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Des femmes dirigées vers un organisme avec des liens pro-vie par un bureau de santé

Vue extérieure du bureau.

Les locaux des services cliniques du bureau de santé publique de Chatham-Kent

Photo : Bureau de santé publique de Chatham-Kent

Radio-Canada

Santé publique Chatham-Kent, en Ontario, a orienté des femmes, notamment celles qui avaient une grossesse non planifiée, vers une organisation privée ayant des liens avec des partisans pro-vie, selon ce qu'a appris CBC.

Jusqu'au mois dernier, Santé publique Chatham-Kent proposait parmi les nombreuses ressources destinées aux femmes dans le besoin, aux jeunes mamans ou à celles qui avaient une grossesse inattendue de se tourner vers l'organisme Refuge.

Avant la pandémie, des infirmières du bureau de santé publique travaillaient aussi pour l'organisme privé pour fournir un soutien à l'allaitement.

Sur Internet, Refuge se présente comme un service gratuit d'aide aux femmes pendant leur grossesse.

Que vous vous trouviez dans une situation de grossesse inattendue et que vous ne sachiez pas quoi faire, que vous ayez besoin d'aide pour acheter des fournitures pour bébé, que vous souhaitiez participer à nos ateliers prénataux gratuits ou que vous ayez besoin de soutien pour naviguer dans ce nouveau voyage, nous pouvons vous aider! peut-on lire sur la page d'accueil.

Une situation alarmante

Pour Candace Johnson, professeure de sciences politiques à l'Université de Guelph, les gens devraient être alarmés par cette situation. Elle la qualifie de scandaleuse.

Mme Johnson fait des recherches sur les questions liées à l'avortement, aux droits reproductifs et à la justice. Elle estime qu'il est inacceptable et problématique qu'un service de santé publique oriente les femmes, de quelque façon que ce soit, vers une organisation connue pour ses liens avec l'avortement.

Le problème est qu'il semble qu'il y ait un certain degré de tromperie. Il semble qu'il s'agisse d'un renvoi vers une agence qui va fournir une sorte d'information impartiale alors que ce n'est pas le cas, explique-t-elle.

Elle doute également qu'une organisation telle que le Refuge puisse être totalement neutre.

Une femme qui porte des lunettes répond à des questions.

Carolyn Martin, infirmière à Santé publique Chatham-Kent, s'inquiète de ce qu'elle appelle une affiliation dangereuse.

Photo : CBC/Jason Viau

Carolyn Martin, infirmière au bureau de Santé publique de Chatham-Kent depuis 20 ans, partage cet avis. Elle ne cache pas sa frustration sur ces liens qu'elle juge dangereux et criminels.

Quand vous utilisez le mensonge pour vous présenter comme quelque chose que nous n’êtes pas et que vous avez un bureau de santé publique qui se garde de dire la vérité sur vos intentions réelles à des personnes vulnérables, le préjudice que cela peut causer est permanent. Ça me dépasse qu’on puisse faire ça encore en 2022, déplore-t-elle.

Mme Martin a passé la majorité de sa carrière à travailler avec des adolescentes vulnérables.

Je n'arrête pas de penser qu'il y a d'autres façons d'accompagner. À Chatham-Kent, ça ne semble poser de problème à personne, mais je sais qu'à l'extérieur ce serait perçu comme quelque chose de grave, poursuit-elle.

Santé publique Chatham-Kent avait mis en ligne un document de quatre pages qui contenait des ressources communautaires pour les femmes. Refuge y est cité comme une ressource pour les jeunes mamans, celles qui vivent une crise ou une grossesse inattendue, et les femmes dans le besoin.

Le document orientant les femmes vers Refuge a toutefois été retiré du site web du bureau de santé lorsque CBC a posé des questions à son sujet.

Un porte-parole de Santé publique Chatham-Kent dit ne pas approuver tous les messages de Refuge, ajoutant que les deux organisations n'ont pas de mission ou de vision commune.

Le bureau de santé a toutefois refusé les demandes d'entrevue de CBC et n'a pas non plus répondu aux courriels pour obtenir plus d'information.

Vue d'une maison. Une enseigne annonce qu'il s'agit de l'organisme Refuge.

L'organisme Refuge a pignon sur rue à Chatham.

Photo : Google Maps

Des opinions affichées

La directrice des soins de Refuge ne cache pas qu'elle a personnellement des opinions qu'elle qualifie de pro-vie, mais BJ Kivell affirme que cela ne l'empêche pas de présenter à une femme enceinte qui demande de l'aide toutes les possibilités qui s'offrent à elle, de manière impartiale.

Je ne partage pas de préjugés avec elles. Je me contente de leur parler spécifiquement de ce que nous offrons, des options qui s'offrent à elles et de la manière dont nous pouvons les aider à aller de l'avant. C'est tout, indique Mme Kivell. J'ai l'impression que je ne fais qu'énoncer l'information de manière bienveillante. Elles ne sont pas poussées à faire quoi que ce soit.

Refuge est par ailleurs lié à d'autres entités qui défendent des positions pro-vie.

Un groupe connu sous le nom de Right to Life Kent a créé Refuge.

Notre organisation, Right to Life, est pro-vie, confirme Mme Kivell, qui assure toutefois que lorsque les gens viennent à Refuge pour obtenir du soutien et de l'aide, nous ne prenons pas position [sur] quoi que ce soit. Nous leur donnons simplement les informations nécessaires pour qu'ils puissent prendre une décision éclairée.

Une autre organisation connue sous le nom de Life in Motion Kent mentionne Right to Life Kent dans son adresse électronique. Cet organisme propose aussi de faire des dons à Refuge.

Des panneaux d'affichage installés par ses soins qui dénoncent l'avortement en le comparant à un meurtre ont également fait leur apparition dans Chatham-Kent.

Mme Kivell dit aussi que Refuge dépend entièrement des dons de la communauté, qui proviennent notamment des églises de la région.

Une plainte déposée

Il y a quatre ans, Carolyn Martin a déposé une plainte interne à l'entreprise concernant la relation entre Santé publique Chatham-Kent et Refuge, et le fait que des infirmières soient placées au sein de l'organisation privée.

Elle dit que sa plainte a été rejetée et que l'arrangement s'est poursuivi jusqu'au début de la pandémie, lorsque les infirmières ont été réaffectées pour aider à lutter contre la COVID-19.

L'affiliation était tellement ancrée que vous avez l'impression de vous heurter à un mastodonte, souligne Mme Martin. J'ai défendu les intérêts d'autres infirmières pendant quatre ans et c'est presque comme si cela ne faisait aucune différence.

Le mois dernier, Mme Martin dit avoir déposé une nouvelle plainte auprès de l'Ordre des infirmières et infirmiers de l'Ontario (OIIO) cette fois-ci. Un porte-parole de l'OIIO n'a pas pu confirmer si une plainte spécifique avait été reçue ou le statut d'une éventuelle enquête.

L'OIIO a établi un code de conduite ainsi que des normes et des directives de pratique, mais ni l'un ni l'autre ne précise vers quelles ressources les infirmières et infirmiers peuvent diriger leurs patients pour obtenir des soins.

En vertu de ces règles, on s'attend à ce que le personnel infirmier respecte les croyances, les valeurs et les objectifs des patients, collabore avec eux et s'assure de ne pas leur imposer ses croyances et ses préjugés personnels, indique Kristi Green, porte-parole de l'OIIO.

Avec des informations de Jason Viau, de CBC

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