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Les autorités allemandes déjouent un coup d’État

Le prince menotté.

Le prince Heinrich XIII de Reuss a été arrêté à Francfort.

Photo : Associated Press / Boris Roessler

Agence France-Presse

Un prince, d'anciens soldats d'élite, une ressortissante russe et une ex-députée d'extrême droite : tel est la sulfureuse composition d'un groupuscule complotiste, prêt à renverser les institutions démocratiques allemandes, dont les plans ont été déjoués mercredi.

Cette cellule nourrie à l'idéologie des Reichsbürger (citoyens du Reich, NDLR), une mouvance extrémiste qui a pris de l'ampleur avec les restrictions sanitaires, s'était construite avec une organisation quasi gouvernementale en vue d'un coup d'État.

Peter Frank.

Le procureur général Peter Frank a fait une déclaration sur les arrestations de groupes d'extrême droite à la Cour fédérale de justice à Karlsruhe, en Allemagne, le 7 décembre 2022.

Photo : Reuters / HEIKO BECKER

Elle s'était dotée d'un conseil avec des personnes déjà désignées pour certains portefeuilles ministériels [...] et d'un bras militaire avec une nouvelle armée allemande, a décrit le procureur antiterroriste Peter Frank au cours d'un point de presse à Karlsruhe, dans l'ouest du pays.

Plus tard, il a précisé à la chaîne ARD que les préparatifs du groupe étaient à un stade avancé, bien qu'aucune date n'ait été fixée. Nous sommes sûrs qu'ils seraient passés à l'action, a-t-il ajouté.

Fondé au plus tard fin 2021, ce groupuscule avait pour objectif de venir à bout de l'ordre étatique existant en Allemagne, un projet qui ne pouvait être réalisé que par l'utilisation de moyens militaires et de la violence contre les représentants de l'État.

Des policiers allemands.

Des policiers allemands devant une résidence perquisitionnée plus tôt dans la journée du 7 décembre 2022 à Berlin.

Photo : Getty Images / Carsten Koall

Au petit matin, 25 personnes ont été arrêtées lors d'un vaste coup de filet dans tout le pays. Une interpellation a eu lieu en Autriche et une autre en Italie. L'enquête vise 52 personnes au total.

La justice les soupçonne d'avoir fait des préparatifs concrets pour pénétrer violemment dans le Bundestag allemand, la Chambre des députés à Berlin, avec un petit groupe armé, selon un communiqué du parquet. Ce scénario rappelle l'assaut du Capitole par les partisans de Donald Trump aux États-Unis.

Quelque 3000 membres des forces de l'ordre ont été mobilisés et plus de 130 perquisitions ont été effectuées dans ce que les médias ont décrit comme la plus importante opération policière de ce type jamais réalisée en Allemagne.

Un hélicoptère devant un château.
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Des milliers de policiers ont effectué mercredi des raids dans une grande partie de l'Allemagne contre des extrémistes de droite présumés qui auraient cherché à renverser le gouvernement lors d'un coup d'État armé.

Photo : Associated Press / Michael Probst

Le président allemand, Frank-Walter Steinmeier, s'est dit profondément inquiet face à ce complot, estimant qu'un nouveau niveau avait été atteint.

Sont cités par la justice en tant que meneurs présumés : Henri XIII P. R. et Rüdiger V. P..

Le premier, identifié par la presse allemande comme étant le prince Reuss, descendant d'une lignée de souverains de l'État régional de Thuringe, dans l'est de l'Allemagne, est un entrepreneur septuagénaire.

Arrêté à Francfort, il possédait également un château près de Bad Lobenstein, dans le centre de l'Allemagne, qui a été perquisitionné.

Le second est, selon les médias, un ex-lieutenant-colonel de la Bundeswehr, commandant d'un bataillon de parachutistes dans les années 1990 et fondateur d'un commando de l'Unité des forces spéciales (KSK).

D'autres militaires sont impliqués dans le complot, dont un qui a encore des fonctions et qui est membre du KSK, a précisé un porte-parole du ministère de la Défense, Arne Collatz.

Autre protagoniste, la Russe Vitalia B., identifiée par la presse allemande comme étant la compagne d'Henri XIII, a, selon les procureurs, servi d'intermédiaire pour tenter de prendre contact avec les autorités russes en vue d'un éventuel soutien.

Le Kremlin a pour sa part fermement démenti mercredi toute ingérence russe dans cette affaire.

Les autorités ont également interpellé une magistrate, Birgit Malsack-Winkemann, une ancienne députée du parti d'extrême droite AFD qui a siégé au Bundestag de 2017 à 2021.

Sans la nommer directement, le procureur Peter Frank a dit qu'une ancienne députée du Bundestag était pressentie pour le portefeuille de la Justice dans le gouvernement des complotistes.

Une procédure a été engagée pour la démettre de ses fonctions de juge à Berlin.

Après leur coup d'État, les conspirateurs avaient imaginé placer le prince Reuss à la tête de leur exécutif.

Au moins quatre réunions ont eu lieu au cours de l'été afin d'étendre le réseau, selon le parquet, les efforts de recrutement ayant en particulier visé les policiers et les militaires.

La branche militaire de la cellule criminelle était chargée d'acheter des armes et d'organiser des entraînements.

Ces dernières années, les autorités allemandes ont classé la violence d'extrême droite au premier rang des menaces à l'ordre public, avant le risque djihadiste.

Au printemps, elles avaient démantelé un autre groupuscule d'extrême droite, soupçonné d'avoir projeté des attentats et l'enlèvement du ministre de la Santé, à l'origine des mesures de restriction anti-COVID.

Sur les quelque 20 000 militants estimés de la mouvance des Reichsbürger en Allemagne, une frange s'est radicalisée, intégrant notamment des négationnistes et envisageant le recours à l'action violente.

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