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Bon COP, Bad COP : la relève militante partagée sur la façon d’agir pour la biodiversité

Au moment où se tient la conférence des Nations unies sur la biodiversité à Montréal, différents défenseurs de l’environnement convergent dans la métropole pour faire entendre leurs voix. Si tous sont d’ardents défenseurs de la biodiversité, ils n’ont pas le même avis sur la façon de mener le combat.

Elle pose dans le Vieux-Port de Montréal.

Ashley Torres est une militante pour la justice climatique.

Photo : Radio-Canada / DANIEL THOMAS

Ashley Torres, une militante pour la justice climatique de 26 ans, travaille bénévolement pour le Collectif du rat musqué, l’une des nombreuses organisations de la société civile qui prendront part à cette COP15, qui se tient du 7 au 19 décembre.

Elle organise la venue de 70 délégués autochtones et membres de la diversité d’Amérique du Nord. Des populations, souligne-t-elle, disproportionnellement affectées par les changements climatiques et les enjeux de la biodiversité.

Malgré les déceptions des rencontres précédentes, des engagements non respectés, Ashley et des centaines d’autres fondent certains espoirs dans cette COP sur la biodiversité, une conférence qui se tient tous les deux ans, donc moins connue que celles, régulières, sur les changements climatiques.

La dernière [Conférence de l’ONU sur les changements climatiques] COP27 [en Égypte] était décevante à plusieurs égards, mais ça reste un espace de convergence où chaque partie a une voix, estime le gestionnaire de projet pour la Fondation David Suzuki Albert Lalonde qui, à seulement 20 ans, a déjà une bonne expérience de militantisme derrière la cravate.

La Mohawk Sha'teiohseriio Patton croit aussi à l'importance du travail des organisations grassroots, mais elle estime que les membres de la société civile présents aux COP peuvent permettre de faire une différence. La jeune femme revient de la COP27 à Charm el-Cheikh, en Égypte, où elle s’est retrouvée avec une petite délégation de Kahnawake.

On était seulement sept, mais on a été capables de prendre de l’espace à la COP […] Juste d’être capables d’être présents dans ce genre d’événement, même en tant qu’organisation grassroots, ça perturbe l’ordre des choses et ça met de l’avant de nouvelles idées, estime la jeune femme de 23 ans, diplômée en psychologie de l’Université Stanford, en Californie.

Au Canada, comme ailleurs, les communautés autochtones ressentent de plein fouet la perte de la biodiversité. Des communautés innues sur la Côte-Nord ont récemment demandé à Québec la création d’une aire protégée pour le caribou forestier. À Kahnawake, l'expropriation des terres et la construction de la Voie maritime du Saint-Laurent dans les années 1950 ont privé des milliers de résidents d’un accès au fleuve et d’un certain mode de vie, rappelle Sha'teiohseriio Patton.

Elle est photographiée à Kahnawake.

La Mohawk Sha'teiohseriio Patton assistera à la COP15, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / DANIEL THOMAS

Perturber ou pas?

Les enjeux sont donc urgents, s’entendent les militants. Et pour se faire entendre, le collectif de 67 organismes organise des événements tout au long de la COP15, dont une grande marche dans les rues de Montréal le 10 décembre.

D’autres militants appellent carrément au boycottage ou au blocage de l’événement. C’est le cas de la Coalition anticapitaliste et écologiste contre la COP15, qui ne divulgue cependant pas comment elle tente d' y parvenir. On laisse libre aux personnes impliquées dans cette idée, affirme en entrevue Yoland Lamarre, membre de la coalition et étudiant à l’UQAM.

La coalition, qui réunit des étudiants, mais également des militants issus des milieux communautaires et syndicaux, organisera cette semaine une série de manifestations au centre-ville et au Palais des congrès, le lieu de la conférence.

La COP serait, selon Yoland Lamarre, inefficace et même dangereuse. Aucun des objectifs d’Aichi pour ralentir la perte d’habitats naturels, établis lors de la COP10 à Nagoya, au Japon, n’a été réalisé, fait valoir l’étudiant, citant un rapport accablant de l’ONU paru en 2020.

Est-ce qu’on va se poser des questions sur l’efficacité de la COP15 quand les ours polaires vont être éteints? demande l’étudiant.

Si les militants affirment respecter les tactiques des autres, des plus combatives aux plus modérées, Ashley Torres croit qu’il y a encore des avantages à influencer le cours des événements de l’intérieur et de permettre aux jeunes d’être à la table de négociation.

D’une certaine manière, c’est une position privilégiée de pouvoir dire "fuck la COP15". On respecte les autres groupes, mais on se pile sur les pieds même si on ne veut pas, dit la jeune femme qui a grandi en Colombie.

Blues post-pandémie

Dans les derniers mois, des militants de la cause environnementale ont fait parler d’eux en Europe en aspergeant de soupe ou de purée des œuvres d’art dans des musées. Le militantisme écologique connaît-il un renouveau?

Ashley Torres ne croit pas. Au Québec, on a un historique : Énergie-Est qui a été bloquée par les militants en 2016, le projet de pipeline GNL Québec. Ça montre qu'il y a une pression au Québec depuis plusieurs années, rappelle celle qui a cofondé la Coalition étudiante pour un virage environnemental et social (CEVES).

Albert Lalonde est  gestionnaire de projet pour la Fondation David Suzuki

Albert Lalonde est gestionnaire de projet pour la Fondation David Suzuki

Photo : Radio-Canada / DANIEL THOMAS

Le défi maintenant est de mobiliser les jeunes à nouveau. La pandémie, souligne Albert Lalonde, a freiné un mouvement qui a pris son élan depuis les manifestations de septembre 2019, quand plus d’un demi-million de personnes ont marché à Montréal pour le climat aux côtés de la militante suédoise Greta Thunberg. L'élan a été perdu.

Nous, notre base était dans les campus et, pendant un bout, pendant la pandémie, on était sur Zoom, souligne le jeune militant qui étudiait jusqu’à récemment en droit à l’UQAM.

Ashley et Albert évoquent la fatigue militante. Les deux ont abandonné leur session faute de temps pour mener à bien tous leurs projets. Quand on est jeune, on ne connaît pas nos limites, ça peut devenir très malsain. Moi et mon conjoint on est tous les deux militants pour le climat. Ça prend énormément de place dans nos vies et on essaie de trouver l'équilibre, dit Ashley Torres.

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