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Un chef autochtone poursuit Ottawa pour sous-financement des polices de bande

Wilfred King en conférence de presse.

Wilfred King poursuit le gouvernement du Canada pour ce qu'il qualifie de financement inadéquat du service de police autochtone de Gull Bay.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Le chef de la Première Nation Kiashke Zaaging Anishinaabek, ou Gull Bay, située au nord de Thunder Bay, poursuit le gouvernement du Canada pour ce qu’il croit être un sous-financement des services de police de bande.

Dans des documents soumis à la Cour fédérale lundi, Wilfred King affirme que les services policiers des Premières Nations ont longtemps été sous-financés de façon chronique et systémique, mettant ainsi en danger les agents et les communautés.

Ça arrive fréquemment que nos agents ne puissent pas arrêter un individu, puisqu’ils n’ont pas de renforts dans la communauté, a-t-il précisé lors d’un point de presse lundi à Ottawa. Il arrive parfois que ces gens puissent essentiellement commettre un crime et en sortir indemnes.

Le gouvernement fédéral a maintenant 30 jours pour présenter sa défense aux tribunaux.

Il s’agit de la plus récente action juridique prise par une Première Nation contre Ottawa pour assurer la qualité des services policiers dans leurs communautés partout au pays, ce que le gouvernement dit vouloir améliorer.

Faible présence policière à Gull Bay

La Première Nation de Gull Bay ne compte que deux policiers, affirme M. King, ce qui veut dire qu’il n’y a souvent aucune protection policière.

Les agents travaillent souvent seuls et doivent parfois demander des renforts de la Police provinciale de l’Ontario (PPO). Par moment, le détachement le plus proche ne répond pas, selon le chef.

Lors d’un incident récent, un individu violent circulait dans la communauté et la police ne voulait pas intervenir tant qu’il n’y aurait pas les renforts nécessaires, raconte-t-il.

L’avocate de la Première Nation Chantelle Bryson ajoute que les agents n’ont pas accès à des ressources adéquates, dont des cellulaires et des téléphones satellites, un détachement et des employés de soutien, et qu’ils ont un salaire moins élevé que d’autres policiers en Ontario.

Les agents de Gull Bay n'ont pas de logements, ajoute-t-elle. L’un d’entre eux fait trois heures de route à partir de Thunder Bay et l’autre demeure chez un ami.

Mme Bryson déplore que le gouvernement fédéral préfère investir son argent ailleurs plutôt que d’appuyer les Premières Nations et de mettre en place des recommandations partagées dans des rapports sur des enquêtes nationales, comme celle sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, publiée en 2019.

Gull Bay n’attendra pas de devenir un lieu sans loi, affirme-t-elle.

Un service essentiel

Contrairement aux communautés non autochtones à travers le pays, où les services policiers municipaux sont considérés comme essentiels, le financement des polices de bande est négocié entre les communautés, la province et Sécurité publique Canada dans le cadre du programme des services de police des Premières Nations et des Inuit.

Il existe présentement 35 corps policiers autochtones et un service de police inuit au Canada, dont la plupart se situent en Ontario et au Québec.

D’après le directeur général de l’Association des chefs de police autochtones, Lennard Busch, la poursuite intentée par Gull Bay montre la gravité de la frustration concernant la gestion et le financement de leurs corps policiers.

Ça fait longtemps que nous tentons de réduire l’écart entre les polices autochtones autonomes et les services traditionnels, souligne-t-il.

Le financement est le principal enjeu et, selon M. Busch, c’est ce qui explique la vague d’efforts afin de faire des polices de bande un service essentiel et d’obtenir un financement adéquat.

En janvier, le Tribunal canadien des droits de la personne avait notamment donné raison à la communauté de Mashteuiatsh, située au Saguenay–Lac-Saint-Jean, en reconnaissant que son service de police était victime de discrimination, puisqu'il n'était pas financé adéquatement par le gouvernement canadien.

Le ministre fédéral de la Sécurité publique, Marco Mendicino, a constamment réaffirmé son engagement à présenter un nouveau projet de loi cette année afin de rectifier la situation.

Cependant, le ministère n’a pas encore commenté cette déclaration ni les inquiétudes soulevées par Gull Bay.

Nous ne pouvons pas attendre l’arrivée de cette loi, réitère Wilfred King en rappelant le manque de ressources du corps policier de sa Première Nation.

Pour sa part, M. Busch espère que cette loi pourrait changer beaucoup de choses concernant l’offre de ressources aux services de police, l’appui et le financement qu’on leur offre et leur réglementation.

Avec les informations de Logan Turner et Ka’nhehsí:io Deer, de CBC

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