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La VG critique sévèrement la gestion de l’enseignement à distance au Québec

« Les analyses dont dispose le ministère de l'Enseignement ne lui permettent pas d’avoir un portrait complet des retards d’apprentissage afin de mettre en place les mesures de rattrapage appropriées », pointe l'audit de la vérificatrice générale.

Guylaine Leclerc assise durant une conférence de presse.

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

La vérificatrice générale du Québec, qui surveille la gestion des fonds publics et leur utilisation, a surtout épinglé deux mauvais élèves dans son rapport publié mercredi : le ministère de l’Éducation, dont elle relève de nombreux manquements dans la mise en place de l'enseignement à distance pendant la pandémie, et Hydro-Québec, pour une fiabilité de service « en baisse ».

La vérificatrice générale, Guylaine Leclerc, a rendu public mercredi un rapport de plus de 200 pages à l'Assemblée nationale, et les manquements relevés sont légion.

Les recommandations pour améliorer la gestion publique visent principalement le ministère de l’Éducation qui, selon ses observations, a failli à plusieurs égards dans la mise en œuvre de l'enseignement à distance quand les écoles ont fermé au printemps 2020.

La prestation des services éducatifs offerts aux élèves a été perturbée par la pandémie et a entraîné des retards d’apprentissage, met en corrélation Mme Leclerc, en rappelant qu'avant mars 2020, près d'un quart de tous les élèves avaient déjà reçu un diagnostic de handicap, ou d'être en difficulté d'adaptation ou d'apprentissage.

Autres lacunes : le ministère de l'Éducation ne dispose pas d'études lui permettant d’avoir un portrait complet et actuel des retards d’apprentissage afin de mettre en place les mesures de rattrapage appropriées, selon le rapport.

« Le ministère n'est pas en mesure de connaître l’état de la situation des difficultés des élèves. »

— Une citation de  Guylaine Leclerc, vérificatrice générale

L'annulation des examens ministériels annoncée en janvier 2021 ne reposait pas sur une décision documentée, a illustré la vérificatrice générale en entrevue à l'émission Midi Info, diffusée sur les ondes d'ICI Première. Au contraire, un mémoire soumis en conseil des ministres quelques semaines plus tôt recommandait la tenue des examens et mentionnait déjà que les centres de services scolaires identifiaient des retards d'apprentissage chez les élèves.

Quant à la décision politique de développer un programme de tutorat de 88 millions de dollars, elle n’a pas été basée sur une analyse synthèse des retards d’apprentissage, pointe aussi l'audit.

La mauvaise gestion financière concerne également l'entretien des bâtiments scolaires, dont le piètre état s'est accentué. D'une part, les sommes allouées ne sont toujours pas toutes utilisées, évalue la vérificatrice générale. D'autre part, le ministère ne connaît pas l’inventaire des travaux de maintien des bâtiments qui ont été réalisés pour comparer ce qui a été fait avec ce qui a été prévu.

Trois personnes, dont Guylaine Leclerc, assises derrière des micros durant une conférence de presse.

La vérificatrice générale du Québec, Guylaine Leclerc (au centre), a surtout épinglé deux mauvais élèves dans son rapport publié mercredi : le ministère de l’Éducation et Hydro-Québec.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel

Bogues logistiques

Dans la liste de toutes les défaillances relevées, le MEQ n’a pas fourni de soutien technologique suffisant en temps opportun, mais a investi 42 millions de dollars dans des appareils de vidéoconférence qui demeurent à ce jour peu utilisés par les CSS.

Selon les données disponibles en juillet 2022, seulement 48 % de ces appareils avaient été installés.

Parmi les exemples cités, Mme Leclerc mentionne qu'en octobre 2021 (plus de 18 mois après le début de la pandémie), 10 CSS lui ont confirmé qu’ils n’avaient toujours pas le nombre d’ordinateurs suffisant pour offrir l’enseignement en ligne en cas de fermeture de l’ensemble de leurs écoles.

Un écolier s'ennuie derrière son écran, à côté de sa mère.

Le passage à l'enseignement à distance a été un défi pour les enfants, les parents et les enseignants.

