•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Déclin à l’usine Alstom de Thunder Bay, en manque de contrats

Un tramway traverse le centre-ville de Toronto.

L'usine d'Alstom, anciennement de Bombardier, a produit plusieurs véhicules de transport en commun pour Toronto.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Radio-Canada

Les emplois sont en baisse et les machines sont en train d’être démontées à l’usine de la multinationale Alstom de Thunder Bay, après que celle-ci eut échoué à obtenir un contrat majeur dans le domaine du transport en commun à Toronto.

Alstom fait partie d'un consortium qui a soumissionné le contrat de la ligne Ontario, un projet de transport en commun à Toronto. La valeur globale du contrat était d'environ 9 milliards de dollars, dont plus de 2 milliards étaient consacrés aux wagons.

Ces wagons auraient pu être construits à l'usine Alstom de Thunder Bay, si l'offre avait été retenue.

Les choses sont difficiles à l'usine Alstom de Thunder Bay, affirme Dominic Pasqualino, président de la section locale 1075 d'Unifor, car environ 150 personnes y sont employées en ce moment, travaillant sur deux petits projets. De 2011 à 2019, entre 700 et 1300 personnes étaient employées à l'usine, selon lui.

M. Pasqualino affirme qu’Alstom retire en ce moment des machines de la fonderie et de l'atelier d'usinage.

Dominic Pasqualino avec des gens en arrière-plan.

Dominic Pasqualino, président de la section locale 1075 d'Unifor, déplore la situation de la main-d'oeuvre à l'usine Alstom.

Photo : CBC / Marc Doucette

Je soupçonne que, comme il n'y a pas de peinture impliquée dans ces deux contrats, dès que nous aurons terminé la peinture, nous perdrons également l'atelier de peinture. Cela fait beaucoup de compétences qui vont quitter cette usine, déplore-t-il.

Il est très difficile de faire revenir les machines dans l'usine, ajoute-t-il.

Dans une déclaration, mardi après-midi, Alstom a indiqué qu'elle adapte l'usine pour mieux servir les clients et répondre aux besoins du marché.

Dans le cadre de notre stratégie visant à être plus compétitifs, nous optimisons nos opérations en conservant de l’équipement essentiel et efficace, tout en nous débarrassant de certains équipements plus anciens de l'usine afin de nous donner la flexibilité de pivoter rapidement et avec agilité pour répondre aux besoins futurs du marché sans compromettre les capacités et l'expertise de l'usine, peut-on lire dans le communiqué.

Dans sa déclaration, Alstom a indiqué que les contrats actuels permettront de maintenir une main-d'œuvre d'environ 400 personnes jusqu'à la fin de 2024 et qu'elle s'efforce d'obtenir d'autres contrats pour l'usine.

La députée néo-démocrate de Thunder Bay—Supérieur-Nord, Lise Vaugeois, affirme quant à elle que l'usine Alstom risque de fermer complètement ses portes d'ici 2025 si aucun nouveau contrat n'est conclu.

Mme Vaugeois s'est dite profondément déçue par le résultat du processus d’offre pour la ligne Ontario.

J'ai été très choquée et anéantie d'apprendre qu'un contrat d'une telle ampleur était confié à des travailleurs au Japon, indique-t-elle.

Le fait que la province ait abaissé les exigences en matière de contenu canadien à 10 % pour ce projet, alors que normalement ce pourcentage est plutôt de 25 %, a contribué à l'échec de l'obtention du contrat, selon M. Pasqualino.

Une prophétie autoréalisatrice

Mme Vaugeois affirme qu'un autre contrat important pour le métro de la Commission de transport de Toronto fera l'objet d'un appel d'offres prochainement, mais que le calendrier exact n'a pas encore été déterminé.

Ce contrat est censé respecter le seuil de 25 % de contenu canadien. Mais le problème est que Toronto a trouvé sa part de financement, mais ni la province ou le fédéral n’ont encore trouvé la leur, indique-t-elle.

