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Le privé s’invite dans les centres jeunesse de l’Abitibi-Témiscamingue

Les bureaux du Centre jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue à La Sarre.

Les bureaux du Centre jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue à La Sarre (archives)

Photo : Radio-Canada / Andrei Audet

Alors que le nombre d’employés provenant d’agences de placement atteint des records dans les établissements de santé de l’Abitibi-Témiscamingue, c’est maintenant au tour des centres jeunesse de la région de se tourner vers ce type de personnel.

Le recours à des employés d’agence de placement, aussi appelés main-d’oeuvre indépendante, était inexistant jusqu’en 2019 dans les centres jeunesse de l’Abitibi-Témiscamingue, mais la forte pénurie de main-d'œuvre a incité la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) à se tourner vers cette option en 2020. L'organisation a recours notamment à des éducateurs et éducatrices spécialisés ainsi que des travailleurs sociaux.

Selon des données obtenues à la suite d’une demande d’accès à l’information, on constate que la DPJ a dépensé plus de 1,9 M$ en 2022 pour ce type de main-d'œuvre, et l’année n’est toujours pas terminée.

C'est un montant en forte augmentation : l’organisation avait dépensé 614 000 $ en 2021 et 285 000 $ en 2020 pour avoir recours au personnel d’agences.

Les bureaux du Centre jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue à Val-d'Or.

Le manque de personnel met aussi de la pression sur les employés déjà en place (archives des bureaux du Centre jeunesse à Val-d'Or).

Photo : Radio-Canada / Marc-André Landry

L’importante pénurie de main-d’œuvre engendre des impacts pour plusieurs titres d’emploi et les titres d’emploi des services sociaux ne font pas exception. Ainsi, nous avons recours à la main-d’œuvre indépendante pour les techniciens et professionnels de la santé au sein de plusieurs directions dont la DPJ, nous écrit brièvement par courriel le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Abitibi-Témiscamingue (CISSS-AT), qui n’a toutefois pas répondu à notre demande d’entrevue.

Sur le site web du ministère de la Santé et des Services sociaux, la directive est d’utiliser la main-d'œuvre indépendante si elle constitue une solution de dernier recours alors que toutes les autres mesures sont épuisées par l’établissement.

Le CISSS-AT n’a pas été en mesure de nous fournir de documents permettant de connaître avec certitude le nombre d’heures ayant été travaillées par du personnel provenant du privé à la DPJ.

De nombreux départs

Au cours des trois dernières années, de nombreux employés ont quitté la DPJ en Abitibi-Témiscamingue.

Plusieurs vont travailler dans d’autres organisations, mais selon le représentant national de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) dans la région, Carl Verreault, ces mêmes employés reviennent parfois travailler par le biais d’agences de placement.

« Les chiffres parlent d’eux-mêmes, c’est un exode du personnel et par la suite ces gens reviennent travailler via l’agence de placement. »

— Une citation de  Carl Verreault

C’est dans la MRC de La Vallée-de-l’Or que le recours au personnel d’agences est plus fréquent, mais il est présent dans toutes les MRC de la région. Et il s'agit de personnel qui coûte beaucoup plus cher. L’ex-président du conseil d’administration du CISSS-AT, Claude Morin, estimait l’an dernier qu’une employée du privé coûtait trois fois plus cher à son organisation.

Les gens provenant d’agences de placement vont avoir leur repas payé, vont avoir le logement payé, le déplacement payé pour venir en Abitibi-Témiscamingue, ils en parlent avec les autres collègues qui eux travaillent pour le CISSS-AT. [...] On se retrouve avec 2 personnes qui effectuent le même travail, mais avec des conditions salariales différentes, explique Carl Verreault, qui précise que les centres jeunesse de la région dépendent maintenant de ce type de personnel.

Carl Verreault pose devant le rassemblement en face du CLSC.

Le représentant national de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Carl Verreault

Photo : Radio-Canada / Alexia Martel-Desjardins

Sans ces agences-là ce serait non fonctionnel, donc on devient dépendant et ça coûte extrêmement cher. Cet argent n’est pas utilisé à des fins d’attraction et de rétention pour avoir du personnel qui travaille pour le CISSS-AT, ajoute-t-il en précisant que ce sont les contribuables qui paieront la facture.

Dans les centres jeunesse, les éducateurs et éducatrices spécialisés doivent souvent créer un lien de confiance avec les jeunes, ce qui n’est pas évident lorsque le personnel change souvent.

Selon l’APTS, le personnel des agences change fréquemment et les employés du CISSS-AT ont aussi très peu d’expérience, ils ont majoritairement entre 0 et 2 ans d’ancienneté.

Ça a un impact, de ne pas avoir de mentor qui peut aider les intervenants, les accompagner dans le développement de la pratique, ajoute Carl Verreault.

Bientôt dans les écoles et CPE?

Un CPE.

Des éducatrices en services de garde, des éducatrices spécialisées, mais aussi des enseignants peuvent être embauchés par l'entremise des agences de placement.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Des agences de placement offrent maintenant la possibilité de louer des employés aux établissements scolaires et aussi aux centres de la petite enfance, pratique qui est maintenant relativement courante dans les régions de Montréal et Sherbrooke dans le cas des CPE.

Nous avons contacté plusieurs CPE de l’Abitibi-Témiscamingue qui assurent ne pas avoir recours aux services du personnel d’agences de placement pour le moment.

Avec l’ouverture prochaine de nombreuses places en CPE dans la région dans les prochaines années, des établissements nous ont fait savoir que cette avenue n’est pas exclue.

Les écoles de l’Abitibi-Témiscamingue n’utilisent pas non plus du personnel provenant du privé en ce moment. Au Centre de services scolaire (CSS) Harricana, on nous a fait savoir par courriel que le service des ressources humaines ne prévoit pas faire l’utilisation d’agences de placement pour trouver du personnel.

Le bâtiment Carrefour du savoir, à Amos.

Le Carrefour du savoir Harricana abrite le campus d'Amos du Cégep et de l'Université, le CSS Harricana, le Centre de formation Le Macadam et les bureaux du Centre jeunesse de l'Abitibi-Témiscamingue. (Archives)

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

En ce moment, trois postes d'éducatrices à temps plein doivent être pourvus par l’organisation.

Nous n’utilisons pas les services d’agences de placement pour ces types de postes (techniciennes en éducation spécialisée et éducatrices en service de garde). La situation demeure toutefois fragile et les banques de candidatures sont vides. Les défis demeurent pour effectuer les remplacements, nous explique pour sa part la coordonnatrice aux communications au Centre de services scolaire de l’Or-et-des-Bois, Caroline Neveu.

Le CSS de l'Or-et-des-Bois est toujours à la recherche de deux éducatrices en service de garde et d'une éducatrice spécialisée.

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