depuis qu’il était petit. Cette phase d’introspection l'a amené à prendre une pause de la ringuette.

Une gardienne de but en position pour faire un arrêt à la ringuette pendant un match.

Anthony Ferland, alors Amélie, en action avant sa transition.

Photo : Avec la gracieuseté d'Anthony Ferland

Je ne savais pas quoi faire avec ça, le fait que c’était un sport de filles. J’avais besoin de temps pour moi, pour penser à tout ça. C’était quelque chose qui était dans ma tête, chaque jour [...] J’en suis venu à un point que si je ne faisais pas la transition, j’allais rester malheureux toute ma vie dans une vie que je ne sentais pas qui était la mienne, poursuit le jeune homme de 19 ans.

Écouter le récit d’un joueur trans qui s’épanouit à la ringuette

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Les matins d'ici, ICI Première.

Il a quitté son sport pendant deux années, le temps d’amorcer sa transition. Avec le soutien de ses parents, il a passé à travers les dédales administratifs pour changer de nom et amorcer sa transition. Le 7 avril 2021, au terme de nombreuses rencontres avec différents psychologues, il a pu commencer à prendre de la testostérone. Il est maintenant en attente d’une mastectomie.

Un gardien de ringuette avec tout son équipement, dans le vestiaire.

Anthony Ferland a été accueilli à bras ouverts par ses coéquipières du Vortex de Gatineau à son retour à la ringuette.

Photo : Radio-Canada / Felix Desroches

Un retour à sa passion

Ses coéquipières avec le Vortex de Gatineau ont appris le changement sur les réseaux sociaux, quand Anthony y a affiché son nouveau nom.

C’est comme si on découvrait la vraie personne qu’était Anthony. Il était vraiment plus lui-même, il avait l’air d’être mieux dans sa peau. Honnêtement, c’est comme si ça avait toujours été Anthony. Ça n’a rien changé à nos yeux, raconte Rosalie Simard, une ailière droite. Ce constat est unanime dans le vestiaire du Vortex.

Quatre jeunes femmes posent pour une photo dans un vestiaire.

Les coéquipières d'Anthony ont redécouvert leur ami à son retour au jeu.

Photo : Radio-Canada / Felix Desroches

C'est en regardant son frère jouer au hockey que le gardien a réalisé à quel point son sport lui manquait. Il savait toutefois que son désire de recommencer à jouer à la ringuette pourrait provoquer une situation délicate.

L’important pour moi, c’était que les filles ne se sentent pas comme si j’essayais de leur enlever leur sport, se souvient l’étudiant au Cégep de l’Outaouais. Ç’a aussi été d’accepter que d’être dans une équipe de filles ne voulait pas dire que je serais moins vu comme un gars. Moi, il a fallu que j’accepte ça aussi.

C’était un terrain glissant, je ne savais pas trop où me placer avec ça, avoue l’entraîneur du Vortex, Denis Fortin. Il m’a dit : "Denis, inquiète-toi pas, tu peux demander ce que tu veux aux joueuses, peu importe la réponse, moi je vais être à l’aise avec ça". Ça m’a enlevé une pression.

L’Association de ringuette de Gatineau a étudié son cas. Un sondage anonyme a été mené auprès des joueuses de l'équipe pour savoir si elles étaient confortables avec l’idée de partager la glace - et un vestiaire - avec un homme. Celles qu’Anthony considère comme ses sœurs n’ont jamais hésité.

« Anthony ou Amélie, c’était notre goaler et il n’y avait pas plus de questions à se poser. »

— Une citation de  Rosalie Simard, coéquipière d'Anthony

On l’a accueilli à bras ouverts et j’espère en tout cas qu’il a senti qu’on a toujours été là pour lui et qu’on n’a pas changé notre manière d’agir parce que ça ne change rien à ce qu’il est, poursuit Gabrielle Dompierre, une défenseuse du Vortex. Il reste la belle personne qu’il a toujours été, ajoute Karianne Dufour-Lavoie, 19 ans.

Aux dires de l’entraîneur, le retour d’Anthony s’est fait naturellement. Il a même réussi à établir un lien qu’il n’avait jamais pu créer à l’époque où c’est une Amélie très réservée qui se retrouvait sur la patinoire. Le parcours de son joueur lui a aussi ouvert les yeux sur une nouvelle réalité.

Je suis aussi d’une mentalité vieux jeu, un peu, donc c’est nouveau pour nous autres. Tant que tu l’as pas vécu avec quelqu’un de proche, tu fais : "ça n’a pas nécessairement de bon sens", mais aujourd’hui, je ne verrais pas ça autrement. Je ne verrais pas Anthony être Amélie. C’est Anthony, that’s it et on voit qu’il est bien comme ça, soutient Denis Fortin.

Anthony Ferland sourit à la caméra.

Anthony Ferland espère être un pionnier pour inspirer d'autres personnes transgenres ou d'autres garçons à s'intéresser à la ringuette

Photo : Radio-Canada / Felix Desroches

Un rôle de pionnier

Si Anthony accepte de se livrer, c’est qu’il reconnaît son privilège. Il a pu reprendre un sport qu’il aime en plus d'être accueilli à bras ouverts par son organisation.

Si ça peut permettre à d’autres gens qui quittent leur sport parce qu’ils ont peur du regard ou qu’ils ont peur de ne pas fit in ou d’être acceptés, je pense que c’est important que je sois là pour montrer aux gens que c’est possible et que je m’amuse dans mon sport, souligne-t-il.

Ça montre qu’on est ouverts d’esprit et accueillants aussi des différences des autres et qu’il n’y aura pas nécessairement de barrière du genre, ajoute Rosalie Simard, au sujet de la ringuette, un sport qui mérite d’être plus connu selon elle. Si les garçons veulent venir jouer, je serais très contente pour eux, réplique sa coéquipière Audrey Fortin.

Le jeune homme espère être un pionnier pour ouvrir la voie à d'autres personnes transgenres ou d'autres garçons cisgenres à s'intéresser à la ringuette, un sport qui a jalonné son adolescence de nombreux souvenirs, lui rappelant le chemin parcouru.

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