Le dépôt d'une offre pour le contrat ne peut pas avoir lieu, et il n'y a donc aucun moyen d'aller de l'avant pour les gens qui travaillent chez Alstom en ce moment, ajoute-t-elle.

Lise Vaugeois avec un livre entre les mains.

Lise Vaugeois, la députée néo-démocrate de Thunder Bay—Supérieur-Nord, craint que le manque de contrats ait des effets à long terme.

Photo : Assemblée législative de l'Ontario.

Mme Vaugeois estime que l'usine Alstom de Thunder Bay a besoin du contrat rapidement.

Il faut au moins deux ans entre le moment où un contrat est signé et le moment où le travail commence, parce qu'ils doivent acquérir de l’équipement et s'assurer qu'ils ont la bonne main-d'œuvre, explique-t-elle.

En attendant, l'usine perd des gens de métier, dit-elle.

Lorsque des travailleurs sont mis à pied pendant une période aussi longue, il est évident qu'ils vont chercher du travail ailleurs, dit-elle.

C'est donc une sorte de prophétie autoréalisatrice, si les contrats ne sont pas là, les travailleurs partent. Si les contrats apparaissent soudainement, les travailleurs ne sont plus disponibles, dit Mme Vaugeois.

Selon le député provincial conservateur de Thunder Bay-Atikokan, Kevin Holland, il y a de l’espoir pour l’entreprise même si elle n'a pas obtenu l’important contrat à Toronto.

Il précise que ce contrat était en préparation bien avant qu’il soit élu. Depuis son arrivée à Queen’s Park, il dit avoir discuté avec le ministère de l’Infrastructure et la ministre des Transports [Caroline Mulroney] au sujet de ce projet de transport en commun et des autres à venir.

Il y a beaucoup de travail à venir concernant la revitalisation des autocars du métro de Toronto, explique-t-il. Ça va créer d’excellentes occasions de travail pour l’usine d’Alstom.

M. Holland dit ressentir une excitation des représentants d’Alstom à cet égard, qu’il a rencontré à Toronto mercredi.

L'économie de la ville affectée

La perte d'emplois chez Alstom est dévastatrice pour l'économie de la ville, affirme Carlos Santander-Maturana, président du conseil du travail de Thunder Bay et du district.

 Un véhicule léger sur rail à l'usine de Bombardier à Thunder Bay.

L'usine de Thunder Bay a produit des trains légers pour d'autres projets en province.

Photo : @tomjgalloway14/Twitter

Ce sont des travailleurs qui ont une hypothèque. Ils paient pour des camions ou pour des motoneiges, indique-t-il.

Ils ne vont pas à l'étranger pour les vacances, ils travaillent et se divertissent en ville, et cette capacité à travailler et à gagner un salaire décent a disparu, l'économie locale va en souffrir, ajoute-t-il.

M. Santander-Maturana, s'est dit déçu par l'abaissement par la province des exigences en matière de contenu canadien pour le contrat.

Si vous comparez avec la situation aux États-Unis, où il y a un contenu américain de 70 % lorsqu'ils soumissionnent pour de l'argent du gouvernement fédéral, c'est un écart énorme entre ce que nous faisons ici et la protection de l'économie américaine, et nous devrions et devons faire mieux, croit-il.

M. Pasqualino dit que l'exigence habituelle de l'Ontario de 25 % de contenu canadien est plutôt pathétique.

Je sais que cela nous a permis de trouver du travail ici dans le passé, mais s'ils veulent vraiment garder cet argent dans notre économie, ils devraient augmenter le contenu canadien et s'assurer que l'argent reste au Canada et en Ontario, afin de pouvoir payer les soins de santé, les enseignants et toutes les autres choses pour lesquelles le gouvernement ne semble pas avoir d'argent, ajoute-t-il.

Avec les informations de Frédéric Projean et Kris Ketonen, de CBC

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

En cours de chargement...