Photo : CBC / Evan Mitsui

En outre, le ministère a tardé à émettre des directives claires sur les services éducatifs devant être offerts aux élèves du primaire et du secondaire. Un mauvais encadrement ministériel a contribué à une prestation de services très variable d'une école à l'autre, relève Guylaine Leclerc.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ), dont plus de la moitié des membres font partie du personnel de l'éducation, a réagi en déclarant ne pas être surprise des constats formulés dans le rapport. La majorité d'entre eux ont fait l’objet de demandes répétées [...] au ministère de l’Éducation en temps de crise, en vain, a dénoncé la centrale syndicale dans un communiqué.

Son président, Éric Gingras, reproche aux dirigeants de faire la sourde oreille et continuer de naviguer à vue.

Les échecs d'Hydro-Québec

Dans son analyse, la vérificatrice générale a également relevé plusieurs lacunes concernant Hydro-Québec.

En 2021, les pannes dues aux équipements défaillants ont touché environ deux millions de clients. La fiabilité du service de distribution d’électricité d’Hydro-Québec présente une baisse marquée, son plan de réduction des pannes n’a été que partiellement mis en œuvre, observe le rapport, signalant que seulement un quart des travaux prévus pour 2021 a été réalisé.

La durée moyenne des pannes par client a augmenté de 63 % entre 2012 et 2021, a indiqué Mme Leclerc en entrevue à Midi Info.

De plus, son équipe de vérificateurs a remarqué que la société d'État n'était pas outillée pour faire face au vieillissement de ses actifs, alors que les équipements à remplacer continueront à se multiplier dans les prochaines années.

Même si des initiatives sont en cours, Hydro-Québec n'a pas établi de plan structuré pour y faire face. Dans les faits, le nombre de poteaux électriques à remplacer annuellement passera d’environ 7000 à 30 000 d’ici 2035, et plus de 30 % des transformateurs aériens auront dépassé leur durée de vie d’ici 2028.

Hydro-Québec ne détient pas, non plus, de données complètes sur son réseau de distribution. L'âge de certains équipements reste flou, absent du système informatique ou erroné, ce qui complique la maintenance préventive.

Dans ses recommandations, la vérificatrice générale suggère notamment d'établir des objectifs étayés d’amélioration de la fiabilité du réseau de distribution et mettre en œuvre les mesures appropriées pour les atteindre.

Hydro-Québec plaide « des efforts considérables »

Dans sa réponse à l'évaluation, Hydro-Québec précise avoir priorisé les activités de maintenance préventive liées aux poteaux et à la maîtrise de la végétation, l'une des causes majeures de défaillance, mais dont l'audit ne tient pas compte, selon elle.

La société d'État fait aussi valoir des limites en ressources humaines : La courbe d’apprentissage et la capacité de main-d’œuvre disponible dans un contexte de croissance de la demande n’ont pas permis d’effectuer toutes les heures prévues pendant la première année de réalisation du plan [de réduction des pannes], écrit-elle.

Pour sa défense, elle met en avant l'augmentation de la fréquence et de l'intensité des événements météorologiques liés aux changements climatiques, dans un communiqué publié dans la foulée du rapport.

Par ailleurs, la vérificatrice générale s'est aussi penchée sur les suppléments pour enfants handicapés, dont les processus de demande sont lourds et complexes. Elle a aussi observé que les contrôles de contrats à Bibliothèque et Archives nationales du Québec sont insuffisants.

Plus de transparence des finances publiques requise

Un chapitre, et non des moindres, concerne le suivi des précédentes recommandations. On y découvre que Québec n'a pas adhéré à la révision du calendrier des prévisions budgétaires précédemment suggérée.

Une mise à jour plus précise et plus fréquente de ces prévisions augmenterait la transparence des finances publiques, rappelle la vérificatrice générale.

Dans un contexte d'incertitude élevée marqué par la pandémie et les pressions inflationnistes, les ajustements (budgétaires) restent tardifs, observe-t-elle.

Des gestes additionnels devront donc être posés pour que les ajustements nécessaires soient identifiés plus rapidement afin de présenter un portrait fiable en temps opportun de la situation budgétaire du gouvernement, conclut le rapport.

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