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1100 personnes sur la liste d’attente pour de l’hébergement en santé mentale au Québec

À Montréal, la perte de 250 places d’hébergement depuis six mois contribue à engorger les lits d’hospitalisation en psychiatrie.

Une fourgonnette devant un hôtel

Le CISSS de la Montérégie-Centre loue 10 chambres à l'Hôtel Brossard pour de l'hébergement en santé mentale et 35 chambres pour des personnes âgées.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Lorsqu’elle a décidé, cet automne, de vendre sa maison de chambres à Longueuil, sur la Rive-Sud, Rosanne Desjardins a tourné la page sur 30 ans consacrés à s’occuper de résidents aux prises avec des problèmes de santé mentale.

J’ai aimé le travail que je faisais […], c’était comme mes enfants, se rappelle Mme Desjardins.

Rosanne Desjardins devant un bâtiment

Rosanne Desjardins a hébergé des résidents aux prises avec des problèmes de santé mentale pendant 30 ans sur la Rive-Sud.

Photo : Radio-Canada / Davide Gentile

Lors de notre passage, au mois de novembre, elle nous a fait visiter les lieux où elle a déjà hébergé une douzaine de personnes.

Le monsieur qui vivait dans cette chambre a beaucoup pleuré quand il a appris qu’on vendait, dit-elle. Il est allé dans une autre résidence, c’était triste de voir ça.

À l’extérieur, Rosanne Desjardins a accueilli Claude, qui revenait d’une activité dehors.

J'étais bien ici, on a eu du fun, on mangeait beaucoup, je sortais prendre des marches, faire du bicycle, on jasait, raconte-t-il. Là, c’est un peu difficile, tous mes amis sont partis.

Un homme devant un bâtiment

Claude Barrette a dû déménager dans une autre résidence adaptée à sa déficience intellectuelle.

Photo : Radio-Canada

Claude devait déménager au cours des jours suivants dans une résidence adaptée à sa déficience intellectuelle.

Depuis le décès de son conjoint, en 2015, Mme Desjardins a constaté, au fil du temps, qu’elle et sa fille avaient besoin d’aide, que son activité n’était plus rentable et que la bureaucratie l’accablait.

Un problème à Montréal, en Montérégie, au Saguenay et en Estrie

Cette fermeture illustre certains des problèmes avec lesquels sont aux prises plusieurs établissements de santé : créer de nouvelles places pour compenser les fermetures et adapter les soins à une clientèle aux besoins plus complexes.

Selon une compilation réalisée par Radio-Canada auprès de 21 établissements de santé au Québec, les noms de plus de 1100 personnes figuraient au mois d’octobre sur une liste d’attente pour de l'hébergement en santé mentale.

Ce nombre représente plus de 16 % de la capacité totale d’hébergement, qui s'élève à 6844 places.

À Montréal, par exemple, le réseau a perdu 250 places depuis le mois de mars 2022.

En Montérégie-Centre, la liste d’attente de 75 personnes est une des plus longues au Québec compte tenu de la capacité d’hébergement actuelle.

Comme le précise la porte-parole du CISSS, Joëlle Jetté, une nouvelle ressource intermédiaire ouvrira en 2023, ce qui permettra l’ajout de 20 places pour héberger les cas complexes, et un processus de recrutement de ressources de type familial (RTF) est en cours afin de combler à terme 31 places.

Un projet pilote de supervision en appartement est aussi en cours d'élaboration.

Cet établissement héberge également 10 usagers en santé mentale dans des chambres louées à l’Hôtel Brossard.

On manque d'endroits pour loger des patients avec des problèmes de santé mentale. Résultat : certains passent des mois à attendre dans les hôpitaux. Le reportage de Davide Gentile.

En Estrie, on a enregistré en octobre le pourcentage le plus élevé d’usagers sur la liste d’attente par rapport à la capacité d’hébergement de 233 places.

La diminution de 29 places […] est due au fait qu'une ressource pour des appartements supervisés, qui faisait partie du parc de ressources de notre établissement, est maintenant devenue une ressource privée, a expliqué par courriel la conseillère en communication au CHUS de l'Estrie, Marie-Ève Nadeau.

Quatre-vingt-cinq personnes sont en attente, soit en milieu hospitalier, soit en résidences privées et en logements autonomes, avec le soutien des équipes de proximité en santé mentale, a ajouté Mme Nadeau. Des ententes en matière d’hébergement dans des ressources intermédiaires totalisant 65 places arriveront à échéance en 2023.

Miser sur la fluidité, pas seulement sur la construction

Pour le responsable de ce dossier dans le réseau de la santé à Montréal, la gestion de la liste d’attente pour de l'hébergement en santé mentale ne passe pas seulement par la création de nouvelles chambres.

Il ne faut pas juste ajouter des places et des places d’hébergement […], il y a beaucoup de choses à travailler pour ce qui est de la fluidité de la clientèle dans le réseau actuel, soutient Amine Saadi, directeur adjoint à la Direction des programmes de santé mentale et dépendances au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

Un homme discute.

Amine Saadi, directeur adjoint à la Direction des programmes de santé mentale et dépendances au CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal

Photo : Radio-Canada

De l’avis de M. Saadi, l’avenir passe par une culture de rétablissement […] où les usagers retournent vraiment dans la communauté, dans des appartements supervisés.

Ce gestionnaire du CIUSSS vise un rehaussement du nombre de places à 3000 d’ici 2024 et est persuadé de pouvoir attirer des promoteurs compétents.

Entre-temps, les répercussions se font sentir.

Comme le constate le psychiatre Olivier Farmer, il y a cinq ou six ans, quand on avait un jeune qui avait besoin d'un foyer de groupe, à l'intérieur de quatre ou cinq semaines, on trouvait quelque chose, mais maintenant, on est rendus à quatre, cinq, six, voire sept mois, alors on se tourne vers une ressource privée ou une chambre.

Tout ça sans compter les patients hospitalisés en psychiatrie qui occupent un lit en attendant une place d’hébergement appropriée.

On a entre 12 % et 20 % de nos lits qui sont en fait bloqués […] Une grande proportion de nos lits prévus pour des gens malades sont utilisés par des gens qui résident là, a dit avec regret M. Farmer, qui est membre du conseil d’administration de l’Association des médecins psychiatres du Québec.

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