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Argentine : la vice-présidente Kirchner condamnée à la prison et à l’inéligibilité

L'ancienne présidente dans une salle d'audience à Buenos Aires, le 21 mai, avant le début de son procès pour corruption.

Cristina Kirchner a été condamnée dans un procès pour fraude et corruption durant ses mandats présidentiels de 2007 à 2015.

Photo : Reuters / Agustin Marcarian

Agence France-Presse

La vice-présidente argentine Cristina Kirchner a été condamnée mardi à six ans de prison, même si son immunité parlementaire l'en préserve, et à une inéligibilité à vie, dans un procès pour fraude et corruption durant ses mandats présidentiels, un verdict qu'elle a imputé à une « mafia judiciaire ».

Âgée de 69 ans, elle a été reconnue coupable d'administration frauduleuse au préjudice de l'État, dans ce procès portant sur des attributions de marchés publics dans son fief politique de Santa Cruz, dans le sud du pays, pendant ses deux mandats de présidente (2007-2015).

Douze ans de prison ainsi que l'inéligibilité avaient été requis en août contre elle.

L'ancienne cheffe de l'État (centre gauche) qui, sept ans après son départ de la présidence, reste une figure incontournable, autant que clivante, de la politique argentine, a toujours nié toute malversation. Ses avocats avaient plaidé la relaxe totale.

Et elle a dénoncé, depuis le début de la procédure en 2019, un procès politique, mené par des juges selon elle instrumentalisés par l'opposition de droite, en particulier le camp macriste, en référence à son successeur à la présidence (2015-2019), le libéral Mauricio Macri.

Sa position de présidente du Sénat, synonyme d'immunité parlementaire, lui évitera la prison. Une immunité qui perdurerait si elle retrouvait un mandat à la faveur des élections générales d'octobre 2023.

En outre, une peine, que ce soit celle de prison ou d'inéligibilité, ne pourrait être effective qu'au bout de plusieurs recours, dont éventuellement devant la Cour suprême, ce qui pourrait prendre plusieurs années.

En août, le réquisitoire – 12 ans – avait déclenché de larges manifestations de soutien à son égard dans plusieurs villes d'Argentine, et plusieurs soirs sous les fenêtres de son domicile à Buenos Aires, ce qui avait donné lieu à des heurts avec la police.

Pour autant, l'imminence du verdict n'a engendré mardi qu'une relativement modeste mobilisation. Aucune directive forte n'avait d'ailleurs émané ces derniers jours de l'entourage de la vice-présidence, selon des sources proches.

Quelques centaines de partisans – syndicalistes, membres d'organisations péronistes – étaient rassemblés dans le calme dans l'après-midi aux abords du tribunal et cherchaient désespérément l'ombre sous une forte chaleur, a constaté l'AFP.

Parmi eux, Marcelo Graziano, un commerçant de 50 ans, a expliqué être venu pour défendre Cristina, se disant reconnaissant pour ce qu'elle a donné au peuple et ce qu'elle peut encore donner.

L'hypothèse de mobilisations importantes avait fait craindre des débordements, comme en août après l'énoncé des réquisitions. Ces tensions ont indirectement créé le contexte de l'attentat contre Mme Kirchner, le 1er septembre. Le tireur – dont le coup n'était pas parti – s'était faufilé dans une mêlée désordonnée de partisans.

Trois suspects, des jeunes un peu perdus politiquement et hostiles à Kirchner, mais sans vaste complot avéré à ce jour, sont en détention.

Huit des douze coaccusés de Mme Kirchner au procès, parmi lesquels un entrepreneur de bâtiment et des ex-responsables de l'organisme des chantiers routiers Vialidad, ont été condamnés à des peines de trois ans et demi à six ans de prison. Trois autres ont été relaxés et un a bénéficié d'une prescription.

L'idée était de me condamner, affirme Kirchner

Des partisans de Cristina Kirchner à Buenos Aires.

Des partisans de Cristina Fernández de Kirchner écoutent son discours après le verdict, devant le palais de justice Comodoro Py, à Buenos Aires.

Photo : Getty Images / LUIS ROBAYO

La sentence était écrite. L'idée était de me condamner, a réagi Cristina Kirchner sur ses comptes de réseaux sociaux depuis son bureau du Sénat, peu après le verdict. Elle a dénoncé un État parallèle, une mafia judiciaire.

« Je ne serai candidate à rien. Ni sénatrice, ni vice-présidente, ni présidente. »

— Une citation de  Cristina Kirchner, vice-présidente argentine et ex-cheffe de l'État

Si Mme Kirchner ne se présentait en effet à aucun mandat aux élections générales d'octobre 2023, elle perdrait de facto son immunité parlementaire, mais des recours qui devraient prendre plusieurs années lui épargneraient de facto la prison.

Lundi, elle avait comparé son sort à celui de Luiz Inácio Lula da Silva, président réélu du Brésil, incarcéré en 2018-2019 pour corruption, des condamnations finalement annulées pour vice de forme.

Une partisane de Cristina Kirchner à Buenos Aires.

Une partisane de la vice-présidente de l'Argentine, Cristina Fernández de Kirchner, à l'extérieur du palais de justice à Buenos Aires, le 6 décembre 2022.

Photo : Getty Images / LUIS ROBAYO

Un parallèle jusqu'au retour? Techniquement, c'est possible. Une sentence ne serait effective qu'au bout d'un long recours. Et comme sénatrice et présidente de la Chambre haute, Mme Kirchner jouit d'une immunité qui pourrait aller au-delà de 2023, si elle retrouvait un mandat aux élections générales d'octobre.

Mais son avenir politique à l'échelle nationale est loin d'être écrit. Son camp est conscient du rejet qu'elle suscite, au-delà d'un noyau dur de 20 à 25 % de partisans.

Et elle a distillé des signaux selon lesquels elle ne se projetait plus vraiment en mandataire, mais plutôt comme une super-influenceuse. La politique, ce n'est pas seulement occuper un poste [...], être président, vice-président, sénateur ou député. C'est le pouvoir de faire passer des idées, déclarait-elle lundi.

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