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COP15 : le soutien des banques canadiennes aux énergies fossiles montré du doigt

Des pompes extraient du pétrole du sol près d'Olds, en Alberta.

L'industrie des combustibles fossiles demeure un des principaux piliers de l'économie canadienne.

Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

Radio-Canada

Questionné en marge de la COP15 sur l'augmentation des investissements des banques canadiennes dans les énergies fossiles à l'heure où le monde tente de lutter contre les changements climatiques, le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a appelé à une réforme du système financier.

António Gutteres, qui n'avait pas abordé ce sujet en conférence de presse mercredi matin, a été relancé par un journaliste évoquant l'étude Banking on Climate Chaos, qui révèle que les cinq plus grandes banques canadiennes ont nettement augmenté leurs investissements dans les combustibles fossiles en 2021. La Banque Royale du Canada (RBC) aurait même doublé son aide à cette industrie l'an dernier.

Selon Banking on Climate Chaos, les investissements de la RBC dans les énergies fossiles sont passés de 19 à 39 milliards de dollars entre 2020 et 2022, selon l'ouvrage.

D'après l'étude publiée par un consortium de groupes écologistes au printemps dernier, les grandes banques canadiennes figurent aujourd'hui parmi les 20 plus importants bailleurs de fonds des combustibles fossiles au niveau mondial.

António Guterres sourit devant les drapeaux du Canada et de l'ONU.

Le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, a rencontré le premier ministre Justin Trudeau mercredi dans le cadre du sommet sur la biodiversité de la COP15.

Photo : Reuters / CHRISTINNE MUSCHI

Ce constat tranche clairement avec les multiples efforts déployés au Canada pour accélérer la transition énergétique et réduire l'empreinte carbone du Canada.

Notre appel n'est pas seulement pour les banques canadiennes, il est pour le secteur financier en général, a précisé António Guterres.

Nous demandons à toutes les banques et à toutes les institutions financières de présenter des plans qui puissent être vérifiés pour une transition accélérée vers les énergies renouvelables et vers une situation où leur porte-folio soit entièrement compatible avec l'objectif "Net Zero", a poursuivi le numéro un des Nations unies, demandant aux institutions bancaires et financières du monde entier de revoir leur modèle d'affaires.

« Nous menons une guerre contre la nature, les écosystèmes sont devenus les jouets du profit. […] La dépendance aux combustibles fossiles a plongé notre climat dans le chaos. »

— Une citation de  Antonio Guterres, secrétaire général des Nations unies

Rappelons qu'entre 2019 et 2021, les pays du G20 et les banques multilatérales de développement ont dépensé pas moins de 55 milliards de dollars américains en soutien financier public au secteur des combustibles fossiles. C'est presque deux fois plus que le soutien annuel accordé par ces mêmes pays aux énergies renouvelables.

Le Canada serait au deuxième rang des pays du G20 pour les subventions aux combustibles fossiles.

Les délégués se mettent à la tâche

Pendant ce temps, à la table de négociation, les représentants des 196 pays participants ont commencé à plancher sur la protection de la biodiversité mondiale au lendemain d'un lancement protocolaire émaillé de phrases chocs et de manifestations.

Au fil des réunions sur la sauvegarde des espèces et de la biodiversité, les participants doivent fixer de nouveaux objectifs et mettre sur pied un plan d’action pour la préservation de la nature au cours de la prochaine décennie.

Les observateurs se disent optimistes quant à la possibilité de convenir que près d'un tiers des terres et des eaux de la planète devraient faire l'objet d'une forme de protection d'ici 2030.

« Les scientifiques nous disent qu'il faut protéger au moins 30 % des territoires et des océans pour permettre à la nature de commencer à se rétablir des abus que nous lui avons fait subir. »

— Une citation de  Steven Guilbeault, ministre fédéral de l'Environnement

Or, 30 % ce n'est pas un plafond, c'est un plancher, c'est un minimum, prévient Steven Guilbeault. Notre objectif c'est que, d'ici 2050, nous soyons dans un écosystème planétaire où la nature ne soit plus en déficit année après année comme c'est le cas, mais qu'elle soit positive, qu'il y en ait plus année après année.

Illustration d'un

Aerin Jacob, de Conservation de la nature Canada, a déclaré que la proportion de 30 % est le résultat de 50 ans de recherches. Les scientifiques ont étudié cela pendant des années et des années, et nous savons avec beaucoup de preuves que 30 % est la limite inférieure.

Cet objectif est malgré tout atteignable, selon Stephen Woodley, de l'Union internationale pour la conservation de la nature, un groupe de gouvernements et d'organisations de la société civile très en vue qui conseille les délégués à la conférence.

Mais beaucoup de travail reste à faire à la table de négociation. Le texte sur les objectifs de conservation dont débattent les délégués comporte plus de parenthèses que le libellé convenu. Nous avons fait quelques progrès, fait remarquer M. Woodley, qui juge le travail tout de même difficile.

Pour avoir une idée de l'ampleur du travail à accomplir, au Canada, nous protégeons actuellement 13 % de notre territoire terrestre. C'est presque la moitié du Manitoba en superficie. Si le Canada protégeait 30 % de son territoire, la superficie couverte serait comparable à celle de l'ensemble des 27 pays membres de l'Union européenne, a expliqué le ministre Guilbeault sur les ondes d'ICI RDI.

Quatre projets de conservation confiés aux Autochtones du Canada

Une partie du texte contesté concerne les populations autochtones. Il y a un groupe important qui veut s'assurer que la protection de 30 % de la Terre n'est pas négative pour les peuples autochtones ou les terres appartenant aux communautés, a indiqué M. Woodley.

D'autres participants veulent s'assurer que les zones conservées contribuent réellement à la sauvegarde des espèces, à la promotion de la fonction des écosystèmes, à la protection contre les inondations ou les incendies de forêt ou au stockage du carbone.

Des femmes chantent en battant des tambours.

Des femmes autochtones ont interrompu mardi une conférence de presse du premier ministre Justin Trudeau pour dénoncer la convoitise dont leurs territoires font l'objet.

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Le premier ministre Justin Trudeau a de son côté annoncé mercredi matin l'octroi de 800 millions de dollars pour financer quatre projets de conservation menés par des Autochtones dans le nord du Canada.

L'annonce porte sur des zones totalisant près d'un million de kilomètres carrés dans le nord de la Colombie-Britannique, dans le nord de l'Ontario, au Nunavut, ainsi que dans les Territoires du Nord-Ouest.

Le temps presse

Selon les experts, une espèce sur huit est actuellement menacée d’extinction sur la Terre. Le Fonds mondial pour la nature (WWF) rapporte un déclin moyen de 70 % des populations d’animaux sauvages depuis 1970.

Selon le rapport, Planète vivante 2016, du WWF, les populations mondiales de mammifères, d’oiseaux, de poissons, d’amphibiens et de reptiles ont déjà diminué de 58 % entre 1970 et 2012, dernière année pour laquelle des données sont disponibles.

Des manifestants tiennent une banderole rouge dans la rue.

Quelques dizaines de manifestants ont déambulé dans les rues pour protester contre l'inaction des gouvernements qui participent à la COP 15.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Hugues

À l'extérieur du Palais des congrès, une cinquantaine de manifestants ont bravé la pluie et le froid pour dénoncer l'hypocrisie et l'inaction des gouvernements qui se présentent dans ce genre d'événements depuis plusieurs années, la main sur le cœur, mais qui en réalité font peu de choses pour lutter contre les changements climatiques.

On a vraiment un problème au niveau des institutions. Elles se présentent comme des institutions qui sont pour l’environnement et qui vont faire des mesures, mais souvent, comme on le voit, ce n’est pas fructueux, a expliqué à Radio-Canada un homme qui prenait part à une manifestation au centre-ville de Montréal.

« La crise de la biodiversité, ça menace notamment nos systèmes alimentaires, c’est l’un des enjeux les plus fondamentaux […] mais on sait pertinemment qu’il n’y aura pas d’actions. »

— Une citation de  Un manifestant

Aucun incident ou affrontement avec les forces de l'ordre, très nombreuses aux abords du Palais des congrès, n'a été rapporté lors des manifestations.

L'initiative des manifestants a même obtenu l'assentiment de la mairesse de Montréal, Valérie Plante.

On a différents groupes qui se mobilisent, qui seront dans les rues de Montréal, des jeunes, des étudiants, différents groupes de la société civile. Pour nous, c'est bon signe, c'est très pertinent de pouvoir se prononcer sur ces enjeux-là, a déclaré la mairesse Plante mercredi matin au comité exécutif.

« Le message qu'on entend, qu'on soit pour ou contre le format de la COP, c'est que la population veut des gestes concrets, et ça, pour moi, c'est un message qui est très fort, et je suis bien d'accord avec eux. »

— Une citation de  Valérie Plante, mairesse de Montréal

Le Canada a accepté d'accueillir la COP15 à la demande de l'ONU. La conférence, qui devait d'abord se tenir dans la ville chinoise de Kunming en 2020, avait été repoussée en raison de la pandémie.

La COP15 a finalement été divisée en deux. La première partie, largement virtuelle, s'est déroulée à Kunming en 2021, tandis que la seconde se tient cette année à Montréal, où se trouve le Secrétariat de la Convention. La COP15 demeure toutefois sous présidence chinoise.

Avec les informations de La Presse canadienne